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CHAPITRE PREMIER

L'Artois. — Une nuit aux tranchées. — La prière du Tirailleur. — L'espion. — Le catalan Taras. — Avant l'attaque, — Kordochenko. — L'attaque retardée. — En avant, les enfants !

— Un triste patelin !

Effectivement Betbonsart offre Timage de Tabandon et de la pauvreté. On sent que là, tous les hommes sont aux armées. On ne rencontre que des femmes, des enfants et des vieillards, tous mornes. Les champs ne sont plus cultivés ; le fumier envahit les cours des fermes ; les granges sont vides, et leurs murs de roseaux et de boue s'écroulent ! Le bassin où les bétes, jadis, venaient boire, n'est plus qu'une mare dont les eaux noires comme de Tencre répandent une odeur nauséabonde ; les rues sont défoncées par le passage incessant des convois et des troupes. Un seul puits creusé à 30 mètres de profondeur fournit une eau saumàtre ; pas de magasins ; rien à boire, si ce n'est une sorte de bière aigre ; rien à manger, si ce n'est du mauvais fromage et du saucisson dur.;.

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par contre, on trouve des œufs, de beaux œufs frais qui ne coûtent que trois sous les deux ! Bah ! une cure d'œufs, après la cure de Champagne^ de Verzenay, cela ne peut être malsain ! Et puisqu'on va attaquer — c'est officiel — autant vaut-il se faire des forces !

On campe en plein air, sous les tentes. Heureusement, il ne pleut pas. La chaleur est même excessive. Dormir à la belle étoile, les fusils ali* gnés devant les guitounes, quelle volupté ! Dès l'aurore, le chant des coqs nous réveille ; puis les poules annoncent qu'elles ont pondu leur œuf... et les hommes courent les chercher au nid. Mais pendant le reste de la journée^ quel effroyable ennui ! Dans une prairie en pente douce, des sections font la sieste. Tous ces corps étendus évoquent une vision de champ de bataille.

Le village est petit, divisé en deux secteurs occupés chacun par un bataillon.

Après trois jours de repos, on boucle les sacs. Les compagnies se mettent en marche. Oa remarque que les mitrailleuses forment une compagnie h part ; que le nombre des pièces est augmenté ; qu'il existe, en plus, une compagnie de mitrailleuses de brigade dont Teffectif est fourni par les zouaves, les tirailleurs et les légionnaires.

Terrain plat ; horiaon mouvementé par de très légères ondulations* De loilgues l'outes droites

traversent des champs d'herbes sèches. Sur ces routes blanches, des barres noires s'avancent, comme doucement poussées : ce sont des bataillons d'infanterie ; de l'artillerie ; des convois. Tous paraissent glisser vers le même point.

Voici des artilleurs connus en Champagne ; puis les zouaves de Sillery ; les tirailleurs de la Pompelle. A un carrefour où se croisent plusieurs routes : le général. Sa division est sous ses yeux, là, dans la plaine nue et étincelante au soleil. Â un carrefour, les unités semblent « en pagaille »... mais elles se meuvent avec un ordre parfait. Les arabas des tirailleurs, les voitures, les fourgons se mêlent, se séparent, poursuivent leur chemin. Il en est ainsi pour les masses d'hommes.

Le canon ! Il y avait longtemps qu'on ne l'avait plus entendu, le vieux frère ! Soudain, un ballonsaucisse. Durant une pause, on admire sa belle couleur blonde ; la délicatesse des cordages qui retiennent la minuscule nacelle ; les ballonnets qui flottent à l'arrière... mais sa forme grotesque inspire des plaisanteries. Â un coude de la route, en contre-bas, s'étendent des clairières où sont parqués les chevaux de l'artillerie du secteur : des centaines de bêtes que leurs conducteurs pansent^ ferrent ou mènent à Tabreuvoir.

Au sommet de la côte, se montre le village d'Âcque. Les hommes cantonnent soit en plein air, soit sous la guitoune^ soit dans de grandes

LÉGION ÉTRANOèRE 14

baraques en planches montées par le génie, et qui serviront; plus tard, d'ambulance.

A peine installés, les Légionnaires envahissent les cafés, les épiceries et les charcuteries.

L'endroit est bon ! Confortablement assis, les coudes sur la table, et servis par des jeunes filles^ on boit du vin rouge et du vin blanc, de la bière... et bien des choses défendues ! Les habitants sont accueillants. Ils prennent des pensionnaires, blanchissent le linge, rendent tous les services que le civil peut rendre au soldat. Les belles heures de Verzenay et de Bouzy revivent. Six jours s'écoulent ; on descend aux tranchées par des routes bordées de batteries de grosse artillerie, et encombrées de troupes et de camions automobiles chargés d'obus.

