‹ En BirmanieChapitre 12 sur 14 · L.V COIFFUKE MLlLliLLE · texte numérisé non relu

L.V COIFFUKE MLlLliLLE

estuaire, l'ormant un lac à l'époque des crues, où le niveau des eaux monte d'une vingtaine de mètres le long des berges, inondant les terrains plus bas sur une vaste étendue. Les indigènes ont du reste établi comme une écbelle en bois, pour constater le fait, sur la pente escarpée d'une falaise que couronne une ancienne petite pagode abandonnée.

La descente s'elTectue au milieu des nombreux lourbiilons (}ui, avec leurs remous circulaires, donnent un curieux aspect au IIcunc. lue fois engagée dans le délilé, l'eau semble dormir à la surface, quoique le courant s'accélère par endroits et devienne même assez rapide parfois. Des suites de bancs de rocbers émergeant de plusieurs mètres sembl(>nl vous barrer la route à rlia(|U(' iuuniant, foi'mani d'étroits étranglements dont la largeur alleint à peine cin(iuanle mètres parfois, se creusant jusqu'à des profondeurs de cin(|uanle mètres et plus, avec un courant de plus de vingt kilomètres à l'iieure. On se

figure quel colossal et incessant travail des eaux il a fallu pour briser ou plutôt user toutes ces murailles successives. Tout autour se dressent des collines dune hauteur atteignant parfois plusieurs centaines de mètres, qui forment ainsi des paysages plus pittoresquement gracieux qu'imposants. Par endroits, les collines prennent les proportions de petites montagnes, toujours uniformément boisées. Par-ci par-là quelque crique s'entr'ouvre entre les escarpements de la rive, anse modeste au fond de laquelle jaillit une cascatelle, offrant ainsi un cadre charmant, où l'on voudrait voir surgir «quelque béte fauve, dont la présence

ajouterait au charme pittoresque du paysage, mais hors de portée pour

notre sécurité personnelle, car ce n'est pas l'ambition de rapporter de glorieux trophées qui nous a amenés dans ces lointaines régions. Plus loin, dans une anfractuosité de rocher se cache peut-être quelque nymphe, habitante de ces lieux déserts...., mais c'est la retraite ignorée de quelque loutre solitaire qui se sauve à l'approche de l'homme.

Chemin faisant on croise aussi parfois des embarcations indigènes, souvent simples troncs d'arbres creusés ou primitives nacelles faites de planches grossièrement accouplées, avec un abri arrondi fait de joncs tressés. C'est à peine si quelque cri d'oiseau vient troubler le silence du lieu.

Il n'est pas rare de voir, surtout à la chute du jour, paraît-il, ai)paraître parmi les épaisses ramures de la végétation qui vi(Mil baigner souvent ses brandies basses jusque dans les eaux du lleuve, quelque animal habitant de la mystérieuse foret, quelque éléphant désireux de se rafraîchir; malheureusement, nous venons de l'avouer, nous avons été déçus dans notre attente. On jieul dire, en effet que dans ces parages c'est l'éléphant le roi de la forcM, c'est là. du icsti", que l'on vient le chasser, et sa poursuite offre un' tout aiilic inlt'ièl. |)uis(|ue c'est non pas sa mort, bien au contraire, mais sa capture (jnc l'on lecbciclio. Tout le monde a lu dans son enfance les fameuses cliasscs au desccnthiut des races animales antédiluviennee, elles se piaticiiienl plus ou nmins de |;i même façon et cependant on nous permettra d'esquisser rapidemeni la manière dont la font les Birmans. Elle était, surtout autrefois, l'objet dune véritable fêle natioiuile. anncjucée longfemi)s à lavance. Pour celle sorte de cérémonie on entretenait un troupeau d"élé[)hanls femelles spécialement (''(Uniuées à lensor-

l'UEMIEU DKKlLi;

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Ccllt'iiUMit i.\c Ifiiis (■oni;t'n("M'i>s (|mVII('s (IoInciiI en (Hi('l(|iu' soric rainciicr captirs, A «"iM cllVl, sous la oonduilc (1(* leurs ('(U'uacs (|ui nul i)arloi'> à n'piiuicr des ri'Mniui>C(MU'('s d iiiiIi''|M'ii(lanct' itcnliir. cllc-^ uaputuil la Inrrl (|u"('ll('s |)arcour('nl pcmlaul plusieurs jours au besoin ju-'iiuau uiomeui ofi les niàles oui senli leur approche, t'es tleruiers vieuueul inuoeeuiuieul ; ou fait counaissauee, el ils finisseul i);ir ('couler le> pi'opos galauls de ces sirèues, ([iii iuseusihlenienl cluTcIieul à le'- l'aire sortir de la forrl. I^a diriicullé coiuuieuce, le \ieu\ màlc se di'lie el ne soucie [)as de quiller sou douiaiue; le plus jeuue, lui, esl j^éuéralenieul i>lus iniprudcMil ; il se laisse parfois ensorceler, el sorl des profondeurs <ini oui altiili' son enfance. S'il l'ail mine de revenir en arrière les « éléphanles » (()u'(Ui nous |)ai<liiune le nntl l'eulourenl. le liarcèlenl, le pressent el au besoin tisenl de la force si les moyens ])ersuasifs ne semblent pas suffisants. Le malheureux se résigne ou succombe s'il songe à résister aux assauts non plus de galanterie mais de lutte qui! doit soutenir. On l'amène ainsi à la vaste enceinte <le bricnu's. sortes d'arènes, où se douueut aussi des combats de grands fauves, comme cela se pratique aux Indes, dans les cours éblouissantes de luxe asiatique des radjahs et des maharadjahs. Ce cirque remplace en Birmanie le kraal indien, ce parc formé en pleine forêt de pieux gigantesques dissimulés sous la verdure, ce «]ui facilil(> la capture. Le peuple se presse en habits de fêle sur les gradins, otïrant avec ces vêtements de chatoyantes couleurs un joli décor, qui peut hardiment soutenir la comparaison avec le cadre d'une corrida de toros espagnole.

