RANGOUN
Situd au connuent des rivières dites do Rangoiin ou de la Klaing, de Pégou et de Pu-ziiii-daung-, — cette dernière moins importante, — le grand port de la Birmanie est le premier port par son importance du golfe de Bengale, après Calcutta, et le troisième de la merdes Indes, après Bombay, d'après les dernières statistiques. En réalité, la ville est placée sur la rive gauche de la rivière qui n'est autre qu'un hras de llrraouaddy, et fait face au sud. Suivant la ti'adiliim. la première ville bâtie sur cet emplacement portait le nom de Dagon, elle aurait été fondée en l'an a8o avant J.-C, par les frères Pu et Ta-paw ; qui. ayant l'eçu de Gantama quelques-uns de ses cheveux, les enfermèrent dans la fameuse pagode, construite à cette intention. En 1579, car nous ne saurions entrer dans l'histoire fort confuse de la ville, d'après certains voyageurs, elle nélail encore qu'un simple village. La fondalion réelle de la cité actuelle serait donc due à Alompra, ce monarque conquérant dont nous avons déjà eu l'occasion de prononcer le nom, à l'occasion de l'histoire du pays en général. En souvenir de la tin {]o la période de ces guerres conquérantes faites avec lani de succès, il l'appela Kau-Kun (lin de la guerre' et l'élcva au rang de capitale dune viceroyaulé. Certains auteurs hxcnt la date de I7').">. comme éptupie de la régé'uération de la cité ; mais l'état florissant delà ville dale surtout de l'iu-^lallalioM des Anglais, qui eu ont fait le siège de leur gouN erueuieul : sous liiuiiuKiitu de ces nouveaux maîtres du sol, elle deviut le port doul ou ue saui'ail uier l'iiul)orlauce. En 18il, la ville enlin se transforma encore, pour aiii>i dire, à la suite de nombreux embellissements, et nous sommes loiu de l'epcque où des liiii'es ini|)erliueii[s el au(lacieu.\ se peniiellaieiil de \euii' juscjue A.wx-^ les mes eulcNcr des aniuuiux au nez et à la barbe des habilauls. t|uaud ce n'é'Iail |>as (iuel(|u'un de ceux-ci mêmes ([u'ils s'ollVaieul pour salisfairi' leur sauguiuairo iuslinct.
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A tlivci'si's rt>[)ris(>s, llMiiiioun a vir IrouMi'c |tar des licnihlciiicnls de Ici're, dont U' (liMiiicr romonio à imc iloii/ainc d années. Elle so présente bien, el son premier aspcH'l esl favorahle : elle sélale en edel largement au pied de la penle verdi^yanle (jui j)i)rte à son sommet la grande pagode, doni le dùine éblouissani d'or émerge an-dessus des arbres. Ces! la Sliwe-Dagon. Tune des plus iiuportantes el des plus ty|)iques de toute la Hii'manie, comme on va \{\ voir par la suile. An-dessus de la ville llotlent souvent, comme des nuages, les fumées dt>s nombreuses usines, scieries, moulins à ri/, et autres installées au bord de Tean. mèh-es aux longs panaches qui s'échappent des vapeurs garnissant le port.
Mais pour alleiudre la ville, il faut remonter le lleuve pendant plusieurs heures. A l'annonce de la terre, car nous sommes censés, si le lecteur le permet, arriver en Birmanie j)ar llangoun, qui est le port rc'el desservant le pavs, on prend un des pilotes stationnant en permanence sur un bateau mouillé au large, car la cote est plate, et les alluvions sous-marines ont formé des hauts-fonds sur lesquels le navire s'échouerait infailliblement. Le large estuaire est signalé de loin par la tour d'un phare. A gauche, la cote porte le nom de la pointe de « l'I'^léphant ». Les rives s'étendent vertes, sans intérêt de paysage ; en remontant, plusieurs plans de verdure se succèdent jusqu'à un faible renllement du sol à droite, dominé par la Ilcche dorée d'une pagode. La largeur du cour d'eau, peu variable, est de plusieurs centaines de mètres ; des balises servent de points de repères pour la navigation, ce qui n'empêche pas que des bateaux se mettent encore souvent à la rive, lieureux s'ils ont la chance d'être naturellement renlloués par la marée. Dans le cas contraire, ils sont irrémédiablement perdus; cela s'est vu mainte fois.
La distance ù parcourir est d'environ quarante mille marins, soit environ soixante-quinze kilomètres. En approchant, on aperçoit de curieuses embarcations indigènes avec leur proue relevée et leur toit de natte, se laissant dériver au lil de l'eau ou remontant péniblement le courant. BientiM, apparaît dans le lointain la flèche d'or de la grande pagode, émergeant d'une sorte de brouillard vaporeux. En approchant, après un coude de la rivière, on distingue les maisons et les monuments, avec leurs dômes et leurs flèches, derrière les silhouettes des nombreux navires rangés à quai, ou mouillés dans la rivière. Un fort au niveau du fleuve, ou plutôt une batterie, commande l'entrée; à sa suite s'allongent les bâtiments peu pittoresques des usines, les magasins, les vastes scieries, les réservoirs à pétrole, etc. De nombreux warfs-pontons s'échelonnent sur une longueur de plusieurs kilomètres, pour l'atterrissage, le débarquement et l'embanjuement.