Il a plu. On fait connaissance avec une nouvelle espèce de boue : la boue rouge ; la terrible pâte que compose l'argile et l'eau. Cette pâte envahit les boyaux qui, partant du Mont Saint-Ëk>i, traversent la ferme de Berthonval et mènent aux premières lignes, en face des positions allemandes des (( Ouvrages blancs. >»

Les postes d'écoute sont à 23 mètres de cenx de l'ennemi. Dans les tranchées, pas d'abris : des anfractuosités dans lesquelles on peut, à la rigueur, «'asseoir.

— Oh I les belles tranchées de Champagne l Où sont-elles ?

A l'honneur, en AKTOIâ 211

— Les fainéants qui nous ont précédés auraient bien pu creuser quelque cagaas, bon sang !

— On compte sur nous pour la pelle et la pioche !

Mais allez donc travailler cette argile qui g'effondre constamment par gros blocs mous. Et puis, pas le temps de travailler : il faut rester là , Tœil attentif, le fusil sur le parapet, le doigt sur la gâchette. Pour se garantir des torpilles : la chance !

La nuit tombe. L'horreur de la nuit est grandiose, poignante. On racle doucem^ent la terre pour préparer les parallèles d'attaque. Quelques mètres d'argile séparent les poitrines des masses qui vont se heurter. Et cette bande d'argile est pleine de rumeurs, semble-t-il. Le génie termine des sapes et des mines : on le sait, et on croit percevoir les coups assourdis des pics et des pioches. Et on croit percevoir, aussi, dans l'espèce d'hallucination des silences parfaits, des respirations et des mouvements d'hommes — et soudain éclatent, comme par crises, des feux de mousqueterie et des mitrailleuses : le bruit d'une averse de grêle qui crève. — Le sanglot d'iuie rafale : le vent s'abat sur les fils de fer barbelés, se déchire aux pointes des réseaux ; c'est un sifflement comme on en entend dans les landes plantées de genêts et d'aubépines ou sur le pont d'un navire, pendant la tempête. Parfois toutes ces clameurs s'élèvent ensemble et composent un déchirant soupir !

Through the sharp hawthom blows the cold wind.

Les postes de secours de la division marocaine sont installés dans la ferme de Berthonval. De cette vaste école d'agriculture, rien ne reste, sauf les murs des édifices encadrant la cour centrale. Sous ces édifices : des carrières de pierre tendre ; des couloirs de plusieurs kilomètres s'enchevêtrent, se coupent, tournent autour des salles soutenues par d'énormes piliers. C'est une véritable ville dessinée en labyrinthe. Par endroits, à la lueur d^une bougie, des isolés campent, font la cuisine. Des cheminées renouvellent Tair étouffant. Quand un gros obus tombe sur la ferme, le sol tremble, et des quartiers de craie se détachent des voûtes. Aussi est-il interdit aux compagnies de séjourner dans les carrières. Dommage ! car des régiments pourraient s^y abriter. Mais ceux qui, au cours de la campagne, ont été pris dans des éboulements, ceux qui connaissent le poids et le goût de la terre, en gardent une telle terreur qu'ils comprennent fort bien cette défense des chefs.

Les Allemands ont occupé la ferme de Berthonval. Ils tirent sans discontinuer, sur les endroits découverts, les passages, et dans les environs de la pompe où les troupes viennent remplir leurs bidons. Délicate affaire ! Malgré les ruses, malgré les conseils des sentinelles, les « amochés » sont nombreux.

A l'honneur, en ARTOIS 213

— Hein, vieux, ça n^est pas la pompe de la ferme des « Marquises », en Champagne ! Ça sifflait, là aussi; mais on avait, pour se garer, une charrette, un beau morceau de mur peint en bleu... ici, c'est comme la main !

Au poste de secours, beaucoup de blessés et des morts. Les morts seront enterrés au petit cimetière d'Ecoivre ; les brancardiers divisionnaires transportent les blessés à l'arrière .

Voici que Ton amène un sergent indigène de tirailleurs. Par nuit noire, il était en reconnaissance avec son lieutenant et quelques Marocains. Une patrouille ennemie les surprend ; des coups de feu sont échangés. Chez les Français, pas de pertes ; mais au moment où les tirailleurs se replient, le sergent pousse un cri et tombe, poignardé.

11 rftle, sur un brancard, le sang aux lèvres. Un grand nombre de blessés sont rassemblés dans la grange. Certains, légèrement touchés, causent en fumant ; d'autres plus douloureusement frappés gémissent. Une lanterne éclaire la scène, et de grandes ombres se meuvent sur les murs.

Le sergent appelle :

— Mon lieutenant ! Mon lieutenant !

Le major l'interroge.

— Mon lieutenant ! Mon lieutenant ! — répond le tirailleur d'une voix caverneuse, r au que, hor-

rible à entendre. Le lieutenant entre, s'approche^ se baisse :

— Eh bien, ben Arbi ?