Ouel b(Mu sujet de tableau que nous rêverions de pouvoir exécuter un jour, si nous en avions les loisirs ! Un bruit assourdissant retentit ; ce sont les clameurs de la foule auxquelles se mêlent les voix graves des gongs et des tamtams. Une poussière aveuglante se soulève en un nuage épais... c'est le troupeau qiii approche, comme cela arrive dans les ferrades espagnoles ou du midi de ïiotre France : au moment où ion croit tenir la bête étroitement serrée, d'un brusque mouvement de volte-face elle s'élance éperdument et rompt le cercle, se sauvant affolée. La poursuite recommence, parfois elle s'échappe, mais raren)(Mil, d'ordinaire elle est rejointe et ramenée jusqu'à la i)orte de l'enceinte où on la pousse. Le fait se renouvelle quelquefois à divers reprises el la difhculté est grande parfois pour arriver au résultat linal. Ce n'est pas toujours sans accident, cela va sans dire, et plus d'un curieux paie de sa vie une imprudence.

La poterne esl refermée aux applaudissements de la foule, qui ne se contient plus de joie ; elle apostrophe l'amoureux éconduit, lui jette des pierres, le raille. 11 reste généralement complètement ahuri et comprend (jne toute tentative d'évasion serait veine, c'est à peine si (|uel»iues-uns lenlenl un suprême el inutile effort. Ajoutons que pendant qu'il enliail dans l'arène, les femelles en ressortaient par l'autre porte qui se refermai I derrière elle;,. Mais tout n'est pas fini, H s'agit de le faire s'engager, ce qu'il fait généralement de lui-m^me en se

jetant à la puiirsiiite de celles qui l'ont ainsi amené, dans un élroit corridor où il est entrave et enchaîné. On lui passe en môme temps des nœuds coulants aux oreilles et on rimmobiliso ainsi. Une diète de quatre ou cinq jours le calme et l'abat; c'est alors que le cornac qui est désigné pour être attaché à sa personne, s'approche, le flatte et lui présente quelque nourriture. Il est pressé par le besoin, accepte, et fait ainsi connaissance avec son gardien, qui l'apprivoise d'ordinaire en quelques jours. On le débarasse alors d'une partie de ses liens et on l'essaye. Bientôt il semble résigné à son nouvel état et devient alors lintelligent serviteur, soldat, chasseur ou ouvrier ; car, s'il est dressé à conduire des chariots et des canons, comme les Anglais le lui font faire spécialement aux Indes, il est bon chasseur, se jetant dans la forêt à la poursuite du tigre ou du buffle, ou utilisant ses puissants moyens au transport des bois à travers les taillis impénétrables, ou même dans les scieries, comme nous l'avons vu à Rangoun. On a assez vanté son intelligence et sa docilité, pour ne pas s'étendre plus longuement sur ce sujet.

On met plusieurs heures à franchir ce long défilé, obstacle que la nature semble avoir jeté sur la route du fleuve. La navigation exige forcément de grandes précautions et devient plus ou moins dangereuse suivant la saison, car à l'époque des hautes eaux plus d'un rocher devient un écueil d'autant plus redoutable que le courant est plus violent. Au résumé le passage est très pittoresque et a conservé un cachet de sauvagerie tout particulier qui ne nous a nullement fait regretter les heures passées étroitement accroupis dans la pirogue où nous avions heureusement la faculté de pouvoir nous allonger et dormir au besoin.

DE BIIAMO A KATllA

DKIXIKMK IHIFIIJ-:

I-lnlin le lloiivc s'élargit, les collines s'abaissent el on laisse la foret derrière >oi. Aux [lilloresqucs rives où semblait descentlre comme un long manteau la lii\iiii;uit(' M'idiiic (lui couvre les pentes an itied des((nelles les bancs de rochers

DliLXlt.ME DKUl.K DE L I lUiAOL Al)U\

forment comme une puissante garniture, succèdent (b' longues el basses j)lages sabbiniK'Uses. Elle se relèvent légèrement avant Bliamo où le lleuve coule eu un large lit, formant plusieurs bras suivant la saison.

C'est un peu au-dessous de Bhamo que l'on rencontre le deuxième défilé où

Ton a constaté des profondeurs de soixante mètres aux hautes eaux. Moins long que le précédent, il offre de moins gracieux paysages, mais par contre il est plus encaissé et à un endroit même il passe au pied d'une haute falaise rocheuse qui s'élève à pic à plus de deux cents mètres. Le cours du fleuve se rétrécit au point de n'avoir guère plus d'une centaine de mètres de large par endroits. Le passage est imposant et offre de jolis coins, mais au résumé il est, selon nous, inférieur en beauté à celui du Danube en Europe, dit « des Portes de fer », qui l'emporte en grandeur et en importance. 11 finit brusquement ce défilé de rirraouaddy, et le fleuve débouche entre deux belles collines toutes couvertes d'une dense végétation dont les échantillons variés, pour la plupart inconnus dans nos contrées, semblent se presser les uns derrière les autres comme pour descendre au fleuve au-dessus duquel pendent leurs branches comme autant de bras qui semblent vouloir y puiser la fraîcheur. Il reprend alors sa course au travers de la plaine, coulant vers l'ouest depuis Bhamo, où il fait un coude brusque.

