CHAPITRE IV
Une conférence du père Charles. — Les sergents de Légion. — Territoriaux et Légionnaires. — L'Infirmerie. — Mitelman ; Gourfinkel ; Lindskoc. — Deux Grecs. — Les majors. — Le major et Ignace.
— ... et vous autres, vous n'appartenez ni à Taristocratie, ni à la bourgeoisie, ni au peuple... — et à ces mots la voix du sergent Charles devient pathétique, sa main se lève : — vous êtes des gentlemen !
Son poing s'abat sur la table et fait trembler les tasses de café et les petits verres de marc. Ceci se passe dans le bar de la Place de THorloge où le père Charles, chaque soir, pérore. Deux de ses camarades plus jeunes et quelques recrues forment, autour de lui, un cercle d'auditeurs attentifs. Ils apprennent Tart de devenir de vrais légionnaires, tandis que dans le « salon privé » un piano mécanique joue des valses et des polkas.
Ce soir-là, le père Charles, très en verve, raconte qu'il a examiné ses hommes, un par un, et qu'il les a jugés et classés. Et c'est cet examen qui vaut à certains le titre de gentlemen ! Et ce titre fait
sourire les deux autres sergents. Le père Charles le remarque et ricane :
— Vous autres qui avez tout du ballot ! — Et quand il appelle quelqu'un « ballot », cela signifie : « au lieu de charrier, vous agiriez mieux en m'écoutant » — oui du ballot ! — reprend-il, — vous ne me comprenez pas ! Le gentleman est le vrai aristocrate ! C'est Thomme qui, sorti de la bourgeoisie, n'en a ni la mesquinerie, ni les vices, ni Tégoïsme, ni l'hypocrisie I C'est l^homme quia conscience de ses devoirs, le culte de l'honneur î Voilà, tas de ballots ! ce que c'est qu'un gentleman !
Il croise ses bras sur la table, et, regardant ses poulains bien en face :
— J'ai vu avec quel scrupule vous remplissez vos devoirs de soldats, sans vous plaindre... vous qui devez avoir des domestiques, une cave, des chevaux I
Il ne tient aucun compte des protestations qui lui sont adressées, et continue, de plus en plus exalté et enchanté par son éloquence :
— Plus tard, après la guerre, vous vous souviendrez de moi ! Vous, vous direz : « Un vieux lascar d'Afrique nous a jugés au premier coup d'œil I » Moi, j'aurai repris ma vie d'aventures ! Vous, vous serez dans vos châteaux...
— Après la guerre, sergent, — interrompt Grant, — vous viendrez chez moi, vous veirrez..»
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— Allons donc ! Allons donc ! Après la guerre,
— continue-t-il d^une voix vibrante, — si je viens sonner aux grilles dorées de vos manoirs, vous crierez : « Arrière, rustre ! Sus au manant 1 Soldat de fortune ! Routier ! Arrière ! » Et vous en- Terrez vos laquais armés de bâtons, et vous me lancerez dans les jambes vos meutes habituées h chasser le chevreuil et le cerf... Peut-être me ferez-vous apporter, par votre valetaille chamarrée, une bouteille de vin ! oh ! que le vin soit bon !
— s'écrie-t-il dans un grand éclat de rire : — Je suis gounnet ! Connaisseur en vin : connaisseur en hommes ! Et s'il fait trop froid, si la neige tombe, — poursuit-il dans un nouvel élan de ly; risme, — vous ferez venir le vagabond. Vous lui permettrez de se réchauffer, un instant, devant vos cheminées monumentales où brûlent des troncs d'arbres ! Vous direz à vos fils, héritiers de vos domaines et de vos fortunes : « Voilà où con* duisent les passions désordonnées ! »... Mais alors vous vous attendrirez ! — et le sergent s'attendrissait lui-même à l'évocation de cette scène,
— en vous rappelant que vous, le riche, et moi, le pauvre, nous avons combattu, côte à côte, dans les armées de la République !
