‹ En BirmanieChapitre 13 sur 14 · N initMAMK · texte numérisé non relu

N initMAMK

C^^Ji

delà (lo liMil CI' (in'on p»nil inia^iiit'i-. Il va sans dire que l'on ne saurait songer à le> visiter loiis et encore moins à les décrire ; aussi nous nous contenterons lien voir (|uel(|ues-uns.

La plus amienne sérail la paLiode « Kyaugu Oiiliiniii >■ (jui aurai! seivi de

lel'uge aux })i'('lres pendant les invasions venues du Noi'd, Elle comporte trois étages et les degrés (|ui y donnent accès sont lormés (le larges pierres ; des bas-reliefs courent au long des parois, représentant des ligures grotesques ou des bètes (jui reproduisent les phases de l'existence passée <le Bouddha, ajoutant à la décoration.

Dans un hall à voûte d'arête se dresse une colossale image du dieu-prophète de 22 pieds de haut, assis sur un Irùne et velu dune robe tombant sur les genoux. La ligure est calme et les yeux à demi fermés lui donnent un aspect contemplatif. La face est j)lulùl un ly[)e aryen que mogol. La sculpture intérieure de la pièce dénoterait par certains détails un tra-

PacoiiE Ananda

vail indien. Par une disposition spéciale, des passages souterrains conduisent au loin à des retraites où étaient cachées les reliques, sortes de caves, pour ainsi dire, qui s'enfonçaient dans le liane de la montagne. Le temple enhn était fortifié pour pouvoir résister aux assauts des envahisseurs.

Parmi les plus importantes constructions nous nous arrêterons aux suivantes : les

pagodes Ananda, Sinbinthayaoung, Godopallin ou Gaudapalen, Thatbinnyou ou Thapinya, et Damayon ou Dliaumayangyi.

La première est sans conteste la plus importante avec ses sept terrasses superposées, en retrait, les unes sur les autres, qui lui donnent un aspect d'ensemble pyramidal. Son nom viendrait du mot sanscrit « Ananda » qui veut dire, sans fin. Elle aurait été édifiée, vers lUo8, par un prince indien. Mesurant

COLl'E DE LA P.\GOI>E ThAI'INYA

environ 180 pieds de haut sur 200 de façade, elle présente une porte, sorte de portique sur chaque face, et est couronnée par une flèche-dôme de style païen, qui prouverait sa conception indoue ; les portes donnent accès à quatre sanctuaires renfermant des grandes statues de Bouddha, d'environ 10 mètres de haut ; elles portent les noms de : Kankatan celle de l'est, Kathaba celle de l'ouest, Gaudama, celle du nord, et Ganugun celle du sud. Des statues richement dorées auraient été, paraît-il, élevées au xf siècle sous le règne de Kyanyitha. D'autres petites figures de Bouddha ajoutent à la richesse de la décoration intérieure.

Vient ensuite la « Sinbinthayaoung » bâtie par Manuha en 1039. Elle est d'une forme particulière et comporte trois chapelles toujours avec des images

du grand moraliste. On peut couchée qui ne mesure pas chiffre fort resqu'une sorte de nés de neuf C'est le cas de de quoi en metfidèles !

La « Godol'origine date-

voir aussi là une statue moins de 90 pieds de long, pectable, ainsi tronc à aumùpieds de haut, (lire qu'il y a tre ; avis aux

pallin », dont

^^^^ ^ „, , . ^ rait du milieu

du xn'' siècle. ^^^^:^i^ê-''-v^^'^^-^^^m^iMÀj^^*-^-^^^^^^^ renferme trois

chapelles, plus ^^^^^^^^5^;.. . - ktiJî ""^ au centre.

Elle se compose \^^m^t^^^>^^^^^^^à.^P^^^^^îi7: wmiWvfM de deux parties superposées, p^code Damavmn précédées de

porches et cou- ronnées, par un

motif du genre païen, toujours coilTé du ti. Des corridors enloureni rédifici» à chaque étage.

La « Thatbinnyou » ou «Thapinya » lui serait un pou anti'rieure ; elle ressemble à l'Ananda et renferme une grande statue dans le sanctuaire voûté placé au centre et précédé d'autres chambres. Des petits chochetons s'étagent au long de la pyramide qui avec le dôme linal la place pour la hauteur la première du lieu. Elle dépasse, en effet, plus de 200 pieds. Des escaliers intérieurs sont aménagés dans l'épaisseur de la masse, ainsi qu'on peut s'en rendre compli' par \c croquis de coupe ci-contre, que nous avons choisi comme un modèle lv|>e des (Mlllict^s de cette architecture particulière.