— Mon lieutenant!...

Il lui tend la main, murmure :

— Le prêtre !... monsieur Taumônier !

L'aumônier de la division, le noble abbé

Dubreuil (tué, quelques jours après, en chargeant avec ses zouaves) est à côté ; on va l'avertir.

— Monsieur l'abbé !... Mon lieutenant ! — reprend l'indigène.

Un silence. On croit l'homme mort. Mais, dans un souffle :

— Je veux prier ! — fait-il.

L'abbé s^agenouille. Tous ceux qui sont là se découvrent en entendant le sergent réciter, avec le prêtre, le Pater, Puis il meurt.

Dans un coin, une voix s'élève : c'est un caporal de l'infanterie alpine qui raconte comment il a reçu une balle dans les reins, en allant remplir son bidon à la pompe.

Un bruit de crosse, sur la dalle du seuil :

— Poste de secours ?

— Oui, vieux...

— Du turbin pour le toubib 1

— Quel régiment?

— Légion ! Compagnie D^

Conversations pendant que les majors opèrent.

A l'hONNSUR, en ARTOIS 21 &

— On y passera tous à ces postes d'écoute !

— Ils sont trop près.

— Ça sert à rien qu'ils soient si près. Le comnctandant Ta dit.

Près de la porte :

— Bonsoir, vieux.

— Donne de tes nouvelles.

— Bonne chance, les gars ! — C'est un blessé qu*on évacue. Dans un groupe,, dans Tombre :

— Qu'est-ce qui se passe, là-haut ?

— Ça flotte... et on tire... Il y a un boche accroché dans les fils de fer et qui gueule : « Kamarade 1 » depuis deux heures.

— On va pas le ramasser...

— Plus souvent... pour recevoir une volée de pois ! Ça ne prend plus le « Kamarade ! »

Un événement grave s'est déroulé au début de la nuit. Un Espagnol le raconte — impossible de dire dans quel surprenant français, agrémenté d'injures adressées à la Vierge, ainsi qu'à la mère et à la sœur du voisin :

— Voilà, on était au poste d'écoute, le caporal, deux Espagnols et trois Russes. Quelqu'un appelle en boche :

— a Eh l camarades, camarades allemands ! »

On veut tirer. Mais un Russe qui parle allemand

répond :

— « Qui es-tu ? Que veux-tu ? »

L^autre, Pinconnu, réplique :

— « Je suis espion, j'ai pu enfin déserter ; j'ai des renseignements. »

Le Russe répond : .

— « Tu es devant les tranchées allemandes.

Avança sans crainte, camarade ! »

Et à rinstant même où Tespion saute dans la tranchée, six haïonnettes le clouent au sol !

— Bande de vaches à lui tout seul, celui-là !

— Ça se faufile partout, ces serpents !

L^aube. On dépose, au poste de secours, le Bavarois qui, pendant toute la nuit, a crié dans les fils de fer. Une balle a coupé son artère fémorale gauche. Il n'a plus une goutte de sang dans le corps. Sous sa chevelure rousse, se montre sa face blanche comme de Tamidon. Des notes trouvées dans une de ses poches indiquent que son régiment tenait, il y avait une semaine encore, les tranchées de Champagne, en face de Prunay.

— Ils nous ont suivis !

— Le monde est petit !

Un peu plus tard, entrent deux hommes équipés qui en conduisent un troisième. Ils le tiennent par les poignets. C'est un garçon de moyenne taille sec et brun. Il a des regards furieux. De son front, du côté droit, à la racine de ses cheveux, d'un trou, coule du sang épaissi par une matière blanche.

A une demande du major Chazal, un des hommes répond :

— Espagnol...

A ce mot, le blessé hoche la tête en signe d'assentiment, se frappe la poitrine, et pousse une sorte d'aboiement :

— Roua... oua... roua !

— Comment t'appelles-tu ?

Il tend sa plaque d'identité retenue autour du poignet par une chaîne de gamelle.

— Taras, — lit le major.

— Roua... oua... oual — répond le blessé.

Un de ses camarades explique alors :

— Nous étions au poste d'écoute. 11 a ehopé une balle...

Le blessé montre son front, et, avec sa manche, en essuie le sang.

— Il ne veut pas être évacué ! Dès qu'il a été touché, il a mis baïonnette au canon, a voulu sortir.

Taras saisit le fusil de son camarade, pousse son grognement, et, debout, hagard, fait le geste de porter un coup de pointe. Sa main se lève, dans la direction des « Ouvrages blancs. » Il indique, ses aboiements accompagnant sa mimique, qu'il ne souffre pas, qu'il va très bien, mais qu'il ne peut parler. Il réclame un crayon, écrit :

« Je veux faire l'attaque. »

On se regarde. Il regarde, lui aussi, très calme. Quelques secondes pathétiques !

