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LES ORDONNANCES

Les impressions bien différentes que produisent des états-majors suprêmes ainsi composés, le génie

particulier de

“ 7 H Meissonier est

. , j très propre à les faire valoir.

R egard ons maintenant les Or don nances .

Cette page nous montre tels qu’ils étaient les fameux hussards de la première République, d’où sont sortis Nev, Pajol, Lasalle, Colbert, Curély et tous ces glorieux sabreurs dont l’intrépidité n’a jamais été surpassée. Ces hussards ont suivi leur général et son aide de camp dans une visite chez une grosse légume , une autorité prépondérante , et tiennent en main leurs chevaux.

Quels hommes superbes et pleins du sentiment de leur valeur ! Le hussard d’alors fut l’adoration de nos a rrière-gran d’mères et l’épouvante de leurs maris. Pendant un demi-siècle, le hussard sut réunir

MEISSONIER. — une sentinelle.

sous sa veste écla¬

tante le double

type du séducteur irrésistible et du soldat d’avant-garde ne connaissant pas plus d’obstacles sous un balcon que sur un champ de bataille. La poésie, la peinture réunissaient leurs efforts poui chantei les exploits variés de ces héros, enfants de Vénus et de Mars — comme on disait alors et poui lesquels les Grâces et Bellone tressaient des couronnes de myrte et de laurier.

Le schako àbanderolle des deux cavaliers et l’uniforme du fantassin avec lequel ils causent indiquent la fin du Directoire. Alors un hussard était vissé sur sa selle et ne rentrait dans la vie civile que si le coup qui le démontait ne le tuait pas tout à fait. Les couleurs voyantes de sa pelisse ou de son dolman , sa grosse queue en catogan étaient des titres de noblesse. Les vieux régiments de l’arme : Berchény, Cliamborant, Lauzun se glorifiaient encore des noms de leurs fondateurs.

Ali! le Cliamborant, l’ancien 2% avec sa pelisse marron galonnée de blanc et sa culotte bleu céleste, en a-t-il fait de beaux coups de sabre et de malheureuses .

Son uniforme légendaire, qui disparut en 1 8 1 G pour reparaître en i84o et sombrer définitivement en 1870, est le plus populaire de notre ancienne armée.

Sous la première République et sous l’Empire, il y eut jusqu’ à quatorze régiments

de husssards. Il y en avait des bleu national, des bleu céleste, des rouge écarlate, des verts, des blancs et des gris; il y en avait eu des noirs. Quelques-uns portaient la pelisse d’une couleur différente de celle du dolman. La hongroise variait également, et chacun de ces régiments se croyait et se disait le plus beau et le plus vaillant et tenait à le prouver aux belles et à l’ennemi.

MEISSONIER. — chasseur en vedette.

Meissonier les a peints avec des airs de soldats heureux et fiers de développer leurs splendeurs devant l'humble fantassin qui a traîné ses guêtres en Allemagne, en Hollande, en Suisse, en Italie. Oh! il n’a pas d’illusions sur le cavalier, celui-là, et tout en lui conservant son estime, il a l’air de lui dire :

« Cause toujours, mon vieux, tu m’instruis; mais un cavalier, sache-le, c’est un cheval — avec un « homme dessus; taudis que le grenadier, c’est un homme; on ne le démonte pas, lui; il marche « toujours. »

Les deux types du fantassin de bataille et du cavalier léger, les symboles militaires de la Révolution avec l’artilleur à cheval, nous les retrouvons séparés dans une Sentinelle et la Vedette. Un peintre, et surtout un peintre d’histoire militaire, lorsqu’il ne s’attaque pas à un personnage ou à un fait connus, doit rechercher tout ce qui peut donner à la figure qu’il traite son caractère et son époque. Le fantassin de la République c’est le sergent Fricasse dont Lorédan Larchey a publié le Journal de marches; c’est un ouvrier, un paysan ou un jeune bourgeois, résolu à payer à la patrie, même de son sang, la liberté et l’égalité quelle vient de lui donner. Il marche délibérément, avec aisance; plein de force et de santé, il fait un bon service militaire jusqu’au moment où, la France n’ayant plus besoin de son bras, il rentrera chez lui se marier, s’établir et faire souche de bons citoyens. Ne me parlez, ni de l’agitateur de l’armée révolutionnaire que Carrier entraîne à Nantes, ni du soudard qui s embuscade sur les derrières, rançonnant les cabarets et les filles. Le soldat républicain est un brave cœur, un peu naïf, payant au premier coup de fusil le tribut naturel à la peur surtout à la peur d’avoir peur. Ce bon Français, je le retrouve dans ce soldat en faction sous un soleil mitraillant.