Quant à la « Damayon » avec son aspect un pou massif à jiiirlios superposées, elle a une grande aiuilogie avec l'Ananda. mais oll(> est moins ('hiiict'o di' f(»rme et plus délabrée. C'est cependant un imposant édifice, (|iril soiail fastidieux de décrire et n'apprendrait rien de nouveau au lecteur.

Nous n'en dirions pas autant de la pagode dorée sous hujuollo il u<ms a été

jQg K.\ r.lltMAMK

inipossiMc de nn'llic un nom cl ipii ol nn joli lypo de i;t'nr(\ l'>llo osl mieux conservée ci esl précéiU'C ilc parlies Ijmsscs, sorlics de porcines on nons retrouvons ces gracieuses courltui'es de loilures, donl nous avons admiré la line déccralion îi Mantlalav |)rin(ipaleiu('nl. Mais nous n(> saui'ions insister davantage» sous peine de iiMlile ; daulanl jilus (|u"nn simple crocjuis rend mieux la plupart du tenjps (lunne deseiiption (pii devient alors pres(jue suj)erllue. On m' pourra s'empêcher de r(>mari|uer. dans le cas jirésenl. l'élégance des formes et l'hcnrcux accouplemenl <in iioi> et tie la pierr(\ (|ui Jijouteni au charme de la construction. l'ne auti'(> i)ago(h\ c Cst la « Sinhyoku » bien détériorée du reste, et la « Bodhi >s temple (juadrangulaire, portant le caractère hindou, avec une flèche élancée et garnie de niches abritant des statues de Gaudama..., mais nons n'en Unirions pas !

(Jiiil -iifH-e pour en terminer avec Pagan, dont, on ne saurait maintenant oubliei- le nom, que la plupart de ces édifices sont totalement abandonnés, mais que, par contre, certains, ô sacrilège, sont transformés cl servent îi divers usages... des paysans en ont même fait des étables!

A l'aspect d(> tant de témoins des âges passés, c'est à regret que nous avons vu disparaître derrière nous ce si fantastique décor ({uc nous ne pouvions nous lasser d'admirer, voulant en graver l'impérissable souvenir dans notre imagination. N'en est-il pas ainsi, j'en appelle à tous ceux qui ressentent vivement, chaque fois cpie l'on est empoigné et qu'il faut s'arracher à un spectacle que l'on ne re verra probablement plus. Bien des voyageurs ont subi cette impression où le regret vient souvent gâter le charme, et la réflexion que l'on passe pour ne pas revenir met sa note triste dans plus d'un gai paysage. La vie est ainsi faite, et surtout celle de ces grands chcmineaux ([ue nous sommes, et que l'on a désignés d'un surnom exotique imagé : globe-trolt(>r !

C'est aussi près de Pagan qu'en 182G les Anglais remportèrent sur les Birmans une victoire qui amena la paix, et fut un des premiers jalons de leur in>t;ill;ilion dans le pays.

Descendant toujours vers le sud, on passe le long de montagnes dénudées et arides sur le liane desquelles se dressent les hautes cheminées en bois, ressemblant à des prises d'air de champignonnières, des puits de pétrole, qui paraissent pleins de belles promesses dans celte région. L'avenir ([ui hnir est réservé changera })eut-ètrc l'aspect de ce coin, où s'élèveront d(»s villages et plus lard des villes, car on paraît vouloir s'occuper sérieusement de celte exploitation naissante. Des collines surgissent à droite, puis â gauche, et l'on passe ensuite entre elles. A un coude du lleuve, de blanches pagodes se dressent sur une sorte de promontoire et l'on s'arrête devant le village de Pakhannge avec ses maisons abritées sous des arbres aux puissantes ramures et ses temples dont les portes sont gardées par des dragons chimériques qui semblent de gros ch.il-^ blancs montant la faction. (Ici ensemble forme un tableau tout

fait et d'une agréable composition, joli spécimen de village an bord de rirraonady.

La contrée redevient plate, les rives sablonneuses ; elles se relèvent un peu parfois et présentent de curieux éboulemenls. De grandes chaloupes en bois de teck rouge, comme nous en avons déjà rencontrées en si grand nombre, viennent pittoresquement rompre la monotonie du paysage. On aperçoit quelques cultures, comme on a déjà remarqué aux abords des villages particulièrement. Ce que Ton voit rarement et qui tend malheureusement, au point de vue artistique, à disparaître, ce sont des chaloupes sur lesquelles on a construit de petites pagodes, comme nous en avons déjà fait mention, sortes de chapelles portatives, qui sont promenées sur le fleuve à l'occasion des fèlcs religieuses. Quel délicieux sujet de genre bien tentant pour un amateur d'inédit !