Pour qu'il se laisse panser, on doit lui affirmer que Tattaque est retardée, que le bataillon est re-

levé, qu'il est même inutile de remonter aux tranchées.

Le major fait appeler les brancardiers :

— On va t'accompagner.

11 refuse. Il partira seul. Il est solide sur ses jambes.

Le médecin auxiliaire Chazal, très ému, sort une cigarette de sa poche et :

— Allumette, if you please!

Taras, vivement, tire son briquet, Tallome et l'offre au major. Il se tourne ensuite vers ses compatriotes, et leur fait comprendre de ne pas oublier son sac, son équipement et ses armes. Les brancardiers de la division sont là. Taras les repousse, salue les majors, serre la main de ses camarades et s'en va, seul, dans la direction d'Acque, attendre sa compagnie — puisqu'on la relève.

Peu avant de donner Tordre d'attaque^ le 9 mai, le commandant Muller parlait de son loyal Catalan. Il voulait le citer à Farmée. Un quart d'heure plus tard, hélas I notre héroïque commandant allait, lui-même, féliciter son gars, làhaut, au Grand Cantonnement I

La pluie cesse. Durant la journée, bombardement des routes, des batteries, de Berthonv»! et du Mont Saint-EIoi. Les premières lignes sont trop près les unes des autres : peu d'obus, mais des torpilles.

A l'honneur, en ARTOIS 219

Des accalmies permettent de contempler le paysage- Pace à Tennemi, on ne Yoit rien que des réseaux de fil de fer ; puis une légère ondulation de terrain, une vague blanche qui paraît à tous devoir être un nid de mitrailleuses. On sera bientôt documenté à ce sujet. Du côté français, une route parallèle aux positions, et le long de laquelle sont plantés de hauts pylônes. Plus en arrière, le Mont Saint-EIoi, ses deux tours à demi détruites^ et constamment entourées par la fumée jaune et noire des projectiles qui éclatent.

Partout de Fartillerie ; des rangées de 75 fin comme des bassets ; des 155 long^ bondissant comme des lévriers tirant sur leur chaîne ; des 155 court, la gueule en Pair, comme des dogues hurlant à la lune. Ces bètes, par moments, sont secouées par des crises de rage, aboient sur tous les tons, se taisent et recommencent.

Et les corvées, inlassablement, transportent, aux premières lignes, des torpilles à ailettes, des boîtes de fusées, des bombes et des grenades, sous les yeux bienveillants des territoriaux qui approfondissent les boyaux^ réparent les talus, et se font tuer.

Quarante-huit heures de tranchée donnent droit à quatre jours de repos. Pendant ces quatre jours, les renforts, annoncés par le Père Charles, arrivent. Ce sont des Tchèques et des Polonais du 3* régiment de marche, qui a rudement bien tra-

vaille du côté de Graonne. Leur incorporation achevée, les compagnies, à effectif au grand complet, redescendent aux tranchées. Séjour monotone. Comme il ne pleut pas, les aéroplanes, làhaut, se livrent à leurs divertissements habituels. De gros biplans patrouillent devant les lignes, évoluent autour des ballons captifs du secteur et empêchent les « Taubes » de se rendre compte de ce qui se passe à Tarrière. lisseraient édifiés ! Le moindre hameau, les champs regorgent de troupes. Les convois d'artillerie sillonnent les routes et les chemins.

— Le coup de tampon ne sera pas ordinaire l

— Numérotons nos abatis !

Le silence des canons allemands étonne .

— Pourquoi qu'ils crachent pas ? — explique <i un tireur de crapouillot », — c*est simple à comprendre. Ils ménagent leurs munitions... et quand on ira à l'attaque, ils nous recevront, mon vieux !

— Penses-tu ! — réplique un de ses camarades.

— Quand on attaquera, y aura pus personne, en face. Nous avons — licite un nombre invraisemblable de pièces, etajoute : — Quand toutes ces cloches se mettront en branle, ça fera un joli carilloni

Sur ce mot, le sergent Glorian fredonne :

Digue, digue, digue din don. Oh ! le joli carillon...

^ A l'honneur, en ARTOIS 221

qui est, comme on le sait, le refrain de la chanson de M. Dupanloup. Et cette chanson est murmurée d'autant plus volontiers que les trois jours de garde sont écoulés, et que l'on s'en retourne à Âcque.

Les baraques où cantonnaient les compagnies se transforment en ambulances, ainsi que les églises et les vastes fermes.

Au milieu de travailleurs et les dirigeant, les hommes reconnaissent^ à sa belle barbe assyrienne, le major Ghallier qui fut, quelque temps, médecin-chef du bataillon. Il est, aujourd'hui, au service de santé divisionnaire. Il adresse à « ses anciens clients » quelques mots dans leur langue natale ; car il s'est appliqué à apprendre un peu de russe^ un peu d'espagnol et de serbe. Mais il a une longue conversation avec le nègre Totovaine dont il connaît parfaitement le dialecte ; et Totovaine est très fier.