Un peu au-dessous de Katha, il coule vers le sud. La distance entre cette station et Bhamo est à peu de chose près la même qu'entre celle-ci et Simbo, soit cinquante-quatre milles pour la première et cinquante-huit pour la seconde. Rappelons que celle de Bhamo à Mytkyina est d'environ deux cents milles, comme celle de Bhamo à Mandalay est de trois cent vingt milles anglais.

Entre les deux défilés, en dehors Bhamo et Katha, on ne peut guère citer comme stations de quelque importance, que Shwegou et Moda. La première est un port bien déchu de ce qu'il était jadis, paraît-il, près duquel une île se dresse dans le fleuve couverte d'innombrables pagodes, lieu célèbre où se tient chaque année en mars une foire qui attire plus de vingt mille Birmans. Située sur la rive droite, la seconde fait un commerce de poissons assez important, et est un port où les bois teck exploités dans la région sont amenés au fleuve.

I)H KATIIA A SAGAIXG

TUolSIKMi; ItKFII.K

L(> loiii'islo aui'a un ciirioux spoclacle, qui aiiiiniontcra l'inlérrt do la roule, s'il a la houne l'orluiu' dètro à bord d'un bateau dont le pont sera IransCormé en bazar llollanl. Hieu n'est pittoresque, en effet, comme ces installations provisoires de marchands qui ont débalb^ leur marchandises et composé leur devanture pour allécher le client, car il s'agit de se débarrasser autant que possible pendant la traversée (jui va durer quelques jours, de façon à pouvoir renouveler sa pacotille à Mandalay pour recommencer sa tournée de colporteur. C'est une idée de ce genre qui avait déjà germé dans des cerveaux inventifs de négociants assez osenrs pour avoir songé à composer un assortiment de produits français et à en charger un navire qui aurait eu un itinéraire intelligemuient tracé, de façon à pouvoir ainsi semer leur cargaison le long de la route. A côté de cette idée, il en avait été émise une autre également fort ingénieuse et qui aurait peutêtre pu porter de bons fruits, celle d'une sorte d'exposition flottante où auraient ligure des échantillons de nos produits manufacturés cori'espondant aux l)esoins du pays. Elle aurait été basée sur les rapports envoyés par nos consuls à qui doit incomber le devoir de chercher la direction à suivre pour l'écoulement de nos articles tout en indiquant les produits susceptibles d'être tirés par nous en échange avec profit des mêmes contrées oi^i ils ont été placés. Nombre de ces fonctionnaires s'acquittent avec conscience de leur tâche, mais trop souvent, ils voient leurs efforts méconnus ou tout au moins mal récompensés.

La faute en retombe donc sur notre administration bureaucratique....

Encore une fois, et on ne cessera de répéter avec raison : moins de politique et plus d'affaires.

Mais revenons à nos marchands birmans. Il faut voir à chaque escale, la foule envahissant le pont, les uns à la recherche d'une étoffe ou d'un objet usuel de ménage, d'autres venant faire leurs provisions, car ce n'est pas qu'un bazar mais bien aussi un marché, auquel les indigènes des villages échelonnés sur les rives du fleuve viennent se ravitailler... C'est le cas de le dire, on vend de tout jusqu'à des tableaux dans lesquels les artistes birmans traduisent la nature avec

une curieuse naïveté. On organise même des tombolas, dont les lots sont des... o])jcls d'art! Une boite à musique, ô progrès, nous régale même parfois dairs connus.

Mais le bateau marclio sous l'impulsion de ses grandes roues dont les palettes on secouant leau en blanche mousse tracent un large sillage sur la surface des eaux tranquilles. On a laissé sur la route de rares petits villages avec leurs pagodes et leurs couvents dont la silhouette mélangée à celle des arbres variés se découpe pittoresquement sur le ciel, tandis que souvent de longs escaliers descendent jusqu'au fleuve. A une escale un éléphant venait chercher des voyageurs, et en guise de fiacre à galerie, les emportait dans l'intérieur du pays avec leurs bagages empilés sur le dos du volumineux coursier. 11 faut voir tout ce monde allant et venant : les uns ne fout qu'une slalion, tandis que d'autres se déplacent par un long voyage, ou parfois changent de résidence. 11 est vrai que pour ces derniers le déménagement de leur mobilier rudimentaire, quand toutefois il existe, no les entraîne pas à de grands frais, comme bien l'on pense. Quelques objets usuels, vases de cuivre généralement, une caisse renfermant quelques étoffes, peaux, couvertures ou tapis, et encore; c'est là tout ce qui constitue d'ordinaire le bagage de ces simples, qui sont souvent plus heureux que bien de nos raffmés en civilisation et on bien-être. De temps à autre un Eurt)péen se distingue dans la foule, c'est un fonctionnaire quelconque ou un militaire anglais, ou parfois quelque ingénieur ou peut-être touriste; mais ce dernier est bien l'oiseau rare, car c'est à peine si nous on avons rencontré quelquesuns pendant les quelques semaines que nous avons passé en Birmanie.

