VERS SOUCHEZ ST CARENCY
Au nord du bois de Berthonvalj la lutte n'est pas moins dure.
Nos régiments sont obligés, après un premier bond qui les rapproche de Carency^ de gagner du terrain pied à pied. Il faut, à coups de grenades^ enlever morceau par morceau les positions ennemies. On y réussit et, vers le soir, le village est débordé à l'est par notre progression ininterrompue.
Cette progression se continue vers Souchez et notre ligne, d'un mouvement régulier, se rapproche de la route de Carency- Souchez. A cheval sur la route Arras" Béthune, elle s'infléchit légèrement au sud, à hauteur
éé Souches, Bê reliant aux positioM nouvelles det troupeê parties du bois de Berthonval.
Comme les autres point du secteur, nous ramassons des prisonniers — plus de 500 — et un nombreux matériel, plusieurs canons-revolvers et une trentaine de mitrailleuses é
Vers le soir, le spectacle qu'offrent les faces sud et est de Careney est le plus singulier qui puisse se con*cevoir. De toute part, les maisons en ruines de Vest du village que les Allemands tiennent encore — et que nous enlèverons le lundi et le mardi — sont serrées de prés par nos tranchées.
' Les boyaux creusés par les Allemands le long de la route de Souchez leur sont désormais interdits* Il faut qu'ils fassent le tour par Ablain, débordé dés ce mo^ ment par nos attaques du Nord.
Telle fut, dans le secteur Careney --Neuville, la jour* née du dimanche 9 mai. On ne peut encore donner le détail des actes d'héroïsme qui Vont marquée, mais les résultats acquis sont là pour en témoigner.
Dans le Petit Marseillais ou le Radical :
LETTRE d'un TUNISIEN QUI A PRIS PAAt AUX COMBATS LIVRÉS PttÉS D^AUftAS.
Notre admirable division s'est battue depuis di* manche... jusqu'à jeudi soir. Ce qu'elle a fait aucun journal ne pourra vous le dire, aucun écrivain ne pourra trouver les mots qu'il faudrait pour glorifier son Aé-» rùîsme. Sachez qu'on lui avait assigné un point {la cote...) qu'elle devait atteindre au plus tôt le soir à ta
A L'MONNEUR, Eîv ARTOIS 267
tombée de la nuit^ qu[elle est sortie dés tranchées à neuf heures du matin et qu*elle était au dit point deux heures et demie après.
Jamais nous n'oublierons cette journée. La canon* nade avait commencé la veille au soir vers onze heures ; mais de sept heures du matin à midi, ce fut magnifiquement beau. Un véritable déluge de feu^ de fet. Tout tremblait. Nous leur avons envoyé 60 000 obus. Tout tj était, les 75, 90, 405, 155, et 270.
Nous étions avec le général à la ferme de,., et nos obus passaient au-dessus de nos têtes.
Les Allemands surpris, abasourdis ne répondaient même pas. A neuf heures {une heure avant theure prévue), tirailleurs et légionnaires sortaient de leurs tranchées et au pas de charge enlevaient trois lignes de tranchées et ensuite les fameux Ouvrages blancs^ la plus formidable organisation de défense que lés Aile* mande avaient sur le front. De leur aveu même, ils ne pensaient jamais être délogés de là et comptaient que la guerre se terminerait et que la paix serait signée eux y étant encore.
C'était une véritable forteresse, enterrée, bétonnée, défendue par une ligne formidable de trois rangées de mitrailleuses superposées^ l'une à hauteur des jambes^ Vautre à hauteur du corps, la troisième à hauteur des têtes. Lorsque ces mitrailleuses crachaient la mitraille à tir fauchant, c'était un rideau de fer infranchissable. Nos obus en ont eu raison et nos fantassins ont trouvé ces oxtvrages démolis, ravagés, bouleversés, joncfhéê de cadavres, empilés tes uns sur les autres.
Dans le cimetière de Neuville^ Sainte Vaast, ils avaient imaginé de sortir les cercueils des caveaux et d'y enter*-
rer leurs pièces ; nous les en avons délogés.
Ce fut une journée inoubliable ; de Vavis des officiers et de tousj le plus formidable engagement de toute la guerre.
Des prisonniers^ nous en avons fait quatre mille ; nous n'avons pas pu en faire plus^ le reste était mort.. . un véritable carnage.
A partir de onze heures nous apercevions les rares survivants se traînant vers nouSy les yeux fous^ littéralement hors d'euxj implorant notre pitié. Plus tard les officiers prisonniers^ parmi lesquels un Colonel que mon camarade D... a conduit lui-même au grand quartier^ ont avoué que rien n'aurait pu résister à notre feu d'artillerie.
Le succès de notre division fut complet. Le lendemain notre Joffre venait^ embrassait notre général et après lui avoir dit : « Vous devez être fier de commander à de tels soldats », il citait le corps d'armée avec une mention spéciale à notre division.
Dans VEcfio de Paris j Maurice Barrés publie un article intitulé : « On demande des noms. »
En voici un extrait :
On nous raconte des faits de guerre^ et nous posons cette simple question : Par qui ont-ils été accomplis ?
Il ne s'agit pas de faits que Von désire cacher. On nous les raconte^ on nous les décrit. Pourquoi tout d'un coup s'arrêter quand nous demandons à graver dans notre mémoire le nom d'un héros ?
A L^HONNËUR^ EN ARTOIS 269
Dimanche dernier^ deux régiments sont sortis à dix heures du matin des tranchées de Berthonval. Lariillerie leur avait ouvert la route en coupant les fils de fer^ mais beaucoup d'abris demeuraient intacts et leurs mitrailleuses tiraient. Nos hommes ne s'arrêtent pas, . Au pqssagCy à la baïonnette^ ils enfoncent ceux des ennemis qui leur barrent la route^ ou bien encore ils murent dans les abris dont elles tentent de sortir des sections entières d'Allemands. Et les voilà qui escaladent les pentes,..
Chacun voudrait savoir quels sont ces deux régiments,,.
Uassaut continue. En tète courent les officiers. Ils tombent nombreux. Sur quatre chefs de bataillon (i), il n'y en a plus qu'un debout. L'un des colonels (â) est grièvement blessé. Le général (3) de brigade qui s'est porté en avant^ au milieu de ses troupes^ a la poitrine traversée d'une balle. Mais la position est prise et sa crête occupée. En vérité je ne vois pas de raison pour que ce beau récit, quasi officiel^ demeure inachevé et pour qu'on nous taise le nom de ces hommes'drapeau. Ils furent à la peine, c'est bien juste qu'ils soient à l'honneur.
Un homme communique l'article aux capitaines d^Âllens et de Sampigny :
— J^ai répondu h Barrés, mon capitaine.
(1) Commandant Muller, Gaubert, Noiret du 4*' Étran^ ger, tués.
(%) C6hnel Coit, du !•' Étrângeti (3) Généril PetH, tuéi
270 EN CAMPAGNE AVEC LA iJiGlON ÉTRANGÈRE
— Et dans votre lettre?... — demande le capitaine d'Allens.
— Je donne le nom du régiment : 2* de marche du 1*' Etranger. Voioi ma lettre.
La lecture achevée.
— Vous pouvez renvoyer. C'est bien, M. Barrés Ta-t-il reçue?.,.
En tout cas le présent ouvrage peut servir de réponse à son article : « On demande des noms. »