‹ En Argentine. De Buenos-Aires au Gran ChacoChapitre 88 sur 115 · I .i.,<i ■.■Gooj^lc · texte numérisé non relu

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L'iosécurité, le désordre, les rapts do femmes, \n voli,lesiacen(IiMd'archivMquirendaient si instabk | ta propriété, les réquisitions imposées aux esUnciert» à qui l'on enlevait lear bétail et leurs chevsax, h ■ menace grandissante des incursions indiennes dam les estancias sans défense ou abandonnées ; toute cette anarchie et toute cette ruine ne permettaient pas an cotons de labourer leurs champs ni aux riches d'améliorer leurs biens. Tant de craintes, de Tiotatioae de II propriété, empêchaient aussi l'émigrant de s'installer sur ces terres qui n'attendaient que son traral. La défiance des capitaux ai^entins et étrangers l'iccrut, et la terre viei^e des pampas sommeillait auorB bien longtemps après la chute de Rosas.

Le calme revint. Le g:ouveniement, i la tète di^od se trouvait le général Urquiza, vainqueur du tyni, ût appel à l'émigration étrangère, provoqua Péraigntion collective, favorisa le développement des oôl*' Diei agrieolM dans les proTinces du littoral.

En 1860, tout ce que Ton récoltait de blé était loti de suffire à ta consommation intérieure. En 1884, os importait encore en Argentine les &rines d'Europe et te blé du Chili. La vie pastorale était tonte la vit du pays; sa richesse eoasbuit dans le commene de la viande séchée et salée, des peaux, des crins, des laines et du suif, produits naturels des immenses | troupeaux qui se reproduisaient dans la pampa, son I la seule sauv^arde du ciel clément.

En réalité, le développemeat de ragricalton coït-

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cida avec rétablissement des chemins de fer et l'accroissemeiit de l'émigration. Je dirai plus loin quelle révolution l'organisation des voies ferrées, due i la confiance et à l'audace des capitaux anglais, apporta dans la vie économique de la République. Car l'Argentise, i part lesgraades artères fluviales du Parana et de l'Uruguay, n'a point de fleuves navigables, point de canaux et point de routes faites pour le transport rapide et sûr qu'exigent les céréales. Jusqu'à la moitié de ce siècle, les routes et les moyens de transports demeurèrent les mêmes qu'an seizième siècle. Les caravanes de mulets franchissaient les pays de montagnes. Dans la plaine, d'énormes charrettes à bœufs (carrela de bueyes), aux roues de deux mètres de haut, qui pouvaient porter 160 arrobes, c'esl^â-dire i,800 kilos, s'avançaient lentement, tirées par douze ou quatorze bœufs attelés deux par deux, sur des chemins non tracés, sans pierre, faits de terre friable qui, l'été, se pulvérise en poussière impalpable et se transforme en bourbier i la première pluie. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, dans les régions dépourvues de voies ferrées, s'effectue le transport de la laine et des cuirs.

L'arrivée des capitaux anglais, les audacieux tracés de chemins de fer qui devaacèreot partout la mise en culture des pays traversés, transformèrent en moins de trente ans la face économique de l'Argentine. Puis les bras italiens arrivèrent, par bonheur, car II ne fallait pas espérer amener les < flis du pays » & ta culture dusol, considérée par eux comme une déchéance. Imprévoyants, capables d'héroïques privations, mais prodigues dès qu'ils possèdent quelques pesos, leur regard n'est pas toujours porté sur l'avenir comme

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celui de nos paysans Apres et économes. H6me duu la classe des estaocieros, ambitieuse pourtaot, et accessible de tant de façons an progrès, une sorte d'hostilité contre la transformation du campe naturel «a champs de cultures fécondes, persista longtempt Car le grand problème, non encore résolu, d'aillnirs, puisqu'il se discute chaque jour, consiste à siTOir ce qui est le pins profitable, de cultiver la terre ou d'y âerer des animaux.

— J'estime, me disait M. Manuel Cobo, le gnai éleveur, que la terre semée de n'importe quelle céréale, ne pourra jamais rapporter autant, k beaucoof près, que l'élevage des animaitx purs.