Le fleuve est plus ou moins semé d'îles et se divise ainsi en plusieui's bras selon la saison, et son lit est obstrué par des bancs de sable, ne ménageant parfois qu'un étroit chenal; sur leurs blanches plages apparaissent parfois des huttes chélives d'indigènes qui font de loin comme autant de petites taches sombres. Les indigènes, qui sont venus s'établir là. souvent })rovisoirement pondant la saison sèche à l'époque des basses eaux, se livrent à la pêche cl barrent au moyen de filets et de nasses onde treillis on jonc quelque bras delà rivière reconnu comme poissonneux.

A main droite une longue chaîne de collines profile sa silhouette bleue et le bateau atteint Tigyaing sur la rive droite avec ses pagodes et son petit fort. De blancs dômes allongés couronnent deux monticules placés aux extrémités du village niché dans la verdure et qui aUongo ses cabanes au delà d'une vaste plage, dont l'aspect évoque des souv(>nirs lointains o! nous rtqtorte sur nos belles côtes normandes ou bretonnes... Ce pa\s fut témoin d un fait hislori(|U(> qui rappelle nos éi)0(jues glorieuses de la chevalerie du moyt'u âge. l no armée chinoise y était parvenue, refoulant les hahitanls du sol. (jni deniaudèroni (jr.e le sort des deux armées fût remis aux mains Ac (inchincs champi(»n< pris de pari et d'anlce. L'issue de ce combat singulier drvail lianthei- la (piolion. et les

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l'N lUHMAMK

vaincus ilovaionl se rrliriT. Los iMiinois l'uroiil le ilossous el quoique conquérants, ils tinrent j)arolo el évacui'renl le pays, regagnant le Nord. C'est en cet endroit egalenienl (|u'un jour (|ua[re employés européens furent saisis j)ar les indigènes qui allaiiMit leur laii'e un mauvais parti sans rinterveulion providentielle d'un ot'licier birman assez heureux pour leur sauver la vie.

En face est Myadaoung qui disparaît dans la verdure. Comme à la plupart des escales ou voit au i)ie(l des villages d(> nombreuses embarcations tirées à la grève ou amarrées à des piquets au pied de rives plus ou moins escarpées. C'étaient autant de jolis sujets de paysages, que nous nous elïorcions de saisir au vol, croquant, dessinant, posant quelques teintes rapides ou plus simplement photo-

SCR LES BORDS DE l.'lliUAOfADDV

graphiant, désireux d'emporter des souvenirs plus tangibles de ces lointains pays, si pleins d'une reposante poésie... Sur le fleuve, ce sont des chaloupes indigènes que l'on croise ou que l'on rattrape en quelques tours de roues, sifflant de loin pour les faire garer et laisser libre le passage navigable parfois fort étroit. Les unes sont plus ou moins voilées, ou avancent à la rame, tandis que d'autres descendent lentement le courant, semblant en quelque sorte livrées à elles-mêmes. Nous en avons déjà parlé, du reste, et décrit divers échantillons types de cette marine fluviale si pittoresque. Les spécimens des grands bateaux particulièrement sont vraiment remarquables avec leur arrière retroussé, rehaussé de motifs en bois sculpté, avec la place souvent abritée par une légère toiture et où se tient la barreur, qui se sert dune sorte de large aviron en guise de gouvernail. Nous croyons qu'il est difficile de trouver, de par le monde, des pays où la construction navale soit si artistiquement comprise, et des modèles de ces bateaux ont leur place toute marquée dans nos musées, sans parler du succès qu'ils ne manqueraient pas d'avoir à une exposition. On dépasse succès-

sivement Tagoung qui se présente bien avec ses édifices encadrés de verdure. Il dissimule sous ses débris la puissante fondation faite en l'an 830 avant l'ère chrétienne par un prince indien, ainsi que l'ont révélé des tablettes de terre cuite portant des inscriptions en langue pâli, antique langage dont la récente connaissance a permis de soulever le voile mystérieux qui jusqu'à nos jours cachait l'histoire fabuleuse de llnde, ce berceau de notre race humaine, dont l'origine se compte par milliers de siècles, bien antérieurement aux dates que l'on fixait jadis.

Plus on se rapproche de Mandalay et plus le mouvement de la navigation croît; c'est ainsi que chaque journée ne s'écoulera probablement pas maintenant sans rencontrer un vapeur remontant le fleuve, bateau de voyageurs ou simple chargeur, qui laissera derrière lui un long sillage de blanche écume, déchirant la calme surface des eaux transparentes où s'ébat parfois quelque poisson souffleur. Ce sera peut-être aussi une chaloupe du gouvernement qui s'avance rapide en faissant mousser l'eau sous les efforts précipités de sa roue motrice placée à l'arrière, modèle de canonnières fluviales dont on a souvent fait usage dans diverses expéditions coloniales et que l'on a, pour ainsi dire, adopté depuis. Parfois aussi c'est un long train de poutres de bois, destinées à la construction, qui suit lentement le fil de l'eau, dirigé par quelques indigènes ; une cabane, installée sur ce plancher flottant, leur sert d'abri pour la nuit, et c'est ainsi que pendant de longues journées ils descendent le cours du fleuve.

