‹ En BirmanieChapitre 9 sur 14 · I.K PALAIS ROYAI · texte numérisé non relu

I.K PALAIS ROYAI

« A tout seigneur, tout honneur. » Commençons donc par le cœur de Manda ay et pénétrons par une des originales portes qui donnent accès à lintérieur de a royale enceinte, franchissant le large fossé sur un pont en bois aux sveltes apports. Un mur placé en avant dissimule la porte, surmontée d'un de ces élevants kiosques inspirés des flèches des pagodes et des couvents. L'enceinlf vWo-

l'X r.lR. MANIE

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lui'iuc. crr'ucli'c i>l c'onsliuilf eu l)ri(iu('s rongos, mosiirc 20 piods do haulel a un ilt''V('l(ip[)i'iiuMil ilo plusieurs lviloniMr(>s ; oUc est llaïuiiu'o de sortes d'avancées ol esl >iiiiiionl(''e. de di>(aiiee en di>laiice, d un des kioscjnes en (jneslion, à la (oitiire lie Imis jxnlanl des Iraccs do dorure. Les Anglais, (|ui loccupcnl mainlcnanl niililairenient, l'ont surnomniô lo fort DuH'erin, on souvenir du cc^lèhre viee-roi des Indes, C'est là que so trouve lo palais royal ou « Nandaw », dont les splendenis ia>lueuses sont denieuroos légendaires. 11 était entouré, avec le parc ([iii lui lai-^ail nue verte ceinture, d'une seconde enceinle, au delà de laquelle étaient caiupé> l'entourage, les serviteurs et une véritable armée, estimée à plusieurs milliers d'hommes, paraitrait-il, logeant dans des sortes de ljara(|uenients que les Anglais ont t'ait disparaître avec l'enceinte intérieure elle-même,

lorsqu'ils se sont installés en I maîtres.

Le palais, à proprement parler, que les nouveaux conquérants ont heureusement respecté on grande partie , consiste en une suite de bâtiments reliés entre eux cl élevés sur une vaste terrasse gardée actuellement par une menaçante ceinture de canons de diirérents modèles, bien laits i)our développer de sages réllexions chez les pauvres Birmans et leur inspirer une crainte salutaire que les Anglais appellent du respect!

Sans nous arrêter aux bagatelles de la porte, montons les degrés et pénétrons dans l'intérieur. C'est d'abord une sorte do salle d'attente, salon d'audience publique, llan(|uée de deux constructions en pendant, (jui précède le porche ouvert dont la toiture est soutenue par des colonnes formées de gigantesques troncs d'arbre, où s'élève le fameux « Trône du lion ». tout étincelant de clinquantes ornementations et couronne, c'est le cas de le dire, par deux appendices en forme de corne, dont s'inspire la décoration des toitures relevées aux angles. 11 vaut mieux ne pas insister sur cette décoration, curieuse et originale si l'on veut, mais d'un goût douteux, que laisse bien loin derrière lui le célèbre Irono « du Paon », avec ses assises de marbre blanc et.son dôme gracieux aux incrustations de pierres fines, plein encore du souvenir des grands conquérants Mogols, cl que nous n'avons pas admiré sans une certaine et légitime émotion. Par une disposition bizarre, le trône do Leurs Majestés birmanes était en quelque sorte à double face, c'est-à-dire à cheval sur lo mur sépai'ant l'entrée de la salle ellemême de réception, à la haute voûte soutenue par dos colonnes lisses dont le revêtement doré est bien patiné par le temps. Les murs sont, eux aussi, grossièrement rehaussés d'or sur fond rouge, avec des portes en verroteries d'un

Porte de l'excejnte

effet bien clinquant. Ils évoquent le souvenir des audiences accordées jadis par le roi aux ambassadeurs européens, auxquels il croyait en imposer en ne se montrant à eux qu'entoure de son faste barbare et prétentieux, et en leur imposant des démonstrations d'une ridicule étiquette, dont le récit fait sourire. A la suite, se succèdent d'autres pièces, comme la partie réservée aux femmes, avec ses dorures et ses revêtements de glaces, jadis cage superbe où plusieurs centaines de créatures attendaient ie bon vouloir du maître qu'elles étaient destinées à distraire. Elle est flanquée d'une colonnade à droite et à gaucbe et reliée aux autres bâtiments. Une seconde salle d'audience ou du tronc.

s'ouvrant sur la façade postérieure du palais, était réservée aux réceptions féminines et est désignée sous le nom de « salle du Lys '), poétique et plus ou moins symbolique appellation !

