PAGODES ET MONASTÈRES
Ces monuments sont, comme il a déjà été dit, fort nombreux et des plus intéressants, bien qu'ayant entre eux de grandes analogies et parfois plus d'un point de ressemblance. Sans quitter les alentours de l'enceiule du fort, nous en trouverons divers et non des moins importants dans cette partie nord-est de Mandalay. 11 y a là une suite de couvents dont nous épargnerons la description au lecteur, auquel il suffira d'en connaître un comme type pour s'en faire une idée. Nous choisirons comme exemjjle un des plus renommés, comme on va le voir tout à l'heure. Contentons-nous pour l'instant de jeter en passant un coup d'œil sur les gracieuses silhouettes de leurs toitures inévitablement surmontées
pour la plupart de quelque flèche pointue émergeant du rideau de verdure qui entoure ces pieuses retraites et les dissimule en partie.
Une vaste enceinte double, percée de curieuses portes de bois à jour se développant sur des poteaux placés à Textérieur, ne faisant pas corps en quelque sorte avec la blanche muraille, contient les ruines du monument à qui sa richesse avait valu le surnom d'« Incomparable Pagode ». Elle consiste en un vaste soubassement en maçonnerie à arcades plein cintre avec escaliers extérieurs sur les quatre faces. Une sorte de balustrade courait au pourtour du rez-dechaussée. Dans l'intérieur se tiennent encore debout, à demi calcinées, les hautes colonnes qui soutenaient la toiture de cet édifice, malheureusement détruit par les iiammes il y a quelques années. On retrouve heureusement des photographies qui donnent Timpression de celte étrange construction formée de terrasses superposées allant en diminuant, qui lui donnaient l'aspect d'un important monument funéraire.
L'abandon où se trouve ce temple, qui naguère vit se
dérouler à ses pieds de si brillantes processions et attirail lant de milliers de fidèles aux cérémonies qui s'y accomplissaient à diverses époques, est véritablement navrant; les plantes poussent à l'envi sur ce coin déserl dont la solitude ne sera bientôt plus troublée que par de raiissimes visiteurs. A la porte néanmoins, un délicieux édifice tout en bois doré abri le quelques moines ; on voudrait pouvoir recouvrir ce bijou d'une cloche de verre pour le préserver des injures du temps, ou mieux encore le transporter par un coup de baguelle magique dans nn de nos jolis squares parisiens, où la municipalité s"eni[)resserait de lui faire un encadrement exotique digne de lui. Uspérons tout au moins, si cela n'est qu'un rêve irréalisable, que les innombrables visiteurs verront à notre grande Fuirr de la tin du siècle un échauliilou de cette curieuse architecture.
D'autres monuments de moindre iinporlance s'élèvent non loin de là ; ce sont, entre autres, un temple chinois et une mosciuée dont rinlérél est bien secondaire ; aussi est-ce sur un monument voisin des plus vastes que nous reporterons toute notre attention.
Les 4oO e'agodes. — Motif centkal
KN niHMAMK
Conimo son nom l'induiuc, l(>s « Qiuitiv cent cinquante Pagodes » forment la n^nnion ou plulol le ^rt)ui>(Mnent de nombreux édicules alignés par ordre et laissanl au milieu une soric de plaee au centre de hujucllc se dresse une pagode centrale. L'aspect de ce singulier monument i)roduit de loin relVet d'une nécropide dont les tombeaux seraient sur le même modèle, fort simples, du n>sle, puis(ju'ils consisienl tous en une sorte de petite cbapelle coilTée d'un toit en dôuu' pyramidal cl percée d'une baie arrondie sur chaque face. Chacune d'elles renferme une sorte de table de la loi. C'est l'œuvre de l'oncle du roi Thibau, (|ui voulut ainsi conserver les préceptes bouddhiques gravés sur la
..2'lKil'
Les 4â0 pagodes
pierre. Elles sont aussi décorées extérieurement et portent l'image du paon, l'oiseau sacré. La pagode du centre a un soubassement carré au long duquel grimpent quatre escaliers extérieurs coupés de porches, disposition que l'on retrouve dans d'autres édifices de ce genre ; le dôme lui-même est doré. Des dragons semblent monter la garde aux quatre coins. L'ensemble de ce monument dont la disposition et l'éclat de blancheur lui donneraient un peu, vu de haut, l'aspect d'une gigantesque pièce montée ou de surtout de table, repose sur une terrasse légèrement exhaussée, qui ajoute à l'elTet ; une suite de bâtiments à toits plais la garnissent à l'extérieur ; ils semblent plus ou moins abandonnés. Enfin, sur la face qui regarde l'Incomparable pagode il existe des pièces d'eau, sortes d'étangs sacrés, où les canards nagent en paix au milieu des nénuphars.