Il fait nuit généralement quand on atteint Kyanhyat, sur la rive gauche. C'est, paraît-il, un centre commercial de quelque importance. Puis vient Maie, avec un grand banc de sable (à l'époque oîi nous y sommes passés) en face Tsampenago, à un brusque coude du fleuve. Ces villages ainsi échelonnés le long de rirraouaddy ont souvent une grande analogie d'aspect, car un rideau d'arbres oii les gracieux panaches de palmiers dominent leurs voisins cache en grand les modestes habitations aux légères cloisons qu'abrite un toit de chaume. Par endroits ces cabanes sont presque accrochées à la rive escarpée et établies sur de hauts pilotis au-dessus du fleuve (jui vient ronger les berges aux inondations. Ce que l'on distingue toujours dans le paysage, ce sont les toits élancés de quelque couvent où les dômes allongés de pagodes blanches ou dorées, comme on la déjà vu et comme on le verra encore... De loin ces dernières rappellent jjarfois les « amers », ces tours blancliirs à la chaux plaet'i's ilans les endroits dangereux, pour avertir nos marins, ou sur la cote pour leur indi(juer l'entrée du port. Toutes les personnes, qui ont fré(|uenté les plages bretonnes spécialement, les connaissent bien. Les rives, couime on l'a (h'jà reuiarqué. sont souvent assez élevées, coutenant ainsi le lleuve à rt'potjue ile> erues : ile plus pour éviter les inondations, les villes et villages ont choisi de [iréférence des points hors d'atteinte, on le devine aisément.

Des stations plus ou moins importanl(>s se succèdent comme Thaheilkvin. ancien port corresj)ondanl à une région où s'exploitent des mine-- de lubis,

api»;irttMianl jadis aux Slians. Los baloaiix y ont longtemps stoppé pour la nuit, vu ralliludc pou rassuranto dos indij^ônos. Puis vionnoul Kawbwot, qu'avoisinont dos niinos do charbon, et Kyoukmoung-, village fortifié à cause du peu de sécurité qu'ollVail lo pays à l'époque où dos bandes armées parcouraient la Ilaulo-Dirmanie, et situé prés de Tonlréc du troisième défile, si toutefois on peut donner ce nom au passage du fieuve à travers une petite chaîne do montagnes ou plutr)t do collines, que l'on aperçoit se profilant au loin devant soi. Il est, du reste, bi(>n inforituir à ses doux frères et n'évoque mome aucune idée que comporte le mot défilé. Le lleuvc s'est, en elTot, tracé sa route contournant le pied des hauteurs que la nature semblait avoir jetées sur son chemin, sans avoir été obligé de s'y creuser un lit. C'est une suite de gracieux paysages, qui évoquent le souvenir des bords du Rhin, moins les ruines si piltoresquement placées, cela va sans dire, et contrastent agréablement avec certaines régions où le fleuve coule au travers de plaines peu folâtres d'aspect, et forcément monotones, si l'attention du voyageur n'était soutenue par l'intérêt que présente la vie sur le fleuve lui-même et la distraction du bord. Quelle différence entre cette navigation calme et reposante, tout en étant intéressante sans fatigue, et cette vie de désoeuvrement, j'allais dire d'anéantissement, que l'on mène en mer (je parle pour la généralité) pendant les longs jours, pour ne pas dire les semaines, que l'on passe entre lo ciel et l'eau, dans certaines traversées...

Quelques heures suffisent pour franchir cette suite de collines boisées, où les arbres passent par toutes les délicieuses colorations de nos teintes d'automne, fondant les roses et les rouges dans des violets veloutés.

Nous venons de laisser la région principale où la nature semble avoir semé le diamant sanguin dont on connaît la valeur. Ces mines de rubis jadis propriétés royales, sont affermées maintenant à une compagnie qui l'exploite, nous a-t-on prétendu, d'une façon simple, mais qui pourrait être beaucoup plus lucrative, en faisant payer une redevance mensuelle de vingt roupies par ouvrier ! Il est bien évident que ce procédé ne saurait tenir longtemps et que l'attention des Anglais s'est naturellement portée sur ces richesses du sol. C'est ainsi qu'ils ont entrepris de tirer, en gens pratiques qu'ils sont, un sérieux et précieux parti des mines de charbons et des puits de pétrole, déjà connus avant l'occupation, mais exploités d'une façon des plus primitives, qui consistait à extraire le pétrole au moyen d'un simple récipient fixé au bout d'une corde. Depuis quelque temps déjà, on travaille activement à les mettre en valeur et il n'est pas besoin de faire ressortir que ce sera là dans l'avenir une véritable richesse pour la Birmanie, située surtout dans une région du globe où l'inflammable et éclairant liquide naturel est rare.

11 a déjà été parlé des exploitations de bois de teck et autres, qui se pratiquent dans l'intérieur des vastes forêts qui couvrent encore la majeure partie du sol birman, et nous n'y reviendrons pas.

