‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 83 sur 115 · LIEBIG · texte numérisé non relu

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On nous fait traverser le laboratoire. De< chimistes allemanrls analysent la qualité des extraits de viande de ta mile. Plus loin, dans des laboratoires de baotériologie, des vétériiiaires étudient les maladies d'animtax.

La visite est enfin tenninée... Nous y avons consacré dix heures d'horloge t

Le lendemain, dès l'aurore, nous montons dans un petit bateau de la Compagnie qui va nous conduire en une journée & Colon. Le fleuve est large et le courant très fort. Nous avançons lentement, ^s rives recouvertes par les eaux n'ont plus d'arbres. Quelle solitude I A gauche, c'est ta rive argentine ; à droite, celle de l'Uruguay. Au loin, sur une hauteur on dirait une mine. Est-ce possible? On éprouverait une joie reposante à rencontrer une ruine dans ces pays ullranenfs. Qu'est-ce? Un vieux monastère? Non, les débris d'une usine anglaise d'extrait de viande et de conserve, qui a fait faillite.

L'établissement de Colon ne date que de six ans. Il est installé sur la cAle argentine du fleuve Uruguay. Alors que Pray-Beutos fut agrandi et perfectionné peu à pen au cours de ces qnarante-cinq dernières années. Colon fut créé d'un seul coup avec tous les perfectionnements possibles. Tout y est disposé pour supprimer ta main-d'oeavre, diminuer les transports, éviter les tuyauteries longues et dispendieuses de Fray-Bentos. Un autre avantage de l'établissement argentin, c'est qu'on n'y paye pas de droits d'exportation des pro-

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duitfl, ou UD droit insignifiant, tandis qu'en Uragnti ce droit est très élevé.

On fabrique à Colon, de même qu'à Fray-^Benioi de l'extrait de viande et des conserves. II n'y a de dit férence que dam l'iostallation, plus par&ite eooweâ plus commode.

Aussi, je ne vous en ferai pas la description.

Ce qui demeure dans l'œil, d'ailleurs, après ue visite minutieuse de ces établissements, c'est moiDsk spectacle de la tuerie que l'image des vallonnemeab herbeux, plantés d'arbustes épineux et sauvages ~~- Les espinilios — derrière lesquels s'abritent des tronpeaux. Aux abattoirs de Chicago, une vision d'indnitrialisme féroce m'avait surtout impressionné. Ici, une promenade dam les estancias qui entourent tss établissements firent passer au, second plan le spectacle sanguinaire. Getterive argentine de l'Urnguayn'a point la platitude désolante de la pampa. Des monvemenls de terrain forment dans la plaine de larges vagues de verdure et l'animent un peu. La Compagnie ne possède pas moins de 300,000 hectares de cet prés; elle en loue SOO.OOO antres destinés i la nourriture de ses troupeaux qui se chiffrent par prêt de 300,000 bœufs et vadies, 100,000 moutcos, 13,000 chevaux et mules.

L'ordre et la méthode doivent présider su dasse* ment de ce bétail pour satisfaire journellement aux besoins de l'usine. Il vient des estancias les plus éloignées et progressivement s'approche vers la mmt. Chaque jour, dans une vaste prairie enclose oA l'bertM a disparu sous le piétinement quotidien des bœuft^ un majordome depuis longtemps dressé i ce métter fait avec quelques peones te d^ombrement du bétail

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qui sera sacrifié le lendemaîD. Les bètes arrivent par centaines des prairies distantes de quelques kilo-| mèlres jusqu'à l'endroit où le majordome et deux capatazes se tiennent  cheval, tels un général et ses aides de camp passant une rerue de troupes la veille d'un carnage.

Arrêté par les pennes qui dirigent sa marche, le troupeau indécis et tumultueux finit par suivre le moave-' ment circulaire qui lui est imposé. Autour des trois cavaliers immobiles, les écbiues multicolores se meuvent, entraînées dans ce tournoiement kaléidosco-' pique. Des géographies bizarres se dessinent aux Dancs haletants des bètes, des Iles blanches dans des lacsmouvants,couleurde loutre, cendrés ou chocolat. Baignées de lumière, luisantes an soleil, ces robes rouannes, tannées, roussfttres, ces manteaux pie et Isabelle ne Tont plus qu'une lai^ uche brune pointillée de blanc et de beige.

Du moutonnement des létes montent des beuglements inquiets, apparaissent de gros yeux à Qeur de t£te, effarés, leur pupille fixe dilatée dans la cornée ûUgranée de ronge, comme remplie déji de l'angoisse de la mort. Des mufles baveux sentent le vent, une buée légère sort des naseaux humides et la forêt des cornes fait, en s'entrechoquant, un immense bniit sec. Sur le vaste cirque piétiné où l'anneau vivant et compact continue i tourner, le soleil ardent dessèche la terre.

L'oeil fixe, le miyordome, immobile sur son cheval, fait le compte des bétes qui continuent & décrire leur orbite machinale. Autour d'elles, les peones à cheval galopent en poussant des cris, pour maintenir le rodeo dans ses limites, comme un bei^er £tit de ses brebis.

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