Au pird même de la colline de Mandalay deux édifices ne sauraient passer inaj»(MTus par leurs dimensions ; l'un d'eux, la pagode de « Sankyaung », est un quadrilatère formé de chapell(>s (>nlourant un sanctuaire central plus important,
de même que sa voisine la « Kyauk taw gyi », qui csl précédée de deux sortes de hall qui devaient servir d'abri. Son sanctuaire, fort banal au reste, renferme une colossale statue de Bouddha en marbre blanc, placée dans un riche encadrement aux délicats ornements contournés. Elle a toujours la même physionomie immuablement calme, les yeux et la bouche légèrement entr'ouverts, une main pendante et l'autre repliée suivant l'usage. Il est à remarquer que les artistes ont toujours cherché dans la reproduction de l'image du grand réformateur et moralisateur, la régularité des traits en donnant une expression de grande bonté à la physionomie. De pieuses mains ont recouvert le haut du corps de riches étoffes à dessins, que l'on doit changer de temps à autre, nous le supposons.
Dans l'intérieur de la ville, d'autres édifices religieux plus ou moins importants, ne manquent pas non plus d'intérêt, comme la pagode « Shwe Kyi Myin », qui alfecte un plan spécial. Elle comporte dans son enceinte diverses constructions symétriquement placées; certaines, comme celles
Statue de Bouddha
situées à droite et à gauche de l'entrée principale renferment un grand nombre de statues diverses généralement dorées, placées dans des niches à décors de verroterie. Des chapelles précèdent et Hanquent le sanctuaire lui-même avec son péristyle
à colonnes et son couronnement en dùme. Disons en passant que tout proche il existe un couvent catholique. Nous ne voudrions pas fatiguer le lecteur par l'énumération de noms plus ou moins baroques, comme celui de la pagode « Set Kya tlia ha » et autres, d'autant plus qu'il nous a parfois été fort diflicile de transcrire les noms extraordinaires que nous ariivions à airachcr aux indigènes. Un autre joli spécimen de pagode, c'est sans conteste celk», fort riche du reste, auprès de laquelle réside le grand pontife de la religion birmane. Nous avons retrouvé là ces colonnes portant des dragons, comme ou en a vues auprès d(> la grande pagode de Hangoun. Inulih' dajouter (jue l'édilice priu(i[)al ((uniuc ceux qui l'entourent sont })lus ou moins ornementés. 11 en est de même de la pagode dite du « Serpent ». à cause de certains motifs décoratifs, toujours en i)ois sculpté, fort curieux dans leur reproduction du terrible animal, ain>i tjue de celle dite « Aindaw Vali », (juiolTre un type parfait d(> eiMtf arcliilcctun' tant au point de vue de la forme que de la décoration, avec son soubassement carré à hauts gradins que gravissent des escaliers coupés d'un porche. C'est en quehiue sorte sur ce socle que repose le dùme allongé ([ui nous est familier et
EN imiMAMI-
tldiiiif liicn ici siirloul riiiipro^ioii (riiiic sonufllc ;ni col ronllc. Il osl loiil doré cl (leçon'' (le jolis dessins en relie!'. (Jiialre moclesios clochelons accusonl les anj;les du soubassement, dont les divers dciz-rc's sont orn('s aux encoit;nuros do vases aM'c Heurs en 1er el de dragons (|ui seinMenI nionlei- la i;arde. Tout autour sont groupc'es ég;alenient diverses conslruclions né|j;ligeables.
Dans un quartier au sud de la ville, dans l'axe d'une belle voie, on aperçoit un i:rouj»e de (K'tnies blancs; c'est encore une pagode ou pluttjl un groupe de
Pagodf. Aindaw Yaii
pagodes, qui de loin donne bien l'impression d'un tas de pains de sucre placés à C(jté les uns des autres. Ce n'est pas elle qui nous attire, croyez-le bien, car nous n'en finirions pas s'il fallait seulement les énumérer toutes. Mais sa voisine compte parmi les plus célèbres et les plus importantes de Mandalay ; elle a nom « Arrakan ». Construite sur un plan simple, elle comporte un sanctuaire central en briques, entouré de galeries à arcades sans aucun caract('re architectural réellement intéressant.
Il renferme une grande figure de Bouddha, fort vénérée, (jui aurait été apportée en cet endroit en 1784. Elle attire un grand nombre de fidèles et est un lieu de pèlerinage célèbre. Nous l'avons entrevue seulement aux lueurs mystérieuses des lampes, à travers les voiles légers des parfums que l'on l'ait brûler, car la sainlet(' du lieu ne nous permettait pas de troubler le recueillement des adui-aleurs pieusement prosternés, et nous nous sommes fait un devoir, une
EN IJIRMAXIE
fois pour toutes, de respecter uon seulement les opinions, mais même les us et coutumes et jusqu'aux démonstrations extérieures, quant il s'agit d'hommages rendus à la Divinité et de prières adressées au Très-Haut... Cette statue nous a apparu couverte d'étoffes précieuses et de riches joyaux. Les iidèlcs déposent du reste à ses pieds des offrandes de toutes sortes, confiées à la bonne loi des pongis. Sur chaque face, de longs corridors sont soutenus par des colonnes étincelanles de verroteries ; ils sont recoupés dans leur longueur par des porches intermédiaires aux fresques curieuses, le plus souvent naïves et grotesques, et surmontés de la llèche en bois aux sept traditionnels étages.