On continue de naviguer sur le large fleuve, qui offre surtout à l'approche des centres plus habités des spectacles parfois fort pittoresques et intéressants. C'est, par exemple, une noce composée d'une longue suite de canots qui descendent le courant. Des embarcations portent des musiciens qui accroupis accompagnent aux sons d'instruments bizarres danseurs et danseuses vêtus de costumes aux chatoyantes couleurs, parés de colliers de fleurs... : c'est là un gai tableau comme on en voit rarement, bien fait pour inspirer le poète et l'artiste, et qui contraste singulièrement avec ce convoi funèbre, moins banal, on l'avouera, que la file des voitures suivant le char funèbre, comme nous en rencontrons trop souvent. Des pirogues ou des sampangs escortent le bateau mortuaire portant une sorte de dais et orné d'oriflammes de couleurs. Des fleurs, jaunes plus spécialement, rehaussent la décoration, tandis que des présents faits aux prêtres, étoffes, fruits, riz, etc., témoignent de la plus ou moins grande générosité de la famille et sont en général en rapport avec la situation du défunt.

L'air retentit de chants rythmés qui surprennent un peu nos oreilles européennes ; ils sont accompagnés de la voix plus puissante des gongs et des tam-tams, qui ponctuent en quelque sorte ces modulations. A la nuit le spectacle est plus étrange, on dirait une vision fantastique : le convoi est éclairé à la lueur de torches et de lampions qui semblent embraser le fleuve, apparaissant pour disparaître, semblables à de fugitives lucioles. C'est ainsi que l'on se rend au lieu de la crémation et la funèbre opération se fait au bruit des pétards et des coups de fusils qui éclatent au milieu du chant soutenu des cloches et des gongs assourdissants.

Tantôt à droite, tantôt à gauche, s'allongent des chaînons monl;i-noiix, d'aspect peu varié, mais d'une line coloration. Bientôt une forte colline arrondie se dresse semblant barrer le chemin au fleuve qui va la contourner à droite ; elle porte le nom du lieu célèbre (pii se Iroiive à ses pieds : Mingoun. C'(>sl là que nombre de Birmans se rendent chaque année en pèlerinage auprès de la fameuse cloche, une des plus grosses du monde, mesurant plus de trente pieds de hauteur, cinquante-quatre de circonférence à sa base et vingt-sepl dans la partie supérieure. Elle ne pèse, du reste, pas moins de 91.000 kilogrammes. Fort ancienne, son histoire est entourée de légendes. Tondue de l'aulre côté du fleuve, on peut se ligurer le travail de géant que nécessita son transport. 11 paraîtrait à ce sujet qu'au moment de l'opération de la fonte, à laquelle était

La grosse cloche de Mixiioux

08 rX niRMAME

viMiii assislor le peiiplo on foule, dans un niomenl (rexallation fanatique, les feuuncs se seraient ilépouillées de leurs Itijoux pour les jeter dans la matière en fusion, (>t (|u'il se trouverait ainsi des mt'taux préeicux et des pierres fines dont la prrscnei' iltuuuMail un son iKirliculici" à celte <'loclie sur la(|U(dl(' les fidèles frappent avec des niore(>aux de bois pour obtenir des indulgences. Les montants en bois (|ui la su[)portaient ayant cédé sous le })oids et avec l'œuvre du temps, elle resta à terre pendant des années, jusqu'au jour où des entrepreneurs anglais raccroclièi'ent >^ce ({ui ne dut pas être un })etit travail; à une charpente en fer.

.\ coté les ruines colossales d'une pajj,ode {géante évo({uent le souvenir des travaux les plus considérables que jamais riiommc ait osé entreprendre. On peut voir là un des plus j;ros tas de briques qui soit au monde, car le monunent était ainsi construit ; après quoi il aurait probablement été revêtu d'autres matériaux ou tout au moins d'enduits. 11 peut mesurer plus de quarante mètres de haut et ne serait pas au tiers de son élévation, s'il faut croire aux chiffres que l'on a donnés. Des auteurs prétendent, en effet, que sa hauteur projetée aurait été de cinq cents pieds; en tout cas, il est fort ruiné et a été bien ébranlé par un tremblement de terre ; il paraît livré à un abandon complet, et la végétation a reconquis ses droits escaladant môme les amoncellements entassés par d'innombrables travailli'urs qui renoncèrent à poursuivre l'œuvre entreprise effrayés des difficultés d'exécution. C'est à la suite d'une désastreuse campagne contre le Siam que fut conçu le projet de cette pagode monstre, qui présente une façade d'environ cent trente mètres. Les chambres ou sanctuaires, renfermant des images saintes et des reliques, étaient ménagés sur chaque face. De plus, précédant la terrasse sur laquelle elle s'élève, deux gigantesques dragons se dressent, masses énormes, conformément au plan usité d'ordinaire pour les pagodes.

Le potentat, instigateur de ce temple, avait des conceptions aussi vastes que les Ptolémées, et si les circonstances le lui avaient permis, il aurait laissé un monument qui pouvait rivaliser avec les Pyramides, avec cette différence qu'il élevait un monument en l'honneur de la divinité, tandis que les monarques égyptiens travaillaient pour laisser un impérissable et orgueilleux témoignage de leur puissance.

L'histoire rapporte qu'un autre roi voulut faire mieux encore, et l'on prétend qu'un énorme amoncellement de briques informes, situé non loin de Mandalay, serait le commencement dune pagode qui devait dépasser celle de Mingoun; mais on dut y renoncer et à ce sujet on raconte qu'un Européen, qui était à la cour du roi, commit une imprudence qui faillit lui coûter la vie, en prétendant que, d'après ses calculs, il ne faudrait pas moins de quatre-vingts ans à raison de cinq mille hommes travaillant sans cesse, pour ériger ce monstrueux édifice.

A quelques milles i)lus bas est le port de Mandalay, dans un bras du fleuve.