La vue d'un Européen est chose rare ; c'est à peine si, de loin en loin, un fonctionnaire anglais changeant de résidence ou en tournée de service prend passage à bord. On commence cependant à voir quelques touristes, anglais plus spécialement, cela va sans dire, et ils deviendraient plus nombreux si l'on connaissait le pays et s'il était l'objet d'une certaine réclame de bon aloi... Mais c'est ce que vous semblez faire, pourrait nous dire le lecteur, et nous ne nous en défendons pas, ne craignant pas de proclamer que la Birmanie est un des pays les plus intéressants que l'on puisse visiter; nous nous sommes du reste efforcés de le démontrer dans le cours de ces rapides esquisses notées au vol.

La rencontre d'un Birman distingué, ancien ministre du roi, et qui était venu jeune en mission en Europe et tout spécialement à Paris, où il av;iil séjourné, a été pour nous une réelle bonne fortune. Nous avons pu, non pas eu birman, je vous prie de le croire, échanger quehjues idées et nous avons vu avec plaisir qu'il avait conservé un excellent souvenir de notre grande capitale. La courtoisie nous empêchait malheureusement de revenir sur un état de choses existant et nous n'avons pu qu'effleurer la (|U(*sli()n j)()li(ique.

Notre séjour à bord nous renu^more une curieuse rencontre. Pendant quelques heures nous avons eu comme compagnes de route deux vénérables dames anglaises, sortes de missionnaires répand;int la doctrine protestante ; elles évangélisaient soi-disant les nations, ou jjlutnl colporl.iienl la bonne snucnce sous forme de petits livres moraux, qu'elles faisaient distribuer par leur domestique indigène, un spécimen réussi de laideur, dont elles pouvaient recevoir les bons soins sans crainte, shocking!

Api'ès avoir dé[)ass(' Venangaoung, ofi l'un (\\i)loile t'gjilemeMi le jK'Irole, que l'on déverse jusqu'au bord du fleuve au moyen de longues canalisations en fei-, ainsi que nous l'avons vu entre nuires endroits eoniine à B;ikon sur les bonis de la mer Caspienne, et aper(;u au passage (•<> (|ni restait d'un i)ateau de la Compagnie (|ui s'c'tait (''chouc' et n'avait pu être reniliun'', on atteint Minl)U pittor(>s(juenient silu(' sur la rive droite, non loin de Magwe. jdaeé pres(jue en

lus

KN BIRMANIE

PAGonr: noRKF. a Pagan

face. C'ost g^'iiéralemcTit près de l'un do ces villages que les bateaux stoppent pour passer la nuit. Les rives se sont relevées et du côté du Minbu présentent de curieuses falaises ravinées du haut desquelles la vue s'étend sur le fleuve dont le lit est garni de nombreux bancs de sable et sur la plaine sans bornes qui s'étend au delà jusqu'au fond de l'horizon. Le voyageui' ne manquera pas de faire une intéressante petite excursion à des volcans de boue situés dans le voisinage. C'est, en effet, non loin du village que se sont produits des phénomènes naturels des plus curieux et qui rappellent en petit, ceitaines merveilles du célèbre Yellowstone Park des États-Unis. Ce sont des sources de boue jaillissante ; elles forment comme de petits cônes volcaniques de plusieurs mètres de haut qui ont déjà couvert de leur lave épaisse une surface de plusieurs hectares au moins. Le sol tout boursouflé est crevassé et a l'aspect d'un terrain aride très sec raviné par l'eau.

Ce séjour de quelques heures dans ce pays nous rappelle une intéressante note de voyage : c'est le spectacle nocturne qu'il nous a été donné de voir d'une fètc donnée sur la place du village, au milieu d'un grand concours de population. On nous avait ménagé une place ainsi qu'aux officiers du bord qui nous accompagnaient et nous avons assisté à des danses de caractère exécutées par de jeunes femmes pompeusement parées, qui rappelaient par leurs mouvements lents et contorsionnés les danses que l'on voit en Egy|)te ou en Algérie et, en

général, dans les pays orientaux. Elles étaient entremêlées de scènes mimées plus ou moins grotesques. Cet étrange spectacle était éclairé par la lueur vacillante de torchères au pétrole, et pendant ce temps un petit orchestre, composé de tlûtes et de gongs que les artistes accordent en étalant dessus une sorte de mastic, faisait entendre des airs mélancoliques. A propos, du reste, de ces fêtes, nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que d'emprunter quelques passages à un livre de souvenirs de voyage d'un ingénieur français, M. le comte Mahé de La Bourdonnais, qui a séjourné dans ces régions plus longtemps que nous n'avons pu le faire. Il s'exprime ainsi au sujet de ces réjouissances qui sont un des traits marquants du caractère birman, lequel à ce point de vue semblerait bien un peu se rapprocher du nôtre :

