‹ En campagne avec la Légion étrangèreChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

tranchées. — Etude compaj'ée de diverses s de boue. — Le nègre Toto vaine. — Paysage, lo-witch et Puriottî. — Les^ Lapins. — Ren-

au petit jour. — Bouzy. — M. Denffère. —

minuit, quand les compagnies se rassemla pluie,, qui tombait sans arrêt depuis irs, cessa brusquement.

1 a de la veine !

coups de sifflet : en marche ! La nuit est at noire, la brume tellement basse que l'on ngue ni la route, ni le rang qui précède.

On n'entend que le flac flac des brodems la boue, le cliquetis des armes et des ns, le bruit de pièces d'argentremuées que ns 1 eurs cai&sons portés par des mulets, Duchés des mitrailleuses. Par instant, un allume sa lampe électrique. Puis, de nou- Bst la nuit. Les masses des arbres, à peine îs de Fombre, se dressent, comme sortant i, pour regarder défiler les hommes. On me côte ; et c'est la pause. On ne sait où les sacs : trop de boue.

AUX TRAIS CHÉESj( EN CHAMPAGNE 1A«3

En avant ! Les yeux se sont habitués à Tobscurite. On reconnaît le paysage. Voici la maison forestière, la sentinelle :

— Bonsoir^ les- gars !

— Bonsoir, vieux!

Les arrêts sont fréquents. Des voitures de ra-* vitaillement, des cyclistes, des automol^iles descendent vers Epernay ; ksconducteurs demandent :

— Quel régiment ?

— 1®'" Étranger.

— Quel bataillon ?

Sur son petit cheval blanc,, le capitaine Junot va et vient. Il ne veut pas de traînards. Et il n'y^n a pas. On rouspète, mais c'est contre la boue, et cokutre la destinée qui fait aller aux trancliées quinze jours avant la NoëL

— Pour un nom de Dieu de Noël que l'on va passer, ce sera un nom de Dieu de Noël !

— A moins^ cependant, que Ton soit relevé dans une semaine, alors ce sera la D^ et ta D^ qui passeront le nom de Dieu de Noël...

— Mais alors nous passerons un sacré jour de ran!

— Silence L

Nul ne sait où il est. Une pente rapide : la grand'rue d'un village. Plus de boue : des cailloux sur lesquels grincent les clous des semelles. Ijq village a Tair abandonné : fenêtres, devantures

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et portes closes ; dans des murs, d'énorme^ trous noirs aux bords dentelés ; quelques ruines.

— Bon ! Voilà qu'il flotte, maintenant !

Effectivement, il pleut. La rue pavée donme, par un coude brusque, sur la route de Châlona. Une bise glaciale. A droite, un projecteur s'allume, semble-t-il. Sa clarté vacille, puis s'éteint. Un autre s'allume encore ; puis un autre. Ce sont des fusées éclairantes. Les nôtres? les leurs? on rignore. Peu à peu, le vent souffle en tempête, et rend la marche pénible. La bourrasque jette des paquets de pluie à la face des hommes et les aveugle. Cette pluie, cassée en gouttes dures comme des graviers, vient de gros nuages noiïs et bas. Les capotes, — les bonnes vieilles capotes bleu-foncé qui se fermaient à double épaisseur sur la poitrine, — ne résistent pas à ce déluge et sont transpercées. Tout le monde claque des dents. Changement de direction, à droite, vers la ligne d'où s'élèvent les fusées. Cinq heures que l'on patauge ! Y en a- t-il pour longtemps? La boue change de qualité. Ce n'est plus la boue liquide, blanchâtre de la route, mais la boue compacte des sentiers, la boue argileuse. Chaque pas coûte un ell'ort. Une agglomération de formes étranges surgît de l'ombre ; un village. Pas une demeure n'est intacte. Dans les hangars remplis de paille, des brasiers rougeoient ; des hommes cantonnent là. Les rafales arrachent des tuiles aux toits crevés.

Des charpentes montrent leurs poutres et leurs chevrons. Un rideau d arbres et de buissons artificiels masque les mouvements des troupes. A Tamgle d'un mur, abritée par un battant de porte, le torse pris dans une peau de mouton, une sentinelle.