C'est là que s'arrêtent les vapeurs qui desservent le haut Irraouaddy, tandis que d'autres mettent l'ancienne capitale de la Birmanie en relations avec Rangoun. C'est ainsi que l'on met trois jours environ à franchir la distance de Bhamo à Mandalay et environ autant de cette dernière à Prôme, situé à la tète du Delta. De cette station enfin à Rangoun, on compte encore deux jours. 11 va sans dire que la remontée du lleuve nécessite heaucoup plus de temps, presque le douhle parfois, surtout quand le courant s'est accru sous la poussée des hautes eaux.

Les prix de transport sont fort modérés et bien inférieurs à ceux de nos grandes Compagnies de navigation, si l'on cherche à les comparer; ils n'atteignent pas non plus ceux du séjour sur le Nil.

DE MAXDALAY A PROME

La sorlio du soi-disant port de Mandulay est difficile, vu surtout le resserrement du lit du ileuve aux basses eaux; plus loin il s'élargit et passe au pied de collines rosées que l'on a vues déjà lors du passage en bac de l'Irraouaddy. C'est Sagaïng avec ses pagodes et ses nombreux couvents, que nous connaissons maintenant. Un grand nombre de ces édifices sont abandonnés formant des ruines, dont la végétation s'empare: et, en effet, les indigènes veulent ériger chacun le leur, abandonnant celui du voisin h son malheureux sort. £'est ce qui explique le nombre incalculable de ces temples élevés par les fidèles.

En face est Ava et son décor de monuments que nous avons décrits plus haut. On ne saurait oublier ce coin du ileuve, dont la photographie est impuissante à rendre le pittoresque charme.

Deux carcasses de bateaux dont une partie seulement émerge, et que l'on rencontre à peu de distance l'un de l'autre, prouvent bien les dangers qu'offre cette navigation lluviale. Le chenal est parfois bien étroit aux basses eaux, mais alors il est mieux indiqué qu'au moment des crues, période pendant laquelle le bateau risque daller s'échouer drossé par le courant sui- un l)anc que l'on ne soupçonne pas ou sur lequel on croit témérairement pouvoir passer. C'est ainsi qu'il arrive à des officiers de se « mettre au plein » et d'être obligé d'attendre la hausse du niveau, ou la saison suivante si Ton est à la décroissance des eaux. On risque aussi de perdre le bateau qui jx'ut ne pas se trouver en équilibre et chavire infailliblement. Dans certains cas on peut l'étayer, ou creuser un chenal pour le dégager. Xous avons ainsi rencontré un vapeur du gouvernement qui s'était échoué sur la pointe d'un banc de sable, posé dans une situation critique à plusieurs mètres au-dessus du niveau présent des eaux. Le sable s'était écoulé sous ce poids énorme et on avait dû délester le bateau et l'étayer, pour éviter une trop grande fatigue des membrures, qui aurait pu entraîner de graves accidents. Les officiers, auteurs directs ou indirects du fait, qui ne pouvaient abandonner leur poste, en attendant le moment de pouvoir sortir leur bateau de ce mauvais pas, n'ont pas dû s'amuser, comme bien l'on pense, surtout si l'on songe qu'ils étaient peut-être là pour de longs moisi

Poursuivant notre descente de la belle route fluviale, on traverse une région plate qui s'étend à perte de vue couverte par endroits de cultures avec des bouquets de verdure où les arbres poussent plus ou moins clairsemés. Plus loin le village de Kyouklaloung avec des profils lointains des montagnes bleutées vient distraire le touriste et peu après les pagodes blanches et dorées de la petite ville du Myingyan apparaissent sur la rive verdoyante. Son petit port a une certaine importance à cause surtout du coton récolté aux alentours et que l'on vient y charger.

Nous avons dépassé le confluent du Chindwin, le grand affluent de l'Irraouaddy, que Ton remonte jusqu'à Kindat, pendant environ cent cinquante kilomètres, pour gagner Manipoure, à quelques jours de cheval de là, au centre

StU LE FLEUVE

d'une région montagneuse, habitée par des tribus encore insoumises. Le pays est donc peu fréquenté, vu son manque de sécurité, et la route n'oflVe du reste pas un intérêt suffisant pour le voyageur. La présence (rembarcalions birmanes ajoutera une note pittoresque au paysage, et, ce sera toujours avec un nouveau plaisir que l'on rencontrera une de ces grandes embarcations dont la venue attirera l'attention du voyageur qui, le regard perdu sur l'immensité de la plaine, laisse flotter son esprit et songe peut-être à la patrie lointaine, aux parents et aux amis qu'il a laissés là-bas, au pays ! Un modèle de bateau indigène qu'il ne faut pas oublier, car il paraît se faire rare, c'est celui du baleaupagode. Nous avons eu la bonne fortune d'apercevoir quelques-unes de ces chaloupes plus ou moins décorées, qui servaient jadis surtout à (|uel(|ues curieuses cérémonies, dont la physionomie nocturne devait éveiller le souvenir des « fêtes vénitiennes ». Aussi nous ne pouvons nous empêcher de songer à tous ces motifs bien faits pour insj)irer un artiste, amateiir de scènes fanlaslicpies; il nous semblait voir là le cadre tout trouvé pour une pant^iniinie

KN r. lit MA .Ml']

tÏTriiim'. lui le siiji'l dt' (|iicl(|ii(' Immu iltHor d'opri'a. C'est siirloiil poul-ôlrc ù riiciiic où II' >()Ii'il Mir son (h'rliii \ ;i (lis])ar;iîlr(' dcrriiTo les collines loinlaincs enihrasaiil rociideiil. iiuc lOii se |)lail ainsi à laisser vagabonder la « folle du lo-iis ».