Plus loin et isolée, une autre construction, sorte de colonnade ouverte, devait être quelque salle d'attente ou d'audience publique.

Sur les cotés et au pourtour de la vaste plate-forme s'élèvent divers bâtiments affectés à différents usages, logements de la suite ou autres. Au résumé, c'est plus curieux (jue beau, et en ville nous verrons des monuments beaucoup plus intéressants au point de vue artistique. Présentement les Auglais s'y soûl iu>lallés, aménageant ces constructions à leur guise, et les alfectaul à dilléri'uls usages, comme bibliothèque, bureaux et club des ofliciers.

C'est au-dessus du trône royal que se dresse iièrement, dominant tous ees toits bi/arres aux dorures passées, la haute llèche di>r(''e eu bois, tiésignée par les Birmans sous le nom prétentieusement ridieule de " Centre^ du muude » ; elle superpose ses sept toits en jni'amide élaiur-e (|ui uous est luaiuleuaut familière et est coiffécî du ti, suivant l'usage ; elle est de plus (.H)usid(''rée comme l'euiblèuie de la royauté, j-lu dehors de cela (die n'olfre du reste aucun iutércM particulier.

La cour du roi Thibau était devenue légendaire ; des lùiropéeiis |>lus ou

Tuù.NE DL Roi

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moins avcnturiiTs y {''(aient acconrns. AH'iihlés de litres i)Ius ou moins pompeux, ils remplissaient des tonetions où chacun. ;i sou aise, chereliail à s'enrichir ou (nul au moins vivait h' |)lus {;rassemenl i»ossible. sans sonci du lendemain; parmi eux. cepentlant. des ^ens plus sérieux, des ingénieurs entre autres, avaient pris place et déjà i)rètaient le concours de leurs lumières pour sortir le pays de la harharie et Tamener dans la voi(> du progrès, cjuand la fac(> des choses a hrus- ([uemeiil ciiiingi' avec l'arrivée des Anglais. Sous leur impMl>ion. il faut h; reconiiailre, les choses oui rajiidement marché, comme on l'a vu, et l'époque n'est pcul-èire pas éloignée où ils feront de la Hirmanie une colonie prospèi'c, nouvelle

source de produits pour rAnglelerre. A ce sujet, qu'il nous soit permis d'évoquer le passé et de rappeler en quelques mots ce qu'était le pays, ou plutôt la coui", antérieurement aux Anglais, d'après les rares voyageurs témoins des faits. Le roi était tout-puissant, aussi sa vanité dépassait tout ce qu'on peut imaginer. 11 disposait de la vie de ses sujets avec un sans-gène barbare, et sa fantaisie le poussait à toutes sortes d'exagérations qui, rationnellement, ne doivent pas faire regretter la présence des Anglais. Son entourage hétéroclite le llagornait et vivait à ses dépens; il est vrai qu'il était assez riche pour satisfaire toutes fantaisies et jouer au Mécène avec le rendement des impôts qu'il prélevait sur ses sujets et les produits considérables de mines de i"ul)is et autres, exploitées cependant bien rudimcntairemenl par des ouvriers que l'on descendait dans des puits morbides par un simple panier pendu à des cordes. Les malheureux remontaient souvent à moitié asphyxiés par les gaz pestilentiels, et on ne parvenait pas toujours à les faire revenir à eux ; on voit par là si le procédé était primitif. Le fonctionnement de l'administration était à la fois simple et compliqué, chacun s'ingéniant à tirer le plus de profit de sa situation, car s'il y avait une sorte de hiérarchie dans les fonctionnaires, il n'y avait aucun contrôle. La situation, on le voit, ne pouvait être (jue temporaire et provisoire, et les Anglais, comprenant leur intérêt, ne cherchaient qu'à laisser le mal empirer.