« A ma connaissance, écrit-il, il n'existe pas de nation plus folle des représentations théâtrales que les Birmans. Dans ce singulier pays, on ne trouverait peut-être pas un homme qui n'ait, au moins une fois dans sa vie, joué de rôle dans une pièce de théâtre ou qui n'ait tenu sa partie dans quelque danse d'ensemble. D'ailleurs, il n'y a pas un événement dans l'existence qui ne soit, pour un Birman, prétexte à réjouissances dramatiques. Vient-il au monde, théâtre; entre-t-il au couvent, se marie-t-il, fait-il quelques bonnes spéculations, construit-on un pont, une pagode, théâtre et toujours théâtre ! » Il dit, ce que nous avons vu, que les représentations sont gratuites et publiques; La représentation porte le nom de « pwai » ; celui qui la donne y invite d'ordinaire ses amis en leur faisant porter des feuilles de thé confites dans du vinaigre, cartes d'invitation peu alléchantes.

L'auteur dépeint alors les apprêts de la fête, à laquelle tout le monde se rend emportant au besoin un morceau de natte en guise de siège. Chacun choisit la place qu'il doit occuper. Pendant hi durée de la représentation les alfaires sont arrêtées à l'exception de celles des marchands ou plus généralement des petites marchandes qui viennent déployer leurs étalages aux abords du lieu choisi pour la fête. Elles offrent des cigares ou de grosse cigarettes, des bonbons, des gâteaux ; elles remplacent en un mot nos marchandes d'oranges et de sucre d'orge, et c'est le cas de le dire : que pour changer c'est toujours la même chose. Chacun de ces éventaires est d'ordinaire éclairé par une lampe fumeuse au pétrole.

Si la représentation est un « zat-pwai », c'est-à-dire une pièce de théâtre où les rôles sont tenus par des hommes ou des femmes, une branche d'arbre ou une simple feuille de bananier, ligurant la forêt, sert de primitif décor. Autour sont disposés des pots remplis de pétrole dans lesquels baigne une mèche de coton. Ces lampions servent non seulement à éclairer l;i scène, mais chacun vient y allumer son cigare ou sa cigarette. Les acteurs et actrices eux-mêmes du reste fument.

La mode des applaudissements et des bravos u existe pas. Le ^ilence complet

lin i:.N MlllMAMi:

csl \c nu'illiMir Iriuoii^nago ili> la salislacUoii du |»iihlic. Les iiiloijuvlos 8av«>iil iviulrc la joi(> cl la douleur daus des j;osl('s (|ui, [tour nous sembler parfois Itarotjucs, u'fM sont pa-- iiioin- loii cxprcssiis.

Au rc-lr il si'iail diriiiiic à un ('■liaui;('r (|ui u"a pas v[v inilii' aux mœurs iudim'Hi'- ni aux liisloii'os h'ucndaii'cs des héros [)opulair('s d'appii'cier la valeur arlisli(|iii' de ce^ pirtt'> (|ni ili'pei^nanl souvenl des sujets relij^ieux raj)pellent un peu no-> .M\>tère> du moyen ài;('.

Les imprésarios sonl j;enéralemenL d'anciens acteurs enrichis, et en^a^ont des sujets pour la saison <|ui dui'e de novemhre à mai, c'est-à-dire })endant la >aison ^èehe. C'est surtout à Mandalay (jue se contractent les en^ajj^cmcnts. Siiisanl leur iuiporlauce les sujets touchent de cent à huit cents l'oupies pour la saison, tandis que les danseurs cl les musiciens sonl iniiniment moins payés. Nous sommes loin, comme on voit des chillres fantastiques (jue l'on alloue à une X prima doua », cantatrice, ou tragédienne, ou même simple chanteuse de cafcconcerl. pour une cam[)agne en Amérique! Les représenlalions se paient au moins deux cents roupies et parfois plus, suivant le renom de la troupe, aussi tout le monde ne peut s'olTrir ce luxe, et il faut un important événement poui- (lu'unc famille se |)aie celle réjouissance, qni profitera, il est vrai, à tout le pay>,