Il hurle les derniers mots de cette phrase ; on applaudit ; le piano mécanique joue la Marseillaise. Le père Charles parle, alors, avec une abondance magnifique et amusante de la Révolution
et de la prise de la Bastille; de Hoche et de Marceau, enfants du peuple commme lui ; il cite des vers des Châtiments^ et ceux d'un poème écrit par un commandant de Légion, à la mémoire de ses hommes dont les noms sont gravés sur la porte d^une ville chinoise qu'ils ont fondée :
Dormez dans la grandeur de voire sacrifice.
Il célèbre l'héroïsme de son régiment^ vante les résultats de la discipline, et s'interrompt par ce cri :
— Voilà des braves !
Ses mains se tendent vers deux nouveaux arrivants qui s'attablent près de lui: Wessman et Poiret ! Ils appartiennent à un bataillon entraîné et qui attend, d'un moment à l'autre, son ordre de départ. Grant se fait reconnaître.
— Elle est bien bonne ! — s'écrie Poiret. — T'es le mec du cours Saint-Louis I On t'avait pris, Wessman et moi, pour un journaliste qui voulait nous faire jaspiner ! et v'ià que t'es un vrai poteau !... et qu'on se retrouve avec le père Charles, ce qui, pour être une recommandation, est une recommandation, t'sais, mon vieux !
Ils avaient été en colonne, ensemble, à la Compagnie montée, au Maroc. C'était le bon temps ! Ils prévoyaient que la campagne en Europe, « cane serait pas le rêve ! »
Grant commençait à se sentir mal à Taise au
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milieu de tous ces étrangers. Aucune camaraderie réelle n'était possible. Espagnols, Grecs, Russes, vivaient volontiers entre eux, soit par timidité, soit par méfiance. Ils échangeaient leurs pensées, leurs plaisanteries dans leur langue natale. Leurs groupes étaient très fermés. La solitude de Grant devint extrême. Il essaya de se faire naturaliser afin d'entrer dans un régiment régulier, mais les naturalisations, étaient — paraît-il — supprimées jusqu'à la fin de la guerre. On le noinma chef d'escouade. Mais il tomba sur des Espagnols du Maroc et sur les hommes de la 8^ ! Il s'aperçut bien vite qu'il n'en obtiendrait rien ; qu'il fallait pour mater des gaillards de cette espèce des gradés qui; comme le caporal Saigne ou le sergent Charles, possédaient Tautorité que donnent 15 ans de service et l'habitude de discipliner des unités composées d'individus de races différentes. Richard fut moins heureux que Martinoff, placé à la tête d'une escouade de Slaves qu'il avait amenés de Paris, et sur lesquels il exerçait de Tinfluence ; qu'Altwig qui fut investi des fonctions du caporal-fourrier, attaché au capitaine-major.
Grant n'eut d'autres amis qne les sergents français. Il s'était pris pour eux d'une affection très vive. Des êtres bien particuliers que ces sous-officiers d'Afrique ! Impitoyables sur les questions de discipline, criant, tempêtant^ sacrant et me-
naçant, pour la moindre peccadille, du poteau d'exécution et du conseil de guerre, la bêtise ou rimprévu d'une réplique les désarmaient. En dehors du service, ils se montraient bons garçons et de cœur excellent. Que de fois n'appelaient-ils pas, à Técart, des hommes de mauvaise volonté ou d'intelligence épaisse pour exposer aux premiers les dangers de leur conduite, et pour expliquer aux autres ce qu'ils n'entendaient pas ! Un des côtés les plus attachants de leur caractère était le respect qu'ils vouaient aux plus braves de leurs officiers ; la simplicité avec laquelle ils appréciaient toute espèce de supériorité ; mais il ne fallait pas que l'on mésestimât celle qu^ils avaient acquise eux-mêmes: course, adresse au tir, saut en longueur ou en hauteur, goinfrerie et beuverie, chance à la manille, et surtout donjuanisme ! Sur ce chapitre, un volume serait nécessaire pour raconter les exploits d*un seul d'entre eux. Certains, engagés à 18 ans, avaient gagné leurs galons en campagne ; beaucoup avaient été rétrogradés ; et le motif de leur malheur était, le plus souvent: The lamentable Thirst thaï was at the beginning of first causes^ comme le dit le Mulvaney de Kipling.