(^omme nous l'avons annoncé nous terminerons la visite de cette si curieuse cité par hi description d'un de ses nombreux monastères, et nous choisirons naturellement celui qui a, et à juste titre, la plus célèbre réputation ; il est connu sous le nom de « Mya Daung Taik » ou pour [);ii-ler français de « Monastère d'or de la Reine ». 11 est situé à l'ouest, dans la direction du llcuve. et en quelque sorte isolé. C'est un édifice des plus complets et des plus intéressants tant dans son plan d'ensemble régulier que dans ses détails. Comme on peut le voir d'après le j)lan, il consiste en une série de bâtiments ;il ignés symétriquement au long de la clôture, d'importance diverse, mais identiques comme mode de construction et de décoration au centre desquels se dresse la pa'gode à proprement pai'ler. L'art du bois sculpté })rend ici une importance vraiment exceptionnelle, et nous n'oserions décrire tout le charme de cette décoration extérieure, sans être taxé d'exagération, malgré la vue ([ue nous en donnons et ((ui, si elle donne la forme, ne saurait laisser entrevoir l'éclat des dorures dont \ ibre le monument tout entier. C'est à l'édifice cent rai ([ue ceci s"appli(|ue, bien entendu, car rornementalion des constructions servant dhabiialinii aux nuMues et aux novices est plus sobre, quoiijue fort élégante encore. Dans la cour nous avons remar(|ué de curieux puits pittoresquenient encadrés ih^ vei'ilure, coniinela pagode centrale elle-même, dtmt la façade sons divers as|)ecls est arli>li(|iu'nu'ut coupi'c |tar des palmiers aux troncs (''laii('(''s. (Juaml i\n\\< di-^on^ pa^oilc. le mot est inipi'opre, vu (|ue lédilice en ([ueslion est une construction conipo>é('de divers corps de bâtiments l'cliés (Miti'e eux el exhaussi's du sol sur une li'ri'assi» débordante, comme on l'a (b'jà observé dans danlres nionnuicnls, le u collègo du roi Tliibaw, par cxeniple. ('u v accède par plu--ieurs escaliers >\ inclriquenuMil placés, la balustrade est nalurellemcnt aussi en bois connue tout lidilice. Toute ruisselante d'or, les murs en partie couxcrls de i^laces miroilanlcs. clic éclate éblouissante sous le soleil, el ollVe une riche iuia^ue ih> la conce[>lioii
Plan du monastimu-: l'or de i.a Hune
lu
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Inimaini". do (|ucI(iuo cùU' (m'on la c't)nl('ni[)lo. On roste miiel (lovant celte acciimulalion ili' scinlillomonts dorés ({ne le temps a palintls snllisamnienl. Par nue inj^tMiieuse disposition, les mnrs on parois sont compos(.'s de grands panneaux qui peuvent se relever, d('\oilant les oruenienls tout (lor(}s (•galeineiil des inléri(>urs. C'est presque le cas de le dire : c'est trop beau ! Si l'on piMK'Ire dans l'inli-rieur du sanctuaire on trouve le même luxe fastueux de (U'^coralion... de l'or partout. Derrii^re une balustrade, une statue de Bouddha, tout enrichie de pierr(M'ies, (^sl l'objel de la vtMU' ration des moines accrouitis et marmottant des pri('res. Le voyaueur se verra ici comme ailleurs l'objet (le la curiositi'' de tous, mais il sera aimablement accueilli et on le laissera regarder à l'aise. Nous avons assisté là à la leçon donnée par les pongis à leurs élèves, et il fallait voir tout ce petit monde au travail, apprenant ou récitant à haute voix. Ah ! certes, le spectacle était loin d'être banal.
C'est encore au sud de la ville que se trouvait le .lardin Royal, vaste enclos aujourd'hui à peu près abandonné, dont l'entrée était j)récédée d'un superbe banian sacré. Comme on vient de le voir, la réputation de Mandalay n'est donc pas surfaite et l'intérêt qu'elle présente est considérable.
Reprenons le chemin de fer banal, mais bien pratique, pour nous enfoncer plus avant dans l'intérieur du pays.
Pagode douée de la Reink.
AVA. — AMARAPOURA. — SAGAING
On ne saurait quitter les bords de l'Irraouaddy sans jeter un coup d'oeil sur es cités disparues qui couvrent la campagne de leurs nombreux débris que l'on l'a fait qu'entrevoir au passage.
C'est d'abord Ava, fondée, comme il a été dit, en 1364 par le roi Thadoninbya. Elle était divisée autrefois en deux villes, la ville haute et la ville lasse; sa surface était d'environ quatre milles ' de circonférence. Entourée d'un
cmpart d'une dizaine de mètres de hauteur précédé d'un fossé, eUe comportait le plus une forte citadelle. Parmi les vestiges plus ou moins distincts de monuncnts, on découvre encore les ruines d'un ])alais impérial courniiiK" [.;ir la lassique flèche à sept étages. Dans le fouillis de verdure (pii a sini;i sur ce cl abandonné, refuge de farouches animaux, de nombreux Icmjtles. aux murs adis éblouissants d'une immaculée blauclieur, se uu)ulrenl encore, plii-^ on noins ruinés, comme pour allesler la splendeur |)assée de la i-Wr aiijnuril liui lisparue. Ouelques-unes d'entre elles nu'rileul eneoic une menliou, eo
(I) Nous rappelons (pi'il s'ayil du mille anj;lais ipii vaut un pou plus de l.liOO mètres.