Il faut ajouter (lue ces spectacles sont aussi offerts par des prêtres d une pagode s'associant pour solder les frais d'une figuration de scènes religieuses, (jui correspondrait aux représentations données en Allemagne par exemple, de la Passion du Christ. D'autres fois ce sont des particuliers qui se réunissent, ou un seul (jui fait la collecte autour de'lui, el dans ce dei'uier cas des gens indélicats ont soin de faire leurs petits'profils, se souvenant sans doute du proverbe : charité bien ordonnée commence par soi-même.

On ne connaît naturellement pas les loges d'acteurs cl encore moins d actrices, si célèbres parfois chez nous; femmes el hommes font leur toilette en public sans le moindre respect humain, nous allions dire : })udeur. Aussi des spectateurs suivent d'un regard attentif ces préparatifs, critiquant l'un ou l'autre et se raillant au besoin d'une esquisse de geste étudié devant le miroir. Mais tout cela impressionne peu la masse qui ne songe ([u'au plai>ir quelle s apprête ù récolter.

La pièce consiste généralement en un long dialogue débité successivement par les acteurs et actrices sans cesser même de mâcher leur bétel. Le récitatif est coupé par des ballets ou des intermèdes de clowns, qui sont parfois fort drôles el très agiles. La représentation dure souvenl toute la nuit el la majeure partie du public ne semble pas se ressentir du manque de sommeil. De temps à autre certains spectateurs vont faire un tour aux petites boutiques pour acheter cigares ou bonbons et viennent reprendre leur {dace. H est des cas où le spectacle es! jdus long encore et on nous a cité une i>ièce d un auteur en renom dont l'inteipriMalion intégrale ne dure \m\> moins de cinci uuil> 1

Los pièces à marionnettes dites « rot-thai » n'attirent pas moins de monde. Elles sont toujours accompagnées de musique plus ou moins discordante exécutée sur dos instruments nouveaux pour nous ; ce sont : le « tshaing » sorte de châssis en bois circulaire d'un diamètre de 1 m. oO environ, autour duquel sont appendus des tambours de tailles variées donnant différents tons et frappés à la main par l'exécutant; le « kycc-waing », instrument du même genre, où les tambours sont remplacés par des gongs ; les « hnai » sortes de clarinettes ; des « ra-gweng » ou cymbales ; des « tom-tom » battus à la main ; des castagnettes, et parfois d'autres instruments aussi barbares par la forme que par le son qu'ils produisent. La cloche est aussi l'indispensable de ces singuliers orchestres. La scène est figurée par une estrade de bambou, sur laquelle sont placés les accessoires. Les poupées, en bois, ont doux ou trois pieds de haut et sont luxueusement costumées. Leurs mouvements, produits par des ficelles attachées à la tète, aux jambes et aux bras paraissent assez naturels. Elles interprètent des pièces entières et il faut les voir se démenant d'une façon fort curieuse.

Les représentations, tout comme chez nous, sont parfois interrompues par des altercations et il n'est pas rare de voir la police intervenir pour rétablir l'ordre. L'habileté dos montreurs est telle qu'ils acquièrent parfois plus de réputation que les véritables acteurs. Certains sont doublés de chanteurs. Quelquesuns aussi savent imiter les accents féminins à s'y méprendre.

En dehors du théâtre, les Birmans aiment aussi la danse, comme on la vu plus haut; mais elle ne saurait présenter grand intérêt pour nous. Ils sont aussi grands amateurs de régates, et.Jes concurrents s'entraînent à cet effet. Elles sont courues d'ordinaire par des embarcations de plus de dix mètres de long, et montées par seize à vingt hommes qui pagaient à l'envie et arrivent à atteindre des vitesses de huit à dix milles à l'heure, paraît-il, mais avec le courant. La boxe est aussi en faveur, ainsi que la lutte, réglée à peu près comme chez nous.

« Ainsi que les Espagnols, ajoutait le voyageur que nous avons elle plus haut les Birmans professent un véritable culte pour les combats de taureaux. Chaque village a son représentant qu'il a choisi avec soin dans ses troupeaux, qu'il a gardé nuit et jour, et qu'il a de longue date familiarisé avec le bruit formidable des gongs.