— Où est-on, vieux ?

Un nom de village.

— Ça tape dur, hein, vieux, par ici?

— Peuh!...

— Les vaches !

Et c'est bien la 100® fois que ce petit dialogue s'échange. On tourne dans les rues défoncées par lartillerie. A chaque moment un: « Nom de Dieu ! » — (ou l'équivalent en russe ou en espagnol) — retentit : c'est un soldat qu'un faux pas a fait tomber dans un trou d'obus comblé par la boue ou par Teau. Des murailles à demi effondrées, des machines agricoles affectent des formes de monstres.

— Si c'est pas malheureux de voir ça !

On regarde cette désolation. La pluie fait rage. Le village dépassé, longue halte, sous la tourmente. Puis, les compagnies se déploient en tirailleurs et coupent à travers champs. La boue a, maintenant, la puissance d'un élément. La boue des routes, celle des sentiers sous les bois ne sont rien, comparées à la boue des terres autrefois cultivées. On enfonce lentement, sûrement;

iQ& EN CAMPAGJVE AVEC LA LÉGION ÉTRANGÈRE

quand ou retire uu pied pour le porter ea avant, on n'a pas renconitré le terrain solide. Une heuce de cette gymnastique : halte auprès d'un bouquet d'arlwes. frêles. SoudAin^ quatre lueurs rouges suivies par quatre détonations rameuses,, déchi* rantes ! C'est une batterie de 90 qui sonne matines. Quelques secondes après^ nouvelle rafale, puis un cri :

— Ze souis toussé !

Un homme, en glissant dans un trou, a haurté avec le canon de son fusil un Légionnaire sénégalais. Le nègre perd l'équilibre, s'affole^ se eroit blessé et hurle :

— Môissieu Mazor ! Môssiieu Mazor !

Les camarades le remettent sur ses jambes»

L'incident s'explique. Le nègre éclate de rire:

— Zé cru que Toiovaine, l'était mort !

— Silence ! — ordonnent les chefs de sections. U faut savoÎB ce que sont devenues Les voituxeâ^.

Si elles ont suivi à travers champs^ ce sera du propre ! Mais, on les entend rouler sur la route. On entend aussi le flou,, flou^ flou des balles à bout de coursa.

Devant las com^pagnies, une masse noire sfa* vance: le bataillon relevé. Dix minutes de marche et on saute dans un boyau, tranchée de deuxième ligne que doit occuper la. D^ ; la liV monte en première ligne.

Ceux c|ui ne sodoit pas de eorvée envahissent les

abris ; et sans un. poil de sec, éreîntés par huit heures de marche en pleine boue, les épaules sciée& par les courroies des sacs qu'ils n'ont pas quittés,, les hommes s'entassent, les uns sur les autres et s'endorment..

— Debout ! là-dedans ! Vous vous croyez donc en villégiature au Riviéra Palace !

Le jour se lève à travers une brume légère. Les corbeaux croassent. De la banquette de tir on découvre le paysage. Face à l'ennemi^ un réseau de fils de fer ; puis un champ de betteraves ; puis une route — la route de Cambrai — le long de la route bordée d'arbres dont le plus grand nombre est cassé, six bâtisses démolies : les dépendances de la ferme desMarq... oùsontinstallés^dans des caves.» les téléphonistes» le poste de secours, et le com^ mandant du sous-secteur. Les fossé» de la route balayée par la mousqueterie sont transformés en boyaux menanl à un autre système de défense ; devant les six bâtisses délabrées, s'étend un nouveau champ ; puis les tranchées de premère lig^e ; plus loin^ les hauteurs occupées parles Allemands^ — Leur tournant le dos, on aperçoit les champs boueux traversés à l'aube ; trois énormes geibes de blé en gerhe^s ; et, derrière elles^ les ruines du village de Pru.., centre du secteur. A droite etàgjauehe du village,, des bois où soat défilées Les batteries.. Deux couches nettement séparées composent le terrain. La première,, épaisse de 80 centimètres,

est en terre qui servait, jadis, céréales, et qui, aujourd'hui, i seconde couche est crayeuse e1 explique pourquoi le fond des vement propre. Mais il faut les profondir. On distribue aux se armes du fantassin : la pelle

Et Tartillerie commence soi Les Allemands bombardent, tranchées, les fermes, les tailli routes. Dès les premières sj lâchent leurs outils et regard( Nos canons riposteut. Sur la projectiles filent et se croisent sonores de quelque gigantesq ainsi jusqu'à la tombée de la sillade crépite jusqu'à Taube.