Sous Tinipulsiou de la ituissanle machine (jui nous j)ousse, entraînés par le courant, les niillf-^ s'ajoulcnl aux milles. Aussi bientôt a apparu la pyramide C(dossale de ciuii luilli' pieds du l'aopal (|ui se dresse encore visible malgré son ('•joiiiiicuiciil. i\i\\\-- riinuKMisc plaine, comme un monument de la ualni'e ((ui semble di'-lier les o-uvres des hommes.

L'ne ville de plus de vingl mille âmes. PaUoku, la (lualrième ville de Birmanie, prétendent certains, est le point de départ de la navigation sur le Chindwin; aussi a-l-elle nue cerlaiue importance commerciale, qui se traduit par la présence d'un urand nombre d'embai'cations indigènes taisant le transport des marchandises, auquel ne sauraient sulTire les vapeurs de la C()mi)agnie. Il y a également là des chantiers de construction de bateaux assez réputés. Généralement ou se croise en cet endroit avec le bateau qui remonte le llcuve, comme cela nous est arrivé, et Ton passe la nuit à l'accostage d'un des pontons installés par la Compagnie, suivant les besoins du service, aux escales importantes.

Tout proche de Pagan est le petit port de Nyaoungu, où les indigènes se livrent à des Iravaux de laque.

Le lleuve coule au pied de falaises découpées, qui atteignent par endroits une quinzaine de mètres de haut, elles se prolongent ainsi à gauche pendant un certain nombre de milles. Des pagodes plus ou moins luinées les couronnent de di-lanee en distance. Devant soi des montagnes aux tons tendrement rosés ferment l'horizon. Bientôt une grève, où sont échouées de nombreuses embarcations, apparaît: au-dessus un bouquet d'arbres élancés cache les pagodes qui sembleni vouloir se dissimuler dans la verdure ; au boid du lleuve une foule impalienle allendle bateau c'est Pagan.

Un ne saurait voir on prononcer ce nom, quand on a eu la bonne fortune de pouvoir visiter ce lieu si curieusement célèbre, sans évoquer un inoubliable souvenir. C'est là, en elfet, un de ces coins du globe tout à fait exceptionnel où la main de Ihonime a accumulé édifices sur édifices. Nous n'oserions dépeindre, sans être taxés d'exagération, l'étrange impression que l'on ressent à la vue de cette pépinière de tem))les plus ou moins ruinés. Voilà bien l'antique cité, célèbre entre toutes, surtout du v'' au xni'' siècle, époque à laquelle elle était alors le vrai centre religieux. Après de longues années, des siècles, on peut dire, d'abandon, elle sembla un instant vouloir renaître en devenant une résidence royale, avant la fondation d'Ava, mais cette nouvelle période de prosjjérité fut i-pln-mère et bientôt la ville fut à nouNcau abamlounc'e. .Malgr(M'ette chute, elle n'en resta et n'en restera pas moins le lieu à jamais répuli'*, (jui, ajjrès avoir vu les fidèles accourir en foules nombreuses jioui' se prosterner dans ses temples,

allirci-ca cl rclicndra les touristes, artistes, arche'ologues et j'allais même dire indiflcrenls, laiit est étrangement curieux le spectacle que l'on a sous les yeux. Les temples semblent, on peut dire, se presser à côté les uns des autres et la chose n'est pas croyable tant elle est extraordinaire. C'est, en longeant le lleuve, pendant plus de treize kilomètres une suite ininterrompue de monuments plus intéressants les uns que les autres. Les ruines couvrent en réalité une surlace qui n'a pas moins de sept milles sur trois. Élevés généralement sur des terrasses super[)osées, ils alTectent des silhouettes variées, en forme de dagobas entre autres. Pour beaucoup, la caraclérisque est le })lan ci-ucilormc plus ou moins

'U^^fmÊB.

Pagode a Pagan

nettement indiqué. Ils sont aussi coillés de dûmes, parfois fort bizarres, allongés en forme de courge, cannelés, élancés en tlèche, ou parfois arrondis comme dans le stvie persan, toujours plus ou moins ruinés, cela va sans dire. Certains (le ces édilices évoquent le souvenir de l'art romain par leur apparence robuste. 11 faudrait des mois, des années, à un savant archéobigue pour étudier et classer ces pages d'histoire, qui se comptent non plus par ceulaiues. mais par uiilliers. C'est le travail inii)ortanl auquel s'est livré h' colouel aughiis ^ule. (jui a fait })araître le seul ouvrage vraiment documenté avec soin, véritable leuvre de jiatiencc, où il estime les temj)b's au nombre de huit cents à mille. Un prétend qu'on pourrait compter un millier de ces édilices; la tradition allait plus loin et émettait le chillre fabuleux de 9091) : aussi on rapporle (|u"au xui' siècle un roi. qui sentait sa puissance ébranlée et craignait une in\asion, détruisit >i\ mille temples pour élever des fortilications ! Tout en faisant la part de la légende, il y a encore des traces indéniables d'un centre de [uoduction de monunu'uls. au-

loi

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