« Dans une vaste plaine, aux porles du village, des loges ont été dressées sur des estrades qui enclosent une euci-Mnlc earré(v Les animaux sont amenés aux doux oxtrémitos du champ de course où un dais les attend, l'no troupe tlindividus qui portent la bannière du village les accompagne en chantant et en dansant au milieu de l'arène. Les deux adversaires, guidés par leur cavalier au moyon d une corde passée au travers des naseaux, no lardent pas à se ruer l'un sur l'autre et à s'adresser de formidables coups de cornes jusqu'à ce que l'un d'eux s'enfuie ou reste sur place. Le rôle dc^s cavaliers, qui consiste à exciter

112 i:n r. II! m ami;

liMii lUMiiliiic à lui l'aire Iciiir Irh' à rciiiicmi. osl soiivciil dan^criMix, car ce ne soul pas [(>iijiiiir> les lauroaux (jui rocjoivcnl les coups ilc cornes. Mais ce n'es! pas seult-mi'ut en l!iiiiiani(> (|ue la chose se passe de la sorte...

(( Kniiii ilaii^ loiilc rclt'iidiie de la contrite, les combats de co([s l'iml l'incur et di)iineiil lieu à des paris c()U>idéraliles. 11> oui aussi divers jeux, celui de la halle entre autres ; mais nous ne saurions insister avec intérêt sur ce sujet. «

.Mais le hateau nous attendait pendant que nous étions descendus à terre et nous rapjxdait à hord par des coups de sifflets réitérés; il fallait, se remharquer el lai^>er les indiiiène uroupés en foule aut(jur des iutei'prètes de la l'epri'sentation. «jue nous étions venus « rehausser de notre présenci' »!

Le premier village on vue duquel on passe ensuite est Minlila, d(jnl le fort carré porte encore les traces de la lutte que les Birmans curent à soutenir contre les Anglais envahisseurs. Les rives s'étendent verdoyantes sur la gauche, pendant qu'à droite se prolilent des montagnes violacées auprès desquelles on va passer. 11 ne s'écoule pas de jour généralement sans que, dans cette partie très fré(|uentée du fleuve, on ne croise quelque bateau ou chaloupe à vapeur, et il arrive fiv([uemment que l'un d'eux entraîne avec lui deux chalands dont il est Ihuuiué. Des cultures dénotent que le pays est peuplé, et de fait les villages sont plus rapprochés que sur le cours supérieur du lleuve. Sur la droite, s'élève Thayetmyo (la cité du Manguier), important village où les Anglais ont établi des cantonnements et qui était autrefois ville frontière, avant l'annexion de Mandalay et de la Haute-Birmanie.

Plus on descend, plus la température s'élève, quelle que soit la saison, toute proportion gardée, cela va sans dire. En route, le voyageur sera parfois di-lrait pai' la présence d'un de ses adroits jongleurs, types si curieux, au corps tout tatoué (>u rouge et en bleu foncé (à la ceinture et sur les cuisses), et qui sont aussi charmeurs de serpents, comme tous les gens de la sorte, doués généralement d'une réelle habileté.

Toujours sui- l'eau, on reniai([uera aussi des radeaux indigènes avec des cabanes (|ni donnent presque l'illusion de villages flottants. Le paysage se déroule toujours gracieux avec de jolies montagnes aux teintes d'automne se découpant sur le ciel d'un pâle bleu vert, au milieu d'une brume lumineuse, l'eu après, rirraouaddy s'élargit et dépasse plusieurs centaines de mètres; son lit est, il est viai, obstrué par de nombreux bancs de sable.

PROME

Bient(j( Prùnio apparaît dans un cadre tout à la fois gracieux et pittoresque, au milieu de collines boisées aux teintes variées. C'est certainement là encore un des jolis sites du cours inférieur du grand fleuve.

Ville do trente mille habitants, Prome est le chef-lieu de la région du Delta, résidence d'un gouverneur anglais, dont l'habitation est pittoresquement perchée sur un promontoire verdoyant dominant le cours du fleuve. Son origine est fort ancienne; elle fut jadis capitale, il y a environ deux milliers d'années, et garde encore quelques vestiges de son antique splendeur dans certaines pagodes. Elle est aujourd'hui la station terminus d'une ligne ferrée de ICI milles de longueur qui la relie à Rangoun. Située au confluent de la rivière Nawin, qui la sépare d'un important faubourg; elle est un port important où se concentre toute la navigation du bas fleuve. Cité commerçante, sa principale industrie est la fabrication des objets en laque. Elle comporte un jardin public, des bâtiments d'administration, une de ces tours à horloge comme les Anglais en ont tant édifiées, aux Indes principalement, un marché où il se fa il un fort commerce de poisson et surtout des pagodes, seuls monuments présentant un réel intérêt.