onuue la
74 1:N r.lHMAMK
|)ni;oil(> .. Shwo^M^vi », ilonl la con^liuclioii rcinonlc à l'MU. C'est là quo les hîMils roiiclionuaires venaieiil |>r(Mer seniiciit devaiil les imaj;es sacrées, el leur niaiwiue lie parole étail un crime sôvrivinciil |Mmi.
lu prii à l'ttiiesl. une aulrc papodc, la - l.aiikaliiarjiua », ('lail anlreCois la rési(l(MU'e di s arriievèciues l)i)ii(lillusles. Son orij^ine remonterail à I.'{i)2. I^lje comporle une enceinle llan(|ué(> de neuf (ours. I.e saneluaire reMleiiiie une grande slaliu' de H(tuddlia, de six nirli-es de liaul, (|ui a élr placée avant la cou-liucliiiu. Au|)rés s't'drNcsur une Icirassc. cl non sui' pilotis sui\ant lusage, ainsi (|u"ou a pu Tobserver, un monastère en briijucs datant de i"2!J. Il est coille de cin([ loilures superposées ornées de curieuses corniches sculplées. Des escaliers décorés de ligures grotesques y donnent accès. Deux forts ruinés mar- *]uenl ciiliu la plac(> où l'année du roi Tliiliaw fui défaile ])ar le corps expéditionnaire anj;lais.
C'est un peu plus loin que l'on montre encore larbrc historique de « Yandrtbou » sous lequel lut signée la paix de 1852.
A|)rès Ava, Amarapoura, sa voisin(>, sa sœur cadette on jxjuiTail jjrcsquc dire, lut l'ondée par Dodopaya en 1782, mais moins d'un demi-siècle i)lus tard, en 1823, <dle fui abandonnée parle roi Bagido pour Ava. Avec le roi l'agan-Min en 1837 elle cul des jours meilleurs, mais cette renaissance fut de peu de durée, car, ainsi (|u"on la d(''jà vu, elle l'ut définitivement supplantée parMandalay, où se Iransporla le roi suivi de sa cour. Elle offre un plan similaire à celui d'Ava, ainsi qu'il est encore possible de s'en rendre compte, et se divisait aussi en ville haute et ville basse. L'enceinte était percée de quatre grandes portes flanquées de petites enlie elles, soit douze portes au total. Aux angles, des bastions carrés servaient à la défense, ainsi que d'autres plus petits échelomiés sur la longueur de l'enceinte. Un profond et large fossé aux parois de briques s'étendait au pourtour. A chaque coin s'élevait une pagode de trente mètres de haul. Les deux ju-incipali's sont la pagode « Shinbinkugyi », érigée en 1794 par le lils du roi Bodapaya, et la « l*alo\vda\vgyi », qui i)asse pour la plus belle des pagodes de la Basse-Birmanie. Elle est formée de cinq terrasses successives ornées de scènes grotesques et humoristiques. Postérieure à sa voisine, elle ne date que de 1818 et est l'œuvre du roi Bagyidaw. Au sud du lac Taungthaman, une colossale figure en bri(jues de Bouddha a été élevée par le roi Pagan-]Min en 1849.
De l'autre côté du llcuve, dont un pont reliera jtlus lard, sans nul doule, les deux rives, s'élèvent une suite de pittoresques collines, sommets coniques, couronnés par de blanches pagodes. Des suites de longs escaliers et de blanches murailles escaladant les pentes ajoutent à l'effet. C'est un de ces paysages cuiieux, qu'on ne saurait oublier. Au pied de cet original décor, d'autres pagodes et des monastères aux llcclies élancées crèvent la verdure qui les encadre. Sagaïng est b' nom du pays. Fondée [lar un prince slian, en \'.\\Ïk elle
rcsla la capitale pendant un demi-siècle, puis vit son étoile pâlir, pour rebriller un instant d'un fugitif éclat vers 17G0.
Aujourd'hui, bien déchue de son antique splendeur, c'est une ville dune importance secondaire, conservée grâce à sa situation sur le fleuve et comme tète de ligne en quelque sorte du tronçon ferré qui se prolonge au nord comme on va le voir. Sa principale industrie est la fabrication d'images en albâtre, de Bouddha. Parmi les édifices qui témoignent plus particulièrement de son ancienne splendeur, nous citerons les deux pagodes de « Sinbyuyin » et de « Shwe/igon ». La première date de 1359; elle mesure environ quarante mètres de haut et est entourée de murs en briques avec des éléphants dans le soubassement, disposition que nous avons retrouvée aux Indes dans quelques rares temples.
Quant à la seconde, datant à peu près de la même époque (1365), elle s'élève au-dessus de trois terrasses concentriques, garnies de chemins à processions; la terrasse du bas est décorée de bas-reliefs ; malheureusement le temps a fait son œuvre dévastatrice. Dans certaines pagodes on peut voir des images de Gaudama, comme nous en
avons déjà observées dans les monuments précédemment décrits, ayant généralement le même aspect.