Pas d'autre divertissement, que les corvées (transport de de rouleaux de fils de fer, de vi et la visite des aéroplanes. < montre un taube ou un aviat tit:

— Tout le monde dedans !

Les hommes obéissent, m peu après, afin de suivre les les évolutions des appareils a blancs des shrapnells.

A la boue, à la pluie, s'a

fléau : les rats. D'admirables mulots, parfaitement apprivoisés et gros. Les gerbes de blé placées sur les rondins qui forment le toit des abris,' les fromages, les boules de pain, les cuirs graissés des équipements les nourrissent. Ils veulent même goûter à la chair humaine, et mordillent le nez et les oreilles des dormeurs.

La D^ possède deux phénomènes : l'un Italien, l'autre Russe. L'Italien, Furlotti, ouvrier mécanicien domicilié à Paris depuis de nombreuses années, est surnommé Paschino ; le Russe, Midowitch, cordonnier, également domicilié à Paris, est surnommé, par ses compatriotes, Pétrouchka. Chacun, selon sa race, représente un type de bouffon.

. Midowitch est doué d'une merveilleuse voix de basse et du talent d'imitation. Il improvise, en outre, inspiré par les événements du jour, des farces dont il tient tous les rôles. Les jeux de sa physionomie, les sons inattendus qu'il tire de sa gorge, ses gestes, ses contorsions, l'esprit de ses remarques sur les uns et les autres, sa façon de mêler le russe au français et l'espagnol à l'italien, donnent à ses inventions un irrésistible comique. Ses traits rappellent exactement ceux du masque classique du Dante. Il en est fier, car on lui a

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appris qui était le Dante. Quand le sergent Charles, exaspéré par le manque de sommeil et les difficultés du service, le traite de « ballot », Midoivitch contracte sa face et réplique :

— Moi pas ballot, sergent ! Moi le Dante !

Et le regard effaré, la bouche tordue, les mains crispées, il scande sur un mode tragique, et en leur imprimant un rythme de mélopée, des séries d'injures italiennes et espagnoles. Il renouvela ses facéties en toute occasion, jusqu'au jour où il se fit bravement tuer à Neuville-Saint-Vaast, son Le bel en bandoulière, son poignard deiranchée à la ceinture et ses grenades à la main.

Furlotti divertissait par des procédés différents. Il se contentait de raconter ses aventures amoureuses et celles de ses maîtresses. Il apportait dans le récit de ses invraisemblables exploits l'entrain d'un Casanova de bastringue et d'atelier, le cynysme d'un Faublas de bistro. Nul doute qu'il ri*inventât bon nombre de ses histoires, mais alors îlfallait lui reconnaître de l'imagination. Ses fanfaronnades l'obligeaient à être téméraire, et il l'était. En plein bombardement, trompant la surveillance, au mépris des ordres, il sortait hors tic la tranchée, rampait en terrain découvert, déterrait des fusées ou des obus non éclatés.

Un matin, comme Fartillerie allemande tapait av«c plus de violence que de coutume sur les batteries cachées dans les bois, il s'échappa, des four-

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rés, quantité de lapins affolés. SoTMlaîn, an miifeti des cliamps apparaît Fnrlotti qui, armé d'un gourdin, en assomme une dizaine. Furlotti choisit les quatre plus beaux, et les offre triomphalement aut^apitaine Junot qui lui ^>ctroîe, à son grand regret, quatre jours de prison.

— Alors, est-ce que j'emporte les lapins, mon capitaine ? Vous ne faites pas Thonneur de les accepter au pauvre Furlotti, qui a exposé sa Tie poFur les tuer et qui va aller en prison pour la première fois 1

— Laisse là tes lapins, et fous-moi le camp !