L'attaque est officiellement annoncée. La Légion est à l'honneur : elle attaque en premier :

« Les hommes partiront sans leur sac ; la toile « de tente en bandoulière ; et dans la toile de tente : trois jours de vivres ! »

Des escouades reçoivent des revolvers et des poignards. Ces derniers sont de formes variées. Il y a des couteaux de bouchers : étuis de bois,

EN GAMPAGiVE AVEC LA LÉGION ÉTRANGÈRE

larges lames droites. Il y a des couteaux d'apaches, à cran d'arrêt. Il y a, enfin, des tiges d^acierdont une extrémité, la poignée, se tord en boucle, et dontrautre, la pointe, aplatie et aiguisée, rappelle les fers de lance ornant les grilles des portails. Pour couper les fils de fer, voici des cisailles et des crochets que Ton fixe au canon du fusil. On distribue aussi des sachets en toile caoutchoutée. Dans ces sachets, de Fétoupe.

— Cette étoupe, après Tavoir trempée daas de Teau, il faudra jse la fourrer dans la bouche et dans les narines... c'est contre les gaz et les obus asphyxiants et toutes leurs sales drogues !

— Alors comment fumer? — L'on remarque que les sachets pourront être utilisés comme blagues à tabac.

Les hommes reçoivent, en outre, des drapeaux rouges pour faire des signaux à Fartillerie et des carrés de toile blanche que Ton se coud dans le dos :

— C*est pour que les artiflots nous voient et ne nous tapent pas dedans, quand on avancera !

L'ordre est de traverser les lignes ennemies, sans s'y arrêter^ de marcher le plus loin possible. D'autres troupes soutiendront l'attaque, nettoieront le terrain conquis et l'organiseront...

La pluie ! Mais une pluie telle que Tattaque est remise. Il faut rendre cartouches supplémentaires, revolvers, grenades, couteaux- Pendaat

48 heures, il pleut sans discontinuer ; et, sans discontinuer, la grosse artillerie, les 135 bordant les routes donnent de la voix.

Le soleil revient. On touche, de nouveau, armes, munitions et conserves. Une fois encore, les officiers vont reconnaître le terrain. Grant et Mite 1man accompagnent les majors. Un boyau hâtivevement creusé, et si peu profond qu'il est impossible, par endroits, de s'y tenir debout, sert de poste de secours. D'ailleurs, infirmiers^ brancardiers et majors devront se porter en avant, avec leur bataillon, abriter les blessés et suivre leur unité. Le médecin-chef de régiment a pris toutes les dispositions qu'il est possible de prendre en pareil cas.

Dans les tranchées inondées et à demi comblées par l'argile des talus écroulés, les hommes sont accroupis et recouverts de boue rouge. L'argile sèche vite. Vingt-quatre heures de soleil, et le sol sera praticable. Pour l'instant, c^est un gâchis sans nom dans lequel les obus tombent, parfois, sans éclater.

La boue a établi son empire. Bataillons, bètes, fourgons en sont revêtus. Les arbres en sont éclaboussés. Les maisons, elles-mêmes, ont la couleur de cette boue envahissante. Des bandes de papier sont collées contre les fenêtres pour empêcher les vitres d'être brisées par les détonations.

Les cabarets d'Ecoivre sont bondés. On y boit

du Champagne. Pour beaucoup, c'est bien la dernière bouteille. La brave femme qui sert les soldats a les larmes aux yeux :

— Mes pauvres enfants, il vous en faut, tout de même, du courage !

A se fier aux plaisanteries échangées par les troupes qui se croisent, à la frénésie avec laquelle on veut jouir encore de la vie, avant de prendre là-bas, sur la droite, le chemin de dessous la terre dont on ne ressortira qu'au grand moment de l'attaque, le moral des hommes est parfait. En vidant une bouteille sur le bord du fossé, équipés et boueux, voici des loustics qui parlent des u poules » qu'ils ont laissées au cantonnement.

— La mienne m'a donné un scapulaire.

-*- La mienne la médaille de Saint-Benoît.

— La mienne un baiser...

— La mienne de Targent. . . J'ofifre une tournée !

— Pour un coup, si on allait en finir avec cette vermine ! C'est ça qui serait bath !

L'ordre du jour du généralissime produit l'effet d'un verre de vin... Non pas d'un vin qui saoule mais d'un vin qui réconforte.

On commente les phrases de Tordre.

— On ne doit plus rien trouver devant soi !

Tout sera écrasé !

— Les compagnies avanceront, l'arme à la bretelle!

— Promenade militaire, quoi !