Cependant, deux compagnies du 118® territorial vinrent cantonner au château des Papes. On les installa dans la chapelle de Finfirmerie qui fut
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aloi^s transportée, avec le bureau du colonel et le Poste de Police, au Conservatoire: ancien hôtel de la Monnaie.
D'excellents rapports s'établirent entre territoriaux et légionnaires. Ils se rencontraient, quand il ne pleuvait pas, dans Tenclos des cuisines, aux heures des repas. Us comparaient leur menu, échangeaient, souvent, des morceaux de bœuf contre des morceaux de porc ; des haricots contre des pommes de terre ; quand il y avait du vin de rabiot, on se le partageait. Les territoriaux — tous du midi — étaient étonnés de se trouver, ainsi, en compagnie d'étrangers. Ils interrogeaient ceux qui parlaient français, sur leur pays, leur famille et leur métier. La haute taille des Russes et des Scandinaves les enthousiasmait :
— Pour être des gaillards, c*est des gaillards ! Ils disaient des Espagnols :
— Ils sont petits, mais ils sont secs et bons ! En écoutant les Belges narrer les malheurs de
leur patrie, ils hochaient la tête, s'attristaient :
— Les pauvres !
Tous, d'ailleurs, devaient se retrouver, un peu après, aux tranchées, en Champagne.
One légère entorse nécessita l'envoi de Grant à l'infirmerie. Il y entra sans déplaisir, se promettant
de faire plus ample connaissance avec Max Gourfinkel.
Il y avait, à Tinfirmerie, deux scribes grecs : un Cypriote et un Athénien. Le Cypriote appartenait à la police secrète du Caire ; l'Athénien était agent d'assurances. En qualité de compatriotes, ils se haïssaient férocement, ne se parlaient que pour le service, et encore ne pouvaient-ils s'empêcher de se traiter mutuellement de : « sale Grec ! »... Suivaient des injures proférées dans leur langue natale, et qu'il est impossible de traduire.
Le personnel était sous les ordres d'un Russe, Pierre Mitelman : cheveux noirs, rejetés en arrière et découvrant un front haut, large, bombé, sous lequel brillaient, durcis par des sourcils épais, toujours froncés, des yeux gris, inquiets, extrêmement mobiles. Un collier de barbe, des moustaches tombantes, des joues pâles et creuses achevaient de donner à sa face un air inspiré. Il parlait peu, soignait les malades avec passion. Certains de ses compatriotes le considéraient comme leur chef spirituel. Il les avait poussés à s'engager, et se tenait pour responsable de tout ce qui pouvait leur arriver. Il leur appartenait. Il avait mené l'existence de l'étudiant pauvre. Les événements de sa vie remarquable l'avaient contraint à quitter la Russie qu'il voulait libre. Il était, au moment de la mobilis9.tion, docteur en
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droit, pharmacien breveté des facultés de Paris, et commençait ses études de médecine.
Un jour, un de ses camarades lui demanda de traduire un diplôme sur lequel étaient énumérés tous les titres du Tzar. L'hilarité qu'excita, chez lui, cette lecture scandalisa, au plus haut point, Max Gourfinkel, qui déclara solennellement :
— L'Empereur a promis la liherté aux Polonais et aux Israélites. Je le vénère !
— Des mots... des mots, — protesta Miteiman. — Etudiez votre histoire !
— Je l'ai étudiée. Et je dis : Boje Tsara khrani ! comme un simple moujic. — La conversation se continua en russe. Max dit^ alors, en désignant les autres infirmiers: — Nous ne sommes pas polis, ces Messieurs ne comprennent pas !
— Vous êtes un rêveur, Gourf !
— Certainement, Monsieur Pierre Mitelman, puisque avant d'être étudiant en médecine, je suis romancier et poète !