— Ça veut dire que Furlotti ne sera pas bouclé, — murmura-t-il assez haut pour être entendu par le capitaine.

De punition^ il ne fut plus parlé.

Au rapport : « Les Compagnies D^ et 0* relèveront^ à 6 h. du matiny les compagnies D^ et D^ qui iront cantonner à Bou... »

Plus que 24 heures à passer sous la terre î Et la pluie se met à tomber. Une pluie telle que personne ne s'aventure dans les boyaux, véritables ruisseaux de boue, quî^ lentement, s'écoulent dans les abris. L'interminable journée 1 Gomme des tranchées à Bou..., il y a 33 k., on essaye de dormir.

A minuit, un craquement lugubre et des cris.

Un tiers de la cagna s'effondre, ensevelissant Grrant et huit hommes : pas moyen de remuer.

Par une telle obscurité, sous une telle averse, il

n'est pas commode de les dégager. Un madrier, un rondin déplacés mal à propos peuvent amener un nouvel éboulement. La lampe électrique du lieutenant simplifie la besogne. Tout le monde est sauvé. Rien de cassé. Simplement quelques douleurs de nuque ; quelques bourdonnements d'oreilles. Personne ne cherche à le nier : on aeu très peur. Etre réveillé par le coup de massue de quelques mètres cubes de boue épaisse qui lui aégringolent sur le crâne et les jambes est une impression que rhomme, eu égard pour les conditions normales de sa vie, est excusable de ne point trouver naturelle et plaisante.

Le lendemain, la relève s'opérait, sous la pluie.

Sur le bord d'un sentier, dans le petit jour, une ombre se dresse. Grant reconnaît Gourfinkel et s'avance vers lui :

— Eh bien, mon vieux Max ?

— J'ai perdu ma compagnie.

— Droit devant vous, à travers champs.

— Dans cette boue !

— Avez-vous peur de vous salir ?

Il s'examine : ses brodequins, ses molletières, les pans de sa capote sont en terre blanchâtre.

— Nous ne passerons pas Noël ensemble, mon cher Grant. Nous ne serons jamais plus ensemble ! A propos, j'ai reçu de la part de votre femme un colis pour Noël. Je vais lui écrire ; mais dites-lui bien que ce présent a arraché des larmes aux yeux

de Max Gourfinkel. Il y avait dans ce colis le drapeau russe et des souhaits de bonheur en russe ! Au revoir, Grant... Mais dites-moi quels sont ces petits bruits que nous entendons...

— Des balles, des balles perdues.

— Tiens, c'est comme un bruit d'aile d'oiseau jiocture, ne trouvez-vous pas ?

Ils se quittèrent. Grant se retourna et, pendant quelques secondes, suivit des yeux la silhouette du doux rêveur Max Gourfinkel, pataugeant vers les tranchées.

- Etre en plein air, avec l'espace libre devant et derrière soi, à sa droite comme à sa gauche, après dix jours de circulation dans les boyaux, quelle ivresse ! On avance sur des routes inondées, sous une pluie battante, qu'importe! Le bruit du canon décroît peu à peu. Bientôt, c'est le silence de la campagne. Les hommes chantent, marchent sans fie presser^ courbés sous le poids des sacs et des vêtements que l'eau alourdit, appuyés sur de hauts bâtons. Encadrés par les passe-montagnes, les visages apparaissent noircis par la crasse et les barbes longues. La boue botte les jambes. L'étrange défilé I Les bidons et les musettes sont vides : on fume. Enfin, c'est Bouz... !

— Bouz... ! C'est le rêve !

LÉOIOH ÉTRAKOÀfiK 8

Les hommes cantonnent dans de vastes constructions bâties pour les vendangeurs, lis dorment sur des bas-flancs garnis de paillasses ; mangent dans des réfectoires assis sur des chaises, des tables devant eux ; ils se lavent dans des lavabos où Teau abonde. Des douches sont vivement installées, les capotes, molletières, brodequins grattés au couteau ; et, le lendemain, erraient dans les rues de Bouz... des Légionnaires en uniformes propres, barbes rasées, moustaches taillées et brodequins cirés.