— Mardi, on prendra Tapéro à Douai I

Les discussions s^engagent sur les chances de Toffensive. 11 y a des pessimistes et des optimistes. Les pessimistes affirment que les « Ouvrages blancs », le premier gros morceau à avaler, est un nid de mitrailleuses ; qu'il y en a plus encore qu'on ne le croit ; qu'à la minute de Tattaque, des pièces qui n'ont pas tiré ou qui n'ont pas été repérées, se découvriront.

— Et une mitrailleuse intacte arrête un bataillon I

Les optimistes hocbent la tète :

— La mitrailleuse intacte, on la cueillera au gîte, on la rapportera toute vivante, et on touchera une prime.

— Et puis ce que dit Joffre coïncide avec ce que disent les arti flots. Il y a des milliers de canons ! Et quand on aura arrosé les Boches, centimètre par centimètre... il ne restera plus rien !

— Sans compter qu'il y a quelque chose, comme torpilles !

— Et ça fait du boulot cette drogue-là !

— Quand ça ne vous éclate pas dans la gueule! . .

— C'était bon autrefois^ quand on connaissait mal le crapouillot ! Maintenant le tir est précis^ réglé...

— Comme un état de sergent-major rengagé !

Il y a aussi ceux qui ne sont ni pessimistes,

LÉGION ÉTRANOéRB 15

ni optimistes — la majorité, — ceux qui sont contents, impatients de se battre, enfin ! ceux qui en ont franchement assez de se « les rouler » dans la boue et la saleté ; ceux qui pensent fermement que la guerre de tranchées va finir et bien finir... et que, les lignes allemandes enfoncées, on ya pouvoir travailler en rase campagne.

— La guerre, quoi 1

— Gomme on s^était imaginé qu'elle serait!..

Des Espagnols {censuré) ! Une expression terrible durcit leurs regards, et rend étonnamment belles leurs faces sombres.

Sortir de dessous la terre I L^exaltante aventure !

Parmi les plus exaltés : le Busse Nicolas Kordochenko. C'est un garçon de taille moyenne ; figure plate ; crâne énorme supporté par un cou court posé sur des épaules larges ; longs bras terminés par des mains d'assommeur. Pendant la guerre russo-japonaise, il était matelot cuisinier de Tamiral Makaroff.

— Un jour... une torpille... et boum I le cuirassé, Tamiral, les marins, tout le bazar... il saute I

Kodochenko fut sauvé, avec deux de ses camarades, par un destroyer japonais.

La guerre le retrouve à Paris, cuisinier chez un haut personnage russe. Gomme ses compatriotes^ il s'engage dans l'armée française, et est incorporé dans la Légion étrangère. Une suite de

circonstances le rend à son ancien métier : il devient cuisinier du commandant. Ses plats sont remarquables et par leur goût, et par la façon artistique dont ils sont présentés. Tous les hommes que leur service appelle, le matin, au bureau du commandant^ admirent, sous la toiture où sont installées les cuisines, des gâteaux aux formes compliquées, des viandes splendidement découpées et dressées, des pâtés confectionnés avec des pains de munition recuits selon des formules secrètes. Quand ^occasion s'en présente, Kordochenko bat, pour ses amis, des omelettes et des crèmes...

Aujourd'hui, il a repris son ftisil pour l'attaque . Il ne peut réprimer sa joie. Il s'approche de Grant, et montrant les trois musettes qui pendent sur ses hanches et sur son dos :

— Rabiot de cartouches, caporal ! — dit-il ; — rabiot de cartouches {

— Combien en as-tu ?

— Cinq cents... mille... je ne sais pas, moi ! Il a ramassé tons les paquets oubliés dans les

caatonnements. Il a peur de n avoir pas assez de cartouches. Il a Tintention de les brûler toutes.

— Moi, bon cuisinier, bon tireur... et bon pour baïonnette aussi !

li se livre à une sorte de furieuse escrime, et, souriant :

— Ça, baïonnette russe I Bon travail, caporal !

Et il court rejoindre ses camarades qui ré* pondent à l'ordre du jour du général Joffre par dies chansons militaires.

C'est pour demain.

L'artillerie lourde tonne. Le tir est lent, mais régulier. A la tombée de la nuit, des nuages montent de Thorizon, se rejoignent, et un orage éclate. Au loin, les lueurs blanches et vacillantes des fusées se mêlent aux rouges lueurs des bouches à feu. Le fracas du tonnerre roule dans celui des canons. L'ensemble formé par ces détonations et ces lueurs est tragique. Les hommes^ au seuil des maisons ou sous les guitounes, regardent.

La nuit se passe. Au matin, il pleut encore.

— Si ça continue, pourra-t-on partir ?

. Cette préoccupation met au second plan l'angoisse qui précède Tattaque.

Vers midi, le soleil ! On ignore si l'on doit partir ou rester. Il n'y a pas d'ordre précis. L'indécision rend les hommes nerveux. On mange avec appétit, on boit beaucoup. Les nerfs se tendent à l'extrême.