A ce mot de poète, un homme se leva d'un lit sur lequel il était allongé, tout habillé. Dégingandé, le front à demi dénudé, le teint rose, le nez retroussé sur une moustache mal venue, l'ovale de la face encadrée par une barbe dure et clairsemée, il s'avança, d'une seule pièce, lentement, les lèvres pincées et ses yeux bleus démesurément ouverts par la stupeur.
— Si vous êtes poète, — fit-il d'une petite voix
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hachée et douce aux intonations anglaises et saxonnes, —-il faudranousréciteruue petite poésie! Ce sera très gentil. J'aim« beaucoup les petites poésies. J'ai un nom très poétique : Lindskoc ! Cela signifie : « Le tilleul des rossignols ! » Max le regarda ; puis :
— Vous êtes chauve, M. Lindskoc I
•^ Parce que je suis très intelligent ! Et n'estce pas pour imiter mon calvitie que vous passez votre tête au rasoir, Monsieur Max Gourfinkel ?
— Non, Monsieur Harald, c'est pour l'éviter!
— Oh I très bien*.* Merci.. « Maintenant je vais aller me promener. N'oubliez pas la petite poésie !
Harald Lindskoc était un docteur suédois, spécialisé : les massages. Il ne l'avait pas dit> au régiment, par crainte d'avoir à exercer ses talents sur des hommes. Quelques années auparavant, en massant une Américaine, il s'était .amouraché d'elle, et l^avait épousée. Mais elle s'était révélée d^une jalousie telle qu'il avait dû la quitter. Gomme elle parvenait toujours à le relancer, il s'était engagé dans la Légion^ affirmait-il avec une bouifonnerie savoureuse, afin de la dépister une fois pour toutes. Gourfinkel, qui ne lui parr donnait pas d'avoir attiré l'attention de ses cama^ rades sur sa tète rasée, lui dit :
«. «^ Gomment avez- vous pu inspirer une telle passion ?
^^ Mais tout naturellement, Monsieur ! Je suis
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très beau dans la vie civile. Je laisse pousser mes cheveux et les arrange de telle sorte que je dissimule fort bien mon calvitie , dont vous avez horreur, savez*vous ! Par contre, je rase mon barbe et mon moustache... Je me fais habiller à Londres, c'est beaucoup mieux... Et quand j'entre au café de Paris ou chez Maxim, avec mon frac impeccable^ un cigare à la bouche, le teint rouge et le monocle à Toeil, on muriûure : « Voilà un noble lord I » Et je n'ai plus rien d'un lord, aujourd'hui, n'est-ce pas, Monsieur Max !
— Absolument rien. Monsieur Harald !
— Tant mieux ! Mon femme ne me reconnaîtra pas, si elle me rencontre I
Tout ce monde était terrorisé par le médecinchef; charpente osseuse, figure intelligente, traits émaciés par quinze ans de colonies. Il en avait rapporté une santé délabrée : ce dont il souffrait fort lui-»mémè ; et une nervo&ité extrême : ce dont souffraient infiniment les autres. La fréquentation exclusive des troupes coloniales lui avait, en outre, permis de simplifier ses idées médicales. Pour lui, une bonne marohe guérissait les rhumatismes ; le cuir des brodequins possédait des vertus spé* ciales pour cicatriser les blessures des pieds ; etc..
Quand les docteurs de réserve qu'il avait sous ses ordres ordonnaient des remèdes autres que l'ipéca, le sulfate de soude, le bismuth ou la pilule d'opium, il s'écriait, hors de lui : « C'est de
la médecine civile ! Vous n'êtes pas payés pour soigner, mais pour conserver des effectifs ! » — Il était, avec cela, très habile chirurgien. Quand son personnel d'infirmiers fut au complet, il le rassembla :
— Il n'y a pas d'infirmiers, ici ! Il n'y a que des Légionnaires ! Vous n'êtes que des Légionnaires ! Chacun de vous est affecté à une compagnie, à une escouade. Vous irez aux marches, aux exercices, au tir ! A vos devoirs de soldats s'ajouteront vos devoirs d'infirmiers. Ce ne sera pas une sinécure ! Vous aurez du travail ! Comptez sur moi !