Tout à coup, la température baisse. Plus de nuages. Ciel bleu ; dix degrés sous zéro. La boue est gelée. L'annonce d'une marche de bataillon est accueillie avec joie. On marche avec plaisir, avec entrain. La Marne est traversée sur des passerelles improvisées, à côté des ponts détruits. Puis, sauf les corvées indispensables, repos absolu ; pas de peloton de punis. A la moustache dn commandant, on voit qu'il est satisfait. Il sait que bon nombre de ses hommes ont une «chambre en ville » ; comme le service n'en souffre pas, il ferme les yeux.

M. Demière, gérant d'une maison de vins de Champagne, offre à M. ChazaI, à Grant et à Mitelman les chambres qu'il a déjà mises à la disposî^ tion de Lindskoc et de Gourfinkel. Ce dernier, pendant son séjour à Bouz..., a raconté aux petits Demière de surprenantes histoires de lutins et de fées.

C'est chez M. Dernière que se célébrera la Noël 1 II ira à Epemay en voiture, et achètera des huîtres, des poulardes et des pâtés.

Dans une ruelle, deux hommes se promènent tristement, alors que tous leurs camarades sont au café. Ce sont deux Cosaques brancardiers.

M. Ghazal les aborde :

— Que faites-vous là ?

D'abord, ils ne répondent pas, puis :

-^ Rien, Monsieur le major.

Et le médecin-auxiliaire comprend pourquoi ils ne « font rien » ; il sort un billet de 20 francs de son portefeuille et le leur tend :

— Il faut boire la veille de Noël... il faut être gai..:, ne pas avoir le cafard !

Ils hésitent, mais acceptent enfin.

— Nous avons tout dépensé, nous ne recevons rien de Russie.... ni lettres, ni argent...

— Et vous restez là, au lieu de m'en demander...

' — Nous n'osons pas. Monsieur le major !

— Allons, bonnes fêtes, Cosaques !

Ils répcmdent par une phrase russe.

Comme il fait bon et sympathique, chez les Dernière, dans cette vaste pièce qui sert à la fois de cuisine et de salle à manger ! Autour de la table, le « patron », sa femme et ses trois

CT^fants ; le médecin-auxiliaire ; Grant ; Mitleman ; I^aurent, un planteur javanais, venu du Pacifique en France, pour s'engager ! Blondell, un Suédois Pendant que Ton gobe les huitres, on voit tourner, sur la cuisinière de fonte ornée de cuivres scintillants, les poulardes dorées et qui embaument. M. Dernière parle de la guerre. C'est à lui que les Prussiens se sont adressés, pendant Toccupav tien de Bouz...

Après le rf»pas : messe de minuit. Ciel pur, belle luTîe ciaire... et aux carillons des cloches se mêlent les détonations lointaines et sourdes de la grosse artillerie. Par un temps aussi lumineux il serait criminel de laisser dormir les Bavarois. L'église est pleine. Civils et militaires chantent les bons vieux cantiques de Noël ! C'est évidemment très beau, très touchant ; mais cela ne vaut rien de s'attendrir :

— Ça fout le cafard. On pense à la famille !

Au cantonnement, fort heureusement, on retrouve la gaîté — la gaîté de guerre — un instant chassée par une descente dans les régions secrètes du cœur.

— Tendez vos quarts, les gars ! Approvisionnez ! Demain c'est encore fête !

Le lendemain, il y a un nouveau convive à la table de M. Dernière : la femme du légionnaire Blondell. Elégante et charmante, elle arrive de Paris, munie d'un passeport très en règle. Poui

être plus tranquille, elle revêt un costume à demi-paysan, et ce déguisement la rend plus délicieuse encore. Mais 24 heures sont bien vite passées ! Demain, on retourne aux tranchées. Il est dit au rapport que les hommes seront « allégés » ; moins de cartouches, moins de vivresde réserve ; les voitures porteront les couvertures et les toiles de tente. Pas de doute, le grand coup ne peut tarder. Et c*est dans cet espoir qne Ton reprend le chemin du secteur. 11 ne pleut pas; le vent souffle. On amène un chien pour chasser les rats !

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