A huit heures du soir, arrive une note de la Division :

« Les bataillons de Légion resteront au canton- « nement jusqu'à nouvel ordre... »

Une détente se produit. La certitude « que l'on

A l'honneur, en ARTOIS 229

sera encore vivant, le lendemain » répand une gaîté exaspérée. On chante, on rit, on sait à quoi s'en tenir. La nuit qui va venir, la journée qui. suivra ne finiront jamais ! Cette nuit, cette journée sont comme une promesse de vie éternelle !

Mais Fartillerie précipite son tir.

Et ces heures qui devaient être éternelles s'enfuient, comme les autres...

Avec les lettres et les colis, parvient Tordre de départ. On mange gravement la dernière soupe. L'attaque a trop tardé. Ceux qui n'ont jamais pensé que Ton pouvait mourir, y songent soudain. Et ces lettres que le vaguemestre distribue ne sont pas faites pour engendrer la gaité ! Mais il faut crâner, et l'on crâne. Les préparatifs changent le cours des idées. On accorde un soin extrême aux moindres choses, comme au moment des grands départs : on compte les grenades et les cartouches ; pour un peu, on les astiquerait; on examine les pointes des baïonnettes. Des Espagnols lancent leurs couteaux dans des planches où ils s'enfoncent de plusieurs centimètres : voilà un jeu excitant !

A minuit^ quand les compagnies se rassemblent, la vague d ^inquiétude est loin...

Voici la compagnie du génie qui doit attaquer avec le bataillon. Les hommes portent des échelles, des perches avec des pétards de dynamite. Ils ont

le mousqueton en bandoulière. Ils passent dans Taube levante. Quelques mots :

— Alors^ vous venez avec nous?...

— On va nous poser des tapis pour passer...

— Au revoir, les vieux...

— Bonne chance, les gars !

Un coup de sifflet. Le bataillon rangé sur les fossés de la route s'ébranle. Les cartouches cliquètent dans les musettes.

Les grenadiers ont, au poignet^ la courroie de cuir pour lancer leurs bombes. Parmi eux, un petit Espagnol de 17 ans, un nommé Hiil^ montre un entrain splendide. Gomme Kordochenko, il a eu peur de n'avoir pas assez de grenades. Il en a (( rabioté » une dizaine. Il a un coup de poignet excellent, un œil sûr.

— Je vais en faire du boulot !

Le village d^Ecoivre est silencieux. Sur le seuil des maisons, quelques femmes, cependant, regardent défiler les soldats. Elles leur font des gestes d'adieu, mais sans un mot.

Le boyau d'accès s'amorce sur la route, entre deux éminences boisées. Derrière ces monticules, de grosses pièces d*artillerie sur plates-formes. Au bas des affûts noirs, on lit, en lettres blanches : 270 de siège.

Un arrêt. On parle aux artilleurs.

— Mettez-en^ les amis !

— Ayez pas peur, les petits gars !

A l'hONHEUH, en ARTOIS 231

Ils désignent les obus peints en jaune :

— Ils sont un peu là, les pépères !

— Ne nous les balancez pas sur la gueule, hein ?

— C'est des colis recommandés. Ça va en mains propres !

— Vous êtes vernis, vous autres, les artiflots. Vous l'avez, le filon !

En avant ! lentement. La journée sera belle.

Simultanément, d^ix gros projectiles éclatent entre les tours du Mont Saint-Éloi. Des tourbil* Ions de fumée noire et jaune enlacent les murs blancs dont les arêtes en dents de scie sont tou* diées par les premiers rayons du soleil.

Dans le pur silence : le sifflement des obus et le chant libre, joyeux, inspiré des alouettes.

Pas un nuage. Le terrain est presque sec. On traverse la ferme de Berthonval et on monte en ligne par le c< boyau des meules, d A Tangle d'un carrefour : le commandant. Des hommes les sa* luent. 11 incline la tête :

— Bonjour ! — et il ajoute le nom de l'homme. Et le salut de l'homme veut dire :

— « On est là, commandant ! Il faut en mettre : on en mettra I »

Le bonjour du commandant signifie :

— « J^ le sais ! »

Les positions sont occupées. Le bataillon G — (composé en majeure partie de Polonais et de

Belges, sous les ordres du commandant Noiref) — tient les postes d'écoutes et les parallèles qui les relient ; le bataillon D, les premières lignes ; massés dans les boyaux, le bataillon A^ du commandamt Gaubert ; le bataillon B, du commandant Collet.

Le bruit de la grosse artillerie est à peine p^ceptible, à cause du vent; sans doute, et des accidents du terrain. Les 7S ne tirent pas encore. Selon leur habitude, les Allemands envoient quelques 210^ quelques ISS sur les batteries et sur les fermes ; quelques fusants au-dessus des routes.

Soudain^ quatre détonations sèches, déchirantes.