Le |dus gi'and désordre ri'gnait dans le palais lui-même et jusque dans le

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Palais i;uyal

harem, où il se passait parfois, paraîtrait-il, des scènes plus ou moins tragiques, qui n'avaient rien à envier aux drames orientaux. Malgré tout, le roi, prétendon, était débonnaire et généreux au fond ; c'est ainsi qu'il avait bien accueilli les missionnaires français et qu'il aurait même aidé à bâtir une église et des écoles, allant jusqu'à payer des pensions. On voit par là que le bouddhisme n'a pas le côté terriblement fanatique de la religion musulmane, et les Birmans sont particulièrement tolérants. Les missionnaires, il est vrai, en ont profité et en ont déjà converti un certain nombre au catholicisme. Mgr Bigandct, dont le nom a du reste, et avec raison, une si grande autorité pour tout ce qui touche à ce pays, où il a séjourné une partie de sa vie, a cherché à faire

Bateau royal

connaître sa nouvelle patrie par des études d'une valeur incontestable. Les missions protestantes, par contre, n'ont pas eu autant de succès, tant s'en faut : il est ^vrai qu'elles cherchent à reprendre leur revanche depuis le nouvel état de choses. A propos du palais toujours, nous pouvons citer une peinture curieuse qui en a été faite par un diplomate céh'bre envoyé en mission spéciale il y a quelqu(> quinze ou dix-huit ans auprès de Sa Majesté biruiaue. « Ce palais, at-il écrit, avec ses trous à rats dorés, ce roi avec ses oripeaux étincelanls, ce mélange de luxe et de misère, de rubis introuvables montés sur des cercles de cuivre, de bibelots à treize sous et de coupes d'or ciselé, tous ces personnages avec leurs coiffures étranges et leur unilormc d'opérette, en velours brodé, couvrant les épaules, mais négligeant absolument les jambes, tout cela est d'un comique achevé et serait ravissant, si c'était accompagné d'une mu>i(|uc d'Offenbach ou de Lecoq. »

De même nous ne saurions passer sous silence, tant elle est typique et (jua-

simtul comique, la solennelle réceplion qui lui a été faite comme envoyé de la Fianee. Comme il avait remonté le lleuve sur des bateaux envoyés à sa rencontre avec une suite nomlueuse, ainsi qu'il le raeonte, une j)()mi)euse escorte élail venue 1 allendre sur la rive pour le conduire à la demeure (|ue le roi avait fait construire à la hâte pour le recevoir. 11 y avait une véritable et imposante mise en scène avec éléphants caparaçonnés, cavaliers caracolants et soldats en armes. Laissons-lui encore la parole : « Hicn ne peut donner idée de la l)()uironnerie de celle uiarelie lrioni[)liale, el jamais aucune iV-erie n'a pu donner quelque chose d'aussi cocasse ; pas un soldai n'as ail son i'usil en état, etc.. ; de plus ces

gens nu-jambes, les cuisses recouvertes d'un jupon de toile, portant sur le dos un sac et fourniment européen dépenaillé, et coilTés dune sorle de champignon en cuir bouilli, donnaient faible idée de la force militaire du pays. »

11 poursuit sa narration, en racontant qu'un individu était posté derrière lui sur l'éléphant, abritant son auguste personne au moyen d'un grand parasol rouge avec lequel le serviteur lit tomber sa coiffure à diverses reprises. Ils avaient été ainsi, lui et ses compagnons, les hôtes du roi, qui avait mis à leur disposition, éléphants, équipages à bœufs, un véritable troupeau de poneys et une armée de serviteurs qui les dupaient à l'envi. Chaque matin, les reines leur envoyaient toutes sortes de gâteaux, bonbons et confiseries, confectionnés par leurs royales mains, mais qui n'en étaient pas meilleurs pour cela, paraît-il. Il semble, aussi avoir gardé bon souvenir des chasses qu'il a faites dans des contrées d'autant plus giboyeuses qu'on n'y chassait pas ; peut-être même, d'après ce qui nous a été rapporté personnellcmenl, se déleclail-il dans celte existence large et facile, au point d'avoir semblé oublier les motifs (|ui l'avaient amené en Birmanie. Mais nous ne saurions ici discuter sa conduite politique, que des plumes plus autorisées que la nôtre tlélriront, il faut l'espérer, si elle n'a pas été dictée par un irrépi'ochable dévouement à la cause du pays. Finissons en rappelant la réception humoristique dont il a été l'objet. A jour dit, en effet, et en grand apparat, il a été conduit devant la Royale Majesté, qui a f'aii une

TOMlilîAU DU UOl Ml.MlON

^■^f fa-

courte apparition sur le trône dont nous avons déjà parlé, entourée de ses dignitaires en grande cérémonie, tandis que, suivant l'étiquette, les ambassadeurs avaient dû se tenir accroupis à terre en dissimulant le plus possible leurs pieds. L'entrevue avait été brève et sans résultat apparent. Cette anecdote nous remémore certaines réceptions dont nous avons aussi été l'objet en divers pays, mais qui. sans avoir revêtu ce caractère solennel, n'en ont pas moins été fort originales parfois, pour ne pas dire plus. De même nous connaissons, à propos de l'hospitalité asiatique, certain de nos amis ayant vécu à la cour de rajahs indiens, défrayé do tous frais et princièrement entretenu. Ces exemples rares prouvent que l'on peut encore trouver des « Mécène modernes », car dans ce dernier cas il s'agissait d'un artiste et d'un peintre français. i