Avant de quitter ces lieux, avec un peu diniaginalion on peut enciu'e se figurer le merveilleux spectacle que présentaieni les longues processions où les gracieux vêtements aux tendres couleurs jetaient leurs notes gaies, comme un chant joyeux dans l'air, sur cette foule de fidèles qui se pressaient autour des images portées à bras d'hommes, ou même des chars figurant de légères et sveltcs pagodes aux fines sculptures. Le bruit des chants psalmodiés, mêlé aux sons des gongs retentissants, devait être ])ieu fait poui' impressionner le témoin de ces spectacles qui, on ne peut s'empêcher de le reconnaître, otVrent toujours une certaine analogie, sous quelque latitude qu'ils se passent et par quek|ue religion que ces manifestations extérieures soient inspirées. Il faudrait la j)hnue originaleiuenl iniaginalive et fantaisiste d'un l-'laubert on d'un Théophile (jaulier pour dépeiuilre ces scènes qui n'ont pas encore tenté, que nous le sachions, quelques-uns de nos artistes modernes avides de nouveautés. Ei pourtant quel décor (jui ne numquerait pas de charme que celui de ces rives de rirraouaddy avec ses pagodes et ses curieux monastères, décor où pour-
bTATLES DK G AU DAM A
70 EN IIIHMAMI'
raient se iIôiduIit les plus hi'llcs scènes d'opéra el (jiii rcraicul un merveilleux cadre à de j^racieuses danseuses. Mais nous chercherons par la suite à soulever le voile (|ui semble encore envelopper ces réj;ions connne d'un myslérieux brouillard . el à faire i)arla^er au lecleur, désireux de connaître le pays, les douces émotions que nous y avons ressenties el qui nous ont laissé une saveur toute particulière, nous ne craignons pas de l'avouer.
Av.ini de laisser derrière nous Sagaïng, mentionnons pour mémoire aux environs, d'abord à cinij milles au nord-ouest, « Khaungmodo », une belle pagode, située sur une éminence, et qui se voit de loin. Elle rappelle les « sloupas » hémisphériques de l'Inde. Elevée sur trois bases C(mcentriques superposées, d'une circonférence de trois cents mètres, elle se termine pai- un dôme conique d'une centaine de mètres de haut. Il porte encore des traces de dorure, mais est peu gracieux d'aspect. Les terrasses, elles aussi, garnies d'une balustrade à piliers de marbre blanc, percées de portes, sont assez délabrées. Ce lenijde élail jadis très réputé pour sa sainteté; on allribnait du reste sa construction à une œuvre surnaturelle, alors qu'en réalité elle ne date que de 1636, ainsi que le relate une inscription trouvée, et aurait pour auteur un roi d'Ava.
Comme nous l'avons vu, la ligne ferrée s'arrête au fleuve pour reprendre sur l'autre rive et remonter la vallée de la rivière Mu, affluent de l'Irraouaddy, parallèlement auquel elle coule. Nous gagnerons ainsi les provinces du nord et rejoindrons plus haut le fleuve, que nous redescendrons ensuite en en visitant les bords pittoresques et enchanteurs, parcourant de la sorte ce vaste pays avec inlérèl el sans fatigue, car, pour notre part, nous ne connaissons pas de moyens de transport plus agréable que la descente d'un « chemin qui marche » sur un bon et confortable bateau!...
DE SAGAIXG A KATHA
Le chemin de fer se poursuit au travers de vastes terrains où la main du colon n'a pas encore touché à l'œuvre de la nature, pour l'approprier à la culture, comme au milieu de forets, où le voyageur sera agréablement surpris d'apercevoir des animaux que ne semble pas avoir encore effarouchés la présence de l'homme, et le chasseur éprouvera une agréable sensation à la vue de quelque troupeau de cerfs étonnés et de biches craintives. Nous ne parlons pas, cela va sans dire, du gros gibier que tout chasseur ne désire pas rencontrer sous son fusil, comme les grands fauves qui hantent encore les vastes territoires que couvre l'interminable et parfois impénétrable foret. De jeunes fils d'Albion s'adonnent à ce sport non sans danger, et certains paient parfois chèrement leur téméraire audace.
Les trains, où les compartiments de dames seules sont indiqués visiblement par une figure de femme peinte sur un panneau voisin de la porte afin que nul n'en ignore), marchent toujours avec une sage lenteur, sarrètanl souvent et longuement.