Il tint parole. Il exigea que les portes, les vitres et les boiseries des fenêtres, les carreaux du parquet des salles (6 salles, 75 lits) fussent d'une propreté parfaite, à toute heure du jour : ce qui était logique. Mais on n'avait rien pour nettoyer, ni balais, ni torchons, ni seaux... il fallait se débrouiller ! Et on se débrouilla en achetant le tout, au bazar, en secret.
Un après-midi, le major est appelé auprès d'un malade. Il entre dans la chambre, se précipite vers une fenêtre, pose sa main sur la vitre, remarque à i'extrémité de son index des traces de poussière, s'écrie :
— Cette fenêtre n'a pas été frottée !
Il redescend, furieux, oublie le malade^ annonce à ses hommes que, dorénavant, chaque carreau de propreté suspecte représentera un jour de prison.
Il pénètre, alors, dans la pharmacie où, dans un coin, Ignace tremblait de tous ses membres.
— La porte de votre boutique est salé. Elle est même d^oûtante!
— Je l'ai lavée, Monsieur le Major !
— Vous mentez !
— Je vous donne ma parole d'honneur...
— Que voulez- vous donc que j'en foute, de votre parole d'honneur I En tenue, et venez !
Ignace crut sa dernière heure venue. Il obéit, murmurant : « Je suis perdu 1 C'est la fin ! » — Sur la place, le Major monte à cheval :
— Suivez-moi !
Ignace suivit, au pas d'abord. Puis le major met son cheval au trot. Ignace suit au pas de gymnastique. Le major saute à terre, lance la bride de son cheval à Ignace, bondit dans un magasin, en ressort avec des paquets dont il charge le malheureux qui reprend sa course» au pas de gymnastique, les bras embarrassés, suant et haletant.
Une heure après, il était de retour, mort de fatigue. Il raconta son raid à travers la ville ; et conclut :
— Au lieu de me remercier, de s'excuser de m^avoir fait courir comme un dératé et porter des paquets comme un larbin^ savez-vous ce que m'a dit le major? Non! Il m'a dit: « Vous avez tenu mon cheval comme un cochon ! »
Evidemment pour un élève de Bergson I....
Il acheta, le soir même, du savon noir pour nettoyer la porte de sa pharmacie. Il en usa tant et si bien qu'il en enleva la peinture. Il s'écria, une fois encore : « Je suis perdu I »... — Il se procura chez un quincailler^ une plaque en émail blanc, sur laquelle se lisait en belles lettres noires: « Pbarm^,cie )>, et la vissa contre la tache faite par le savon noir.
— Heureusement^ heureusement, mon cher, — dit Lindskoc, — que la tache est au milieu du panneau ! Sans cela vous étiez perdu I
— Ne plaisantez pas ! — supplia Ignace. — Ma situation est tragique ! De jour en jour plus tragique!
Il acheta, clandestinement encore, une brosse à parquet, un frottoir, des balais, des torchons pour « fourbir sa boutique », et il acheta aussi des médicaments, pour n'avoir rien à demander au major. Ce dernier parti, il retrouvait son intelligence, discutait, avec passion, très à son aise dans un monde qui n'avait que de très lointains rapports avec le monde militaire ; le nombre et la diversité des citations qui appuyaient ses moindres arguments dénotaient son immense lecture; sa courtoisie dans la dispute était extrême» et son respect et sa terreur des galons demeu* raient tels, qu'il saluait militairement et s'excu** sait, quand il était en contradiction avec le mé**
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decin auxiliaire Ghazal^ jeune docteur de 23 ans, ex-interne des hôpitaux de Lyon, surpris d'abord, puis très amusé de se trouver incorporé à la Légion. Il venait, chaque après-midi, causer, une heure ou deux, de médecine ou de philosophie, avec Mitelman, Gourfinkel et Lindskoc.