Un dernier vestige de la splen- -i

deur de cette cour de Mandalay, c'est encore le bateau accouplé, portant un véritable monument jL^ /^ terminé par une haute flèche, que l'on avait conservé jusqu'à ces dernières années. C'est un spécimen de ces superbes et gigantesques barques, somptueuses galères, qui naviguaient majestueusement sous l'impulsion de nombreuses rames.

Elles étaient décorées à l'envi, dorées pour la majeure partie et tout enguirlandées de flammes, de banderoles et de draperies, couvertes d'une foule aux gaies couleurs. Cela devait faire un bien beau tableau que des peintres orientalistes devraient regretter de n'avoir peut-être même pas soupçonné. Le grand bateau dont il s'agit était surnommé « le Roi et la Reine ». Il devait être étincelant sous ses riches parures et était conduit par une cinquantaine de rameurs. On juge du succès qu'aurait un pareil monument s'il pouvait ligurer à notre grande Exposition de la tin du siècle.

C'est dans l'enceinte même que sont cantonnées les troupes anglaises; mais sans en sortir, et à deux pas de la façade du palais, la petite pagode (jui miroite au soleil avec son revêtement de glaces, est le mausolée du roi Miudon ; il est de de forme carrée, mais se termine en pyramide, et brille, par le fait, comme un grand « miroir à alouettes ». Non loin. le délicieux « collège du roi Tliibau » avec ses toitures superposées, gracieusement surmontées d'une llèche élancée, est une construction tout en bois. 11 est discrètement rehaussé d'or, et avec ses tines dentelures sculptées oITreun des plus jolis spécimens de l'art birman. Les Anjj^lais l'ont transformé en église. De plus, il est exhaussé d'environ deux nièlre> au-

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COLLÈOE DL" ROI ThIBAU

ce EN 151 n MANIE

dessus (lu sol sur do niassils pilolis ol est onlouré d'uno plak'-rorme circulaire à curieuses l»aluslr;ides de bois; disposition que l'on relrouve généralement dans les t'diliees >iuulaii'es.

Aeciilée au palais lui-uièuie, une vieille tour de bois présente un belvédère d'où \\m jouit dun bon coup d'œil d'ensemble. Le parc qui s'étend à droite el à i^auclie est bien déclin de son ancienne splendeur; il ne voit plus circuler rieuses, sous les ombrages, ses nombreuses petites birmanes qui faisaient jadis de ce lieu, s'il faut en croire un témoin du passé, une véritable île de Cytlière; on ptMil voir encore cependant quelques vestiges de ses splendeurs dans des grolles arlilieielles el des rocbers factices d'un goût douteux. Des canaux faisanl eommuni(juer (|uel([ues pièces d'eau y répaudaienl la fraîcheur sous les épais ombrages. Dans un coin, l'une d'elles comporte encore les traces d'anciens bains qui devaient éveiller des souvenirs mythologiques; aussi, en se reportant en arrière devant ce restant de décor, on comprend les regrets exprimés par ceux (|ui avaient connu les fastes de la cour royale. Des kiosques subsistent également, petits temples de l'amour probablement, discrètement cachés dans la verdure ; parmi eux, un pavillon un peu plus important est devenu historique ; c'est là, ainsi que l'indique une plaque commémorative en cuivre, que le roi Thibau, entouré de ses deux femmes et de la reine mère, se rendit au général anglais Prendergast, et qu'avec lui disparut le royaume de Birmanie.

Ne quittons pas le fort sans citer au moins pour mémoire, parmi les constructions que les Anglais ont respectées, quelques pagodes qui n'ont aucun intérêt personnel, et d'anciennes demeures de hauts dignitaires, comme la résidence d'un ancien ministre, accolée à la partie intérieure nord du rempart, et où s'est installé le représentant anglais. Dans un coin aussi il existe une prison; autrement la majeure partie de ce vaste enclos ne présente que de grands espaces inoccupés oii les soldats peuvent manœuvrer à l'aise ou se livrer à leurs sports favoris.

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