Le paysage heureusement devient moins monotone et l'on s'engage dans la montagne, où l'on suit à travers la foret un torrent capricieux. Entre autres ouvrages d'art, il y a même une profonde et étroite tranciiée, sombre corridor. A un certain endroit, nous laisserons la ligne principale poursuivre sa route jusqu'à Mogoung, terminus actuel, d'où elle sera prolongée plus lard, d'une part vers la vallée du Brahmapoutre pour rejoindre le grand fleuve (hibétain à Dihrughar, et d'autre jusqu'à Myilkyina, avant-postes aniilais, et à la hauteur où rirraouaddy devient véritablement navigable. Nous prendrons à celte jonction un pelil cnibranchemenl qui, à travers un joli paysage de montagnes boisées, nous amènera à Kalha, sur les bords du lleiive, à plus de six cents milles de Rangoun. C'est alors que va commencer cette délicieuse navigation de plusieurs jours, pendant laquelle on verra défiler devant soi la suite des rives de rirraouaddy, ([ui se dérouleront comme un long ruban pauoiaiui(|ur pendant plusieurs centaines de lieues. Le paysage, pai'fois monotone sur cerlaiui>s parties, en plaine par exemple, aura cependant toujours son cachet, et il ofiriia dans plus d'un endroit de beaux et pittoresques tableaux. Ces gracieux villages,
78 i:X IMUMAMH •
jilii> i>ii muins ciiclu's dans l;i Ncrdiiic riNcraiiic, avec leiii's Manches |)ai;()(l('s cl leurs niDnastères aux cliainles coloi atioiis, cliarniei'onl le NoyauiMir. coinnie la vie sur le IleiiNC liii-nième. où Idn croisera de Ioml^s Iraiiis de liois ou des radeaux parfois l'ornu's de polei'ies aecoU|d('es diiu original as|(ec|, ou de modesles pirogues, ou mieux encore des enibarciilions in(lij;ènes à la proncï i;raciousemcnl rolové(> el lincnuMil sculplées, lières galèi'os avancaul majeslueusenienl j)oussées j)ar le veni (|ui uonlle huirs grandes voile> ou, à sou dél'aul, sous les ell'orls de nouilireux rann-urs aruK's de loniiues j)aj:aies. à nu)ins (|u'(dles ne si' laissent IraniiuilKMuenl aller au (il de l'eau. Il faul a\(iir vu de ses veux ces laldeaux pour bien se faii'c nue idée de loule la poésie (|u'ils renlormcnl.
SUR L'IRRAOUADDY
A bord dos bateaux à vapeur de la Comi)agnie de Vlrraouaddi/ flottilla^ on trouvera, soit dit sans réclame aucune, un confort satisfaisant. Ces grands steamers de rivière à fond plat, car ils ne calent guère qu'un mètre au plus, sont bien aménagés. Sur le pont inférieur, la machine, et à l'an-ière, l'emplacement réservé aux marchandises. Sur le deck, ou pont supérieur, à l'arrière les indigènes sont spacieusement campés (ils se comptent parfois par centaines), tandis qu'à lavant se trouvent les cabines, vastes et bien aérées, à deux couchettes généralement, distribuées à tribord et bâbord avec une sorte de galerie au centre. Tout à fait à lavant, en plein air mais abritée par le prolongement de la toiture des cabines, est le salon-salle à manger, où est dressée la table, où l'on prend ses repas en voyant se dérouler le paysage. Le soir, ou quand le vent fraîchit par trop, on tend des toiles, à l'abri desquelles on peut savourer les douceurs du plein air à l'époque où dans nos régions européennes le feu généralement pétille dans l'àtre, tandis que la pluie ou la neige fouette contre les vitres des fen(Mres closes. Nous en ;ippelons à ceux qui ont apprécié les charmes de la navigation sur le Xil et qui n'ont pu en levenir sans avoir emporté douce souvenance des iièdes journées et surtout des merveilleuses soirées et des belles nuits passées sur la terre où reposent les Ptolémée et les Pharaon! Malgré nous, à diverses reprises, sur l'Iri'aouaddy, nous n'avous pu nous empêcher de faire des rapprochements, pres(|ue à l'avantage, nous n'avons crainte de le dire, de la Birmanie; c'est que si ce pays n'oll're pas les souvenirs historiques de l'Egypte, par contre le charme du paysage est inconl('>(al)lemeut plus \arie, sans jtarlcr de la \ ie des liords du IIcunc. l't >ur >»>n cours même, qui est beaucoup plus intense. Sans vouloir être 1 apùlre de la navigation lluviale que d'autres que nous ont déjà vantée, U(»us ne pouvtuis nous empêcher de reporter nolic pensée à quel(|ues mois eu arriêi'»'. el de rêvasscraux heures reposantes pas<(H's ainsi ('Icndu dans de courort.tbb's fauteuils, sur K's bras desquels on j)eut albuiger ses jambes à Taise. gi>ù(aut h» plus dédicieux fai'niente que l'on puisse rêver. Le lecteur excusiua ces swuvenirs |)ers()nnels (lui! |»eut taxer de svbariiisme, mais de bon al<»i, nous l'espérons, car nous ne saurions lui l'aire meilleur souhait (jue d'éprouNcr tes nu"'Uies sentiuu'nt^ t|u;ind
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l'occasion so prés(Mil(M';i. L'adiiiinislralion a loiil pTryii, l'iililc cl l'a^i-rahli', salle (le haiiis cl piaiu) (Ccl utile inslrumciil (lui aide à passer des heures de loisir, »|uoi ([u'en disent certains musiciens, mais ne se Irouvc cepemlant pas sur tous les bateaux do la Compagnie). Sur le poni iiifcricur. dcvaul le loui'niciil du capilaine, paifdis l'oil ((Mjuel (nous en avons \u un di'eor»' de heaux trophées de ehassej, se liennenl le limonier (>t ses aides sous la direction du ou des pilotes. La navigation est, en elVet, dangereuse sur ce lleuve au lit capricieux cl gcnéralemeut plal. cl, malgré la connaissance ([iic les officiers en nul, ils cuil)ar(iuent à h(ii-d des indigènes (jui on! éliidi(' le lleuve parties |iar parties, se déchargeant ainsi d une lourde respousahilité. De nomin'eux l)ancs de sable, que rien n'indi(|ue le plus souvent, obligent à une constante attention, sans parler des faux bras du lleuve dans lesquels on pourrait s'engager sans méfiance. La navigation devient encore plus délicate le soir; aussi jette-t-on généralement l'ancre à la nuit, à moins que la lune n'éclaire la roule ou que le pilote ne possède bien cette j)arlie du lleuve. Un attend d'ordinaire une station ou un village, ou à leur délaul un endroit connu, de façon à pouvoir envoyer des amarres à terre, ce qui est préférable au mouillage à l'ancre en plein courant, il n'est pas besoin de le dire.