Non loin de la rive se dresse une des plus jolies pagodes de la Birmanie, sans conteste, la « Shwe Sando », située sur une éminence isolée d'une hauteur de 1^0 pieds, au sommet de laquelle on accède par quatre escaliers d'environ cent marches, orientés aux quatre points cardinaux et dont deux sont couverts. La disposition de ces toitures, qui se superposent à chaque palier de repos et semblent semboiter les unes dans les autres, est fort originale. Elles sont surmonti'es de flèches et décorées en rouge rehaussé d'or, d'un gracieux eflet. Au sommet s'étend une vaste terrasse garnie de chapelles et édicules variés aux toitures de bois Ihiement découpé et sculpté, qui sont groupés autour de la l)agode centrale, dorée et surmontée tl'un ti giganles([ue de dix i»ieds de diamètre et flanquée à sa base de quatre-vingt-trois niches dorées abritant des Bouddhas. Bâtie eu l"}:}.") par le roi Minbiu, elle aurail été réparée et redorée en 1753 et restaui'ée à diverses rejjrises entre autres en I8il par le roi Tharawaddy. (jui la décora du li dont il vi(>nl d'èlre l'ail nienlion. Par une di<i>»»-

t|4 F.N BIRMANIE

silioii -^itrcialc, des chnlics de diverses grnndours sont dispos(^cs loul au pourtour di> la plalt'-fcruu'. diMiiiaiit des sous dinV'i'ents, au moyou d('s(|uols on pourrail taiic uu \ ('rilalilc caiillon. Les lidrl(>s l(>s loul vibrer eu rra|>paul df<vux ;iNt'c des eorues de cerl' |t(»ur nidenir des iuilui^cncos ; nous les avons iuiiles uni Mirtiiiil par la euriosilé, il l'aul l)ieu I avouei'. (a> lemple (>sl en Jurande \ l'MU'raliou el il allirt> des milliers de pèlerins, surtout au mois de mars, à r(''p(i<|ue d'uiu- grande ièle. Au l'ésunié, c'est un beau spécimen réf;ulier de pai;nde d un beau plau dCusemble el d une jolie conception.

On i>eiil encore ciler la « Siiwe Moklo » cl la « Shwe Bongan », deux pagodes de uioiudre importance. La première, circulaire dans la base, daterait de 1:^40, taudis (|ue la seconde, située sur la rive droite du lleuve, remonterait à 170H et sérail l'o-uvre de Kyansitta. Elle alTecte aussi nue forme circulaire.' pyramidale et mesurerait 85 pieds de hauteur. A trois milles avant Prùmc, également sur la rive droite, la « Po-u-Daung » est une pagode fameuse où nn saiul ermite aurait vécu qnatre-vingts ans.

On trouve également à environ six milles à l'est les ruines de ranticjue cité de Sirikheltra, plus connne sous le nom de Yathemyo, dont l'enceinte, suivant la tradition, aurait eu quarante milles de tour el aurait été percée de trentedeux grandes portes et vingt-deux petites. Elle aurait renfermé des constructions superbes, parmi lesquelles trois palais couronnés de flèches. L'abandon de la ville remonterait au n*' siècle de notre ère. Toujours est-il qu'on y aperçoit encore d'importants vestiges de murs et d'étangs et les substructions de quatre pagodes élevées aux quatre extrémités de la ville, la « Bobogyi », la « Parama », la « Payagyi » et la « Shin Mokia ». Cette dernière est un solide édifice octogonal construit par le roi Narapatigyi, de 1638 à 1645.

Enfin, à une quinzaine de milles de Prôme, s'élève encore la vaste pagode « Shwe Nattaoung », élevée vers 1570 au sommet d'un tertre d'environ cent vingt pieds de haut dépendant d'une minuscule chaîne montagneuse qui court au long du lleuve Cet édifice, couvert de sculptures et d'ornements et couronné du traditionnel ti, mesure plus de soixante pieds de côté. Il est entouré également de petits édicules. Des corridors pratiqués dans l'épaisseur de l'oeuvre conduiraient à une eliainbie d'environ quarante pieds carrés, située au centre de la masse et qui renfeimerait une colossale statue de Bouddha. Le roi de Prôme Tbibathou et le roi Toungou à deux reprises restaurèrent la pagode vénéré.

Nous ne saurions quitter Prôme sans mentionner Tombo, une haute colline i\\\\ polie des pagodes fort vénérées par les Birmans.