D'autres, au contraire, prétendent qu'une ou deux années de bonnes récoltes de blé, de Un ou de mais, payent au propriétaire ses frais d'installation, d'adut d'instruments aratoires, et la terre elle-même I Et ib ont raison.

Cependant, beaucoup de ( fils du pays s hésitent encore, soit par ignorance, force de la tradition, penr du changement, à opérer cette transformation.

Et puis, un célèbre savant allemand, le fameaz Bormeister, appelé jadis en Âi^ntine pour en étudier l'avenir agricole, n'avait-it pas décidé que le blé ne pousserait jamais dans la pampa? Ce fut, je croîs, ea l'année 1873, qu'il soutint cetteopinionàgrandsrenforts de théories et de démonstrations pseudo-scientifiques, qui donnèrent lieu A des polémiques célèlxei dans le pays. Burmeister établissait cet axiome : que des terres qui produisent une végétation inférieure De peuvent donner une végétation supérieure. Or, l'herbe naturelle de la pampa, le pasto fiurte, était déclarée inférieure par le savant allemand qui en coi-

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clnait du mâmecoap que la culture du hli était impossible en celte régiou. La pampa était destioée, selon lui, par la chaleur de son climat et par le manque de pluies, à demeurer une espèce de Sahara.

Aquoi uosageAi^entin lui répondilavec beaucoup de bon sens :

— Je ne suis qu'un simple estanciero, mais j'ai cultivé certain blé dans mon eslancia Esperanza, sise dans la pampa même. Avec ce blé, j'ai fait de la farine et avec cette farine du pain dont je vous envoie quelques échantillons.

Malgré cette chute, Burmeister demeura directeur du Nusée national, les savants allemands continuèrent i professer aux universités. Hais le blé poussa dans la pampa.

EnGn, l'imperfection de l'outillage, il y a une trentaine d'années encore, explique aussi l'essor tardif de cette prospérité. Dans ces champs immenses, oA la culture nécessite d'énormes espaces, l'outillage moderne est indispensable.

— Or, il y a trente ans, me contait un estanciero agriculteur, dans les provinces de rintérieur, les machines agricoles étaient i peine connues. On fauchait à la faucille, on dépiquait sur l'aire en jetant les javelles sous les pieds d'une vingtaine de chevaux. (Je vis moi-même cette année les paysans opérer ainsi dans les vallées andines du versant chilien.) Le vannage se faisait en lançant à la pelle le blé en l'air. Et la culturel Dans quel misérable état se trouvait-elle alors I Noos n'étions déji plus au temps où les omo-.

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plaies de chenax et de bœafs fixées à un maBche de bois par des lanières de cuir servaient d« hones;iBsiî nos charrues grattateol à peioe le sol, les seniaiUes se faisaient i la volée; des braacfaes d'arbres tito entre elles et couvertes de lourdes pierres teoaieBt lieu de herses pour eufoucer le g;raiD sous terre, k farine s'obtenait en écrasant le iAé dans des pnases, tournées par des mules, et Ton pulvérisait le mais lo pilon à ta main. Aujourd'hui, moi qui ai connu ces antiques procédés, je ne vois partout que les machinei agricoles les plus perfectionnées que nous envoient les Ëlats-Unis, renouvelées sitOt qu'un progrès est découvert, et que bien des cultivateurs de votre neéUe Europe ignorent sans doute. Nos peones exigent aujourd'hui des charrues avec siège & ressort. Par leor courage et leur confiance, vos paysans de Lombardiei de Galicie, d'Auvergne et des Pyrénées nous donnèrent, il est vrai, le pressentiment du merveillem avenir agricole qu'il dépend de nous de réaliaw. Hais nous les avons dépassés, à notre tour. Nos fib sont aujourd'hui les élèves de vos grands Instituts d'Agriculture, vos professeurs d'agronomie viennent dm nous prodiguer leurs conseils, déjà nos écoles agricoles provinciales forment des pépinières de cultivateurs avertis, et tout cela fut réalisé en moins de trente ans.

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