Le long du parcours de nombreuses escales otfrent un divertissement varié au touriste amateur de scènes de genre; ce sont des débarquements et des embarquements parfois fort pittoresques : les indigènes avec leurs bagages ou leur modeste paquet ou panier; les femmes portant leurs enfants, généralement à califourchon sur la hanche suivant l'usage, ou les tirant par la main, se pressent et se poussent, véritable troupeau humain, aux oripeaux de chatoyantes couleurs. Mais avant d'accoster, il s'exécute une manœuvre des plus curieuses : c'est le port à terre de l'amarre, fait par des matelots qui sautent à l'eau pour gagner la rive; le procédé est simple, mais la chose ne saurait se pratiquer ainsi dans la plupart des pays, où les marins mémo natifs se refuseraient probablement à ce bain forcé qui peut se renouveler plusieurs Uns par jour.
Les officiers du bord et particulièrement le capitaine, qui est en rapport fré(iuent avec les voyageurs, président la table quand le sei'vice ne les retient pas, et sont d'ordinaire des plus courtois. A ce sujet on nous permettra de glisser un menu souvenir anecdotique qui nous est porsonntd. Un soir, à Bhamo, celte station avancée dans le nord birman, dont il va être parlé, nous étions réunis autour de la table après souper, quand le capitaine est allé prendre son bengo, cet instrument cher aux Anglais, et nous a divertis avec quelques chansons comiques qu'il interprétait avec beaucoup de verve. On voit parla que l'on peut encore passer de bonnes soirées parfois bien loin cependant des grands centres civilisés. Comme nous croyons l'avoir déjà dil, la compagnie de navigation qui dessert llrraouaddy existe depuis plus de trente ans. Dès son origine elle réussit et vit ses allaires prospérer au point qu'(dle donna, paraît-il,
jusqu'à 80 p. 100 de bénéfices; mais la création du chemin de fer changea hi face dos choses et son rendement diminua au point de ne plus donner que 7 p. 100 de revenu. Il faut espérer, pour les touristes futurs, qu'elle ne sera pas obligée, la progression décroissante d'affaires s'augmentant, de renoncer à exploiter le fleuve, qui ne pourra toujours être desservi que par elle sur la majeure partie de son cours.
De Katha, où le train aboutit au fleuve, en correspondance avec les bateaux à vapeur, cinquante-quatre milles (anglais) nous séparent seulement de Bhamo. C'est sur ce parcours, un des plus intéressants, que le fleuve franchit le deuxième défilé au travers d'un chaînon montagneux. La chose se représentera du reste deux autres fois, comme on va le voir plus loin, mais c'est à la descente de l'Irraouaddy que nous passerons en revue ses bords, en les décrivant au fur et à mesure. Puisque nous sommes à Bhamo, arrêtons-nous pour jeter un coup d'œil sur cette ville pittoresque avec ses rues accidentées, où les maisons sont parfois juchées sur de hauts pilotis s'appuyant aux pentes rapides de creux ravinots.
L'escale a IJiiamo
BIIAMO
Le l);i(t\ui accoslo à une rive élovéo de plusieurs mètres, clans laquelle on a entaillé un rapitlo sentier, plus ou moins long suivant la saison, c'est-à-dire le niveau des eaux. Sur la berge, des campements de caravanes de chevaux et mulets surtout oiïrent un lableau d'une animation extraordinaire, et la scène recommence à clia(|ue arrivée ou départ de bateau, qui a lieu une fois la semaine. On charge et décharge des ballots de marchandises, coton surtout, provenant de Chine. Le soir le spectacle devient plus curieux encore quand les feux s'allument, éclairant des groupes bizarres de Chinois accroupis qui préparent le Ihé cl jclanl île fausses lueurs sur les bètes de somme dont les formes s'enchevêtrent bizarrement. De hautes perches où llottent des oripeaux servent d'enseigne et de marque de stationnement. A quelques centaines de mètres en amont stationne généralement un des petits bateaux à vapeur du gouvernement, avec sa roue à l'arrière, qui dessert et approvisionne les postes militaires échelonnés le long du fleuve. Tout proche est une vaste grève qui sert de champ de foire et sur laquelle sont échouées de nombreuses embarcations indigènes, car Bhamo est le principal port du haut Irraouaddy.
Nous avons déjà cité pour son importance cette ville où le commerce est en quelque sorte entre les mains des Chinois, mais où nous avons été fort
surpris de rencontrer un magasin allemand, sorte de bazar dans lequel
dominaient naturellement des articles européens de fabrication allemande!