En poursuivant la descente du fleuve, on rencontre encore quelques villes plus ou moins importantes, comme Myanaoung, Donabou, où a eu lieu un combat en i8.")2. Henzada, Yandoung et surtout Mobing, sur une île fertile à l'culrée du l>i'l|;i. l-llles sont des cités iuduslrielles rapprochées des principaux bras de 1 Irraouaddy, dont l'un va passer à Uangoun, comme on la vu. Le

Delta étendant ses longs bras comme une poulpe gigantesque, au travers d'une contrée plate, florissante par sa culture et sa végétation, exubérante par endroits, mais plutôt monotone d'aspect, n'offre pas d'intérêt particulier au voyageur, qui courrait peut-être le risque d'attraper la fièvre et qui préférera gagner directement Rangoun par la voie ferrée. On s'est livré à d'importants travaux d'endiguement pour maintenir dans son lit le ileuve capricieux qui, aux hautes eaux, se répand couvrant d'eau la plaine entière.

Sur une des branches principales du grand fleuve birman, à environ soixante-quinze milles de la mer, est le port de Bassein, desservi également par la Compagnie de Ylrraouaddy flotilla. C'est une ville de 2o à 30.000 habitants, située sur la gauche du fleuve qu'elle domine légèrement. On y voit également des moulins à riz et des docks. Parmi les édifices publics, il y a de beaux marchés, ainsi que quelques pagodes et monastères plus ou moins bien conservés. Le plus intéressant édifice est la pagode de Shwemokdaw, attribuée à Asoka, ce puissant monarque qui a laissé de si curieux souvenirs aux Indes. L'origine du reste de la ville serait, paraît-il, fort ancienne, puisqu'elle aurait été fondée en 1249 avant l'ère chrétienne, par une princesse talaing.

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MOI LMKW TA\()Y, AKYAH

l.c [ii'i'iuirr |M)il (le l;i liirmaiiic iiprrs lliiiiiioiiii csl Moiilinriii, siliir plus au sml II' IdUu tic la cùlc. à 1 Vinljoiicliiirc de la riviôi'c Saloucn. sur la riv(> iiaiiclic, tlaii^ imo jolie conlrrc (|ui a ('[r suni()mnu''(' le « jardin de la Hiniianic ». (l'csl une V('i'ital)lo Siiisso voi'doyaiilr aux jolis cl iiracionx paysages, l'allé osl ahritée du largo par l'île de ri'llépliaiil, longue de plusieurs kilonièlres, qui la protège des moussons. Peuplée de 'JO à OO 000 habilanis, elle est un e(Miti-e iinpoitant ; aussi V voit-on nombre de scieries et de moulins à riz. Le commerce des bois y li(Mit une large place. Elle était très réputée jadis et il y a encore une trentaine d'années pour ses constructions navales. Des cliantiers y avaient été établis, entre autres, par des Français! Dès l'approche do Moulmein les llèches d'une nnillilude di> jjagodes crèvent l'épais rideau de végétation qui garnit le rivage, mais c'est dans la ville même que se trouvent les plus importantes, comme celle d(> (( Kyaikthaulan » qui daterait du x*" siècle et mesure environ l.")2 pieds de haut sui' :nO pieds de circonférence. On y voit une grosse cloche pour appeler li'-^ lidèles. Tue autre pagode, celle d' « l'/ina », mérite également d'être signalée surtout à cause des figures remar({ual)lement sculptées qui la décorent et qui sont d'un réalisme frappant.

Presque en face est Martaban, jadis capitale du pays, bien déchue de son ancienne sj)lrndeur.

Aux environs se trouve également un monument des plus curieux, la pagode de " Gaungsekwin », situé sur un rocher dans une île de la cote.

Mais ce qui fait la réputation artistique et archéologique de Moulmein, c'est surtout la série de grottes-caves, plus curieuses les unes que les autres, «|ui se trouvent dans les environs. On en compte cinq principales : celle de Farm, située à environ dix milles; celle de Damathat, à dix-huit milles; celle de l*agat, sur les bords de la Salouen, à vingt-six milles; celle de Kogun, à (pirlqucs kilomètres seulement, et celle de Biugyi, la plus lointaine à plus de ciiujuante milles de Moulmein. Notre intention n'est pas de les décrire toutes, mais de donner une idée des principales, dont la descri[)tion fera concevoir ce qu'elles sont en général.

Ces grolles-temi)les sont fort variables de dimensions. CiM'taines comj)orlent

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