— Une batterie de 7S qui prend le petit coup de vin blanc du matin.

— Si qu'on Timitait !

Les bidons sont débouchés ; les quarts décrochés ; les boites de conserves éventrées ; on déjeune. Quelqu'un demande :

— Quel jour, aujourd'hui ?

— 9 mai... Dimanche I

Et Grant fredonne Tair de <c Pelléas et Melisimde M :

Je suis née un dimanche...

On est assis à terre ; les jambes offertes au soleil qui réchauffe une face du parapet, et le corps dans une ombre encore fraîche.

A l'honneur, en ARTOIS 233

Les capitaines et leurs lieutenants inspectent, au périscope, les tranchées adverses.

Le commandant passe, la cigarette aux lèvres : tout le monde debout. D'un geste, il fait signe :

— « Repos... Repos!.. »

Nul ne songe à regarder, par les créneaux, ce qu'il a devant lui. Le bombardement intense doit commencer, parait-il, à quatre heures. Et, à rheure dite, la fête commence.

Et alors on veut voir. Mais quelques gros projectiles bien pointés et quelques balles conseillent immédiatement la prudence.

De quart d'heure en quart d'heure, le tir de nos pièces s'accélère. Les Allemands ne rispostent que faiblement : pas de 77, rien que des gros obus et des torpilles.

On trouve que Fartilierie française ne tire pas assez.

— Patience!

En attendant^ on fait un nouveau déjeuner.

Comme dessert^ de la gnole, du bon tacco pur.

— Ça, c'est bath !

Et le fracas de l'artillerie devient effroyable. Cependant, on peut encore eompter un temps, entre les coups.

— Ce qu'on leur balance !

Les hommes voient, parmi eux, les majors et l'aumônier, l'abbé Cas. Leur présence les rassure.

— Vous allez avoir du travail, monsieur le Major ! Evacuez-moi bien vite !

Et M. Chazal, sa bonne figure épanouie par un sourire ému :

— Sois tranquille, mon petit !

Maintenant^ les boyaux sont inondés de soleil.

Il fait chaud.

On s'étire et on bâille. Certains s'approchent des créneaux :

— Regardez donc ! Regardez donc !

Dans les tranchées allemandes, mètre par mètre, nos obus tombent, soulevant des belles gerbes de terre. Au milieu de ces gerbes, jaillissent des choses plus grosses : des madriers, des poutres, des rondins, des corps humains, peut-être ! On voit filer les torpilles. Elles montent presque lentement, et disparaissent au bout de leur trajectoire, quand elles plongent. Leur éclatement se distingue de celui des obus. Elles suivent les lignes ennemies; elles en dessinent les contours, dans Tair, en une série de points noirs qui s'effacent, dès qu'on les aperçoit, et que d'autres points identiques remplacent.

 la gauche de la Légion, les tirailleurs sont à plat ventre, sous les fils de fer. Ils préfèrent recevoir les obus à découvert que dans les boyaux.

Llntensité du bombardement est telle qu'il devient impossible de marquer un temps, entre les

A l'honneur^ en ARTOIS 235

coups de canon. Le bruit est celui d'un roulement de tambour.

Sur le champ plane un brouillard rouge qui voile le soleil. La lumière est celle d'une éclipse. Lacraie des (c Ouvrages blancs » semble plus blafaràe.

Les hommes sont au parapet. Certains égratignent la terre avec leurs ongles. Plus une parole^ dans les tranchées.

On ne pense plus qu'à une seule chose : attaquer brillamment. L'âme de chacun vit dans un monde inconnu jusqu'alors. Elle se porte aux limites extrêmes du courage tranquille. Plus de plaisanteries ; plus de fanfaronnades ; pas de ces mots magnifiques, — ces mots qui, sans doute, n'ont jamais été prononcés ; ces mots faits à l'arrière par ceux qui gagnent leur vie, en écrivant, le ventre plein, et les pieds au chaud, qu'il est sublime que d'autres se sacrifient ! Le soldat ne parle plus, quand il assujettit sa baïonnette au canon de son fusil, ou quand il serre autour de son poignet la boucle de son bracelet de cuir.

On signale les premiers blessés : le capitaine d'état-major Dame, et le caporal téléphoniste Huguenin.

L'artillerie, après avoir émietté les fils de fer, allonge son tir.

Les tranchées d^en face se réveillent. La fusillade crépite. Les crêtes des parapets volent en éclats sous les balles.

Le capitaine Junot, un pied sur la marche d'un escalier creusé & la peAe-pioche^ sa cigarette russe à la bouche, cravache en main, son regard froid é^ctrisant sa compagnie, commande d'une voix douce :

— En avant, mes enfants ! Courage !

Ses hommes, à sa suite, bondissent hors de la tranchée. Certains y retombent, la tête fracassée.

L'attaque est déclenchée !

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