Ce n'est pas la première fois que nous retrouvons de ces redoutables adversaires commerciaux des Anglais, qui n'ont guère à craindre notre concurrence, hélas ! Arrivera-t-il donc un jour où on ne trouvera plus ainsi de produits de notre industrie sur la surface du globe? et où en serons-nous alors? Il est grand temps de secouer notre torpeur et il est à souhaiter de voir d(;s échantillons de notre jeunesse, devenus plus audacieux, s'en aller de par le monde prouver que la France est encore une grande nation. Nous avons, du reste, sans aller même à l'étranger, dans les régions neuves plus ou moins connues ou plus ou moins civilisées, assez de nouveaux territoires coloniaux qui olTrent un champ vaste à l'activité des travailleurs secondée par le secours indispensable des capitaux dont regorge la mère-patrie, comme on l'a déjà fort justement
répète. Oui le sujet est rebattu, c'est possible, mais on ne saurait Irop en reparler pour faire germer quelques idées nouvelles dans de jeunes cerveaux qui s'atrophient et se consument improductifs, usant leur existence monotone et terne dans des bureaux administratifs, une des plaies de notre civilisation moderne. Mais laissons à d'autres, plus autorisés, le soin méritoire de prêcher la bonne parole et souhaitons que leurs efforts produisent quelques salutaires effets. Il est vrai que nos gouvernants seraient plus patriotes en portant leur attention sur ces intéressantes questions propres à sauvegarder la vitalité du pays, qu'en pérorant à perte de vue sur des sujets de politique intérieure et en consumant leurs forces dans des luttes de partis. C'est la politique qui perd la France, )'a-t-on justement répété souvent tant chez nous-mêmes qu'à l'étranger
Bhamo, à part son aspect pittoresque, établie à cheval sur plusieurs plis de terrain, dont les rues suivent en quelque sorte les sommets, n'olfre que deux monuments de quelque intérêt artistique; ce sont : la pagode « Theindawgyi » construite en 1837, qui est une élégante stoupa en forme de temple hindou et se rapproche des pagodes d'Ayouttaya, au Siam, et le temple chinois, construction originale et unique en son genre en Birmanie. Ce dernier est, pour ainsi dire, caché dans l'enceinte de l'ancienne citadelle birmane, et sa visite mérite une courte description. Tout d'abord, on trouve une porte rouge llanquéc de deux fenêtres grillées derrière lesquelles des cavaliers armés (grandeur nature) tenant leurs chevaux en main semblent monter la faction. Ce sont des groupes bariolés de couleurs et quelque peu grotesques. A la suite de cours intérieures successives, séparant divers édifices similaires, s'élève un vieux temple ou sanctuaire avec une sorte d'autel oi!i brûlent cierges et parfums; à droite et à gauche se dressent deux personnages, véritables caricatures peintes, dont l'un ligure un guerrier armé d'une lance. Sur les côtés deux petits autels avec des statues assises, complètent cet intérieur, à l'entrée duquel sont placés gong et cloche pour appeler les lidèles à la prière. Enfin, dans la dernière cour entourée de bâtiments aux toitures bizarrement relevées et décorées en couleurs, est encore un sanctuaire précédé d'une galerie avec porte en bois sculpté, renfermant uii<> inuige sainle qui rappelle celle de Bouddha et escortée d'autres ligures également toutes dorées sur un fond bleu original liguranl le ciel. La visite de ce temple nous rappelle le légitime étonnemenl des indigènes à la vue de l'appareil photographique, que certains n'avaient pas encore vu, ef leur frayeur quand notre interprète leur eût dit qui^ ucnis allions emi^nter leur ligure !
Notre passage dans ce pays nous ménageait une curieuse surprise : la rencontre d'un compatriote, perdu dansée coin égaré ilu globe, ([ui avait passé une bonne parlie de sa vie en Birmanie et avait vécu jadis à la cour du roi déchu. Inutile de dire l'intérêt tout particulier ([ue nous a olVerl la conversation d(> ce témoin d'un état de choses passé; les anecdotes touiniillaicnt ain-i ([ue des
(.•onsiiNM'îilioiis de lonlos ospôcos, cl il scnihlail ('voqner avec lo plus doux souM'iiii' r('|>o(|U(' anliM'ii'uro à rocciipalion ani;laist>
Dans iiolic pnimciiadc à IraNcrs la \ill(> nous avons rcufonlré dos ocliautillons dos racrs les plus variées de iicns de diverses teintes allaul du jaune an iu)ir, en passant pat' des couleurs bronze plus ou moins patiné. Ces indi- Nidns étaient alVuidi's de costumes plus ou moins compli(jués, certains aussi des pins sini|)les. (Jiiel(|ues-uus étaient coillés de -^l'os turbans noii's à dessins, ornés d'une longue IVaniic; des Cliinois portaient de vastes chapeaux (b' paille d'un dianièti'e inusité; d'autres encore, comme des représentants de la tribu (b's Kalcbius, étaient vêtus de costumes siuiiuliers où la note rouge dominait. Le besoin de s(> couvrir se l'ait sentir dans ces régions, car à la saison sèche, correspondant ù notre hiver, les nuits sont fraîches et presque froides parfois, le thermomètre oscillant aux alentours de 10" centigrades.
Hors la ville et isolé se dresse le fort où sont cantonnés les soldats anglais. Bhamo est, en elVel, i)our ainsi dire, la clef de la haute Birmanie.
DE BHAMO A MYTKYINA