Le chasseur à cheval n’est pas un candide; je me demande même quel butin illégitime il a caché sous son avant-main pour l’élever si haut; c’est le donneur de coups de sabre, le chercheur d’aventures. Hussard de cœur et même de costume, la République l’a classé chasseur. Pourquoi? — on n’en sait rien, — de même qu’on ignore aujourd’hui pourquoi il y a des chasseurs et des hussards. Mais enfin il est chasseur et ne cédera à personne une part des horions qu’il destine à l’ennemi. Peut-être meme est-ce un fils des croises, un noble qui cache sous un nom d’emprunt ses titres et son blason et qui sert bien la patrie, tandis que les anciens de sa famille émigrent. Hélas! ils ont prêté serment de fidélité au Roi, et la République a renversé le Roi; or sur les lèvres d’un homme de cœur il n’y a pas place pour deux serments.

Telle fut l’histoire de Tardif Pommeroux de Bordesoulle. Engagé au 20 régiment en 1792, le chasseur Tardif éblouissait son escadron par son élan et sa valeur; toujours le premier à la bataille, il devint célèbre par ses citations à l’ordre du jour sous ce modeste nom de Tardif; dès qu’il fut sous-lieutenant, il laissa paraître le bout de Pommeroux. Et ce ne fut qu’après avoir passé chef d’escadron que, pour régulariser sa nomination au grade d’officier de la Légion d honneur 011 s aperçut, en 1804, que son extrait de baptême portait trois noms. Comme il était trop tard pour lui appliquer le décret de 1793, bannissant de l’armée les ex-prêtres et les ex-nobles, l’empereur le fit colonel. 11 est mort général. Ce ci-devant fut un des meilleurs soldats de la République.

Je passe deux compositions de M. Berne-Bellecour et d’Horace Vernet, auxquelles je reviendrai tout à l’heure — pour joindre à ces quatre œuvres de Meissonier son 1814, un joyau hors de page et que nous avons placé hors texte.

Napoléon, en 1 8 1 4? — ce n’est plus désormais le grand Empereur, c’est presque déjà le grand vaincu déploya dans cette campagne, au dire des gens qui s’y connaissent, un génie et une activité militaire indiscutables. Toute l’Europe en armes s’était levée contre lui. Les rois étrangers se cotisaient pour rendre a la France ses rois légitimes et effacer le plus possible les traces de notre grande et immortelle Révolution. Les soldats de Napoléon pendant cette campagne se battaient donc beaucoup plus pour la France que pour lui. Pourquoi donc s’étonner que le grand mangeur d’hommes ait trouvé jusqu a la fin de son règne, et même au delà, des gens prêts à se faire tuer? Si le mot Liberté n était pas écrit sur son drapeau, on lisait les mots : Ancien régime sur celui de l’ennemi. Or les paysans, devenus propriétaires de biens nationaux, craignaient que leurs anciens seigneurs, avec l’aide de l’étranger, 11e vinssent les reprendre; les soldats devenus maréchaux, princes, rois, n’étaient pas non plus bien assurés que leurs grades, leurs honneurs

et leurs richesses seraient reconnus par les descendants de saint Louis. Lorsque Napoléon, chevauchant a travers les campagnes sillonnées par ses derniers bataillons, rencontrait le vrai peuple, le peuple qui travaille et le peuple qui se bat, il entendait sortir des poitrines le cri désespéré : « Vive 1 Empereur! » Les vétérans l’appelaient leur général; les paysans disaient : Bonaparte, tout court; mais tous s’entendaient pour voir en lui le dernier reflet de l’indépendance et de la gloire nationale, la dernière espérance de l’égalité démocratique et militaire. Alors qu’on était sur le point de perdre les derniers débris de nos premières et chères conquêtes, on oubliait tout, et la défaite récente et la liberté en deuil, pour ne se souvenir que de son génie. Son génie qui pouvait encore tout sauver, du moins on le croyait.

C’est Napoléon, le front chargé de toutes ces responsabilités, cherchant, sous les rigueurs du climat et dans les tumultes de sa pensée, l’éclair de génie qui doit relever lui et la France, qu’a peint Meissonier. Ses derniers fidèles, silencieux comme les confidents et les gardes des tragédies antiques, le suivent : Ney, d’abord, puis Berthier, Flahaut, Drouot, Gourgaud. A quoi songent-ils? Est-ce à la France ? Est-ce à leur fortune? En i8i5, au retour de File d’Elbe, les rangs seront encore plus clairsemés. On aura fait l’expérience que les Bourbons n’ont rien à refuser à ceux des amis de Napoléon et de la Révolution qui offrent de les renier et de les trahir. Jamais artiste n’a été mieux inspiré que Meissonier peignant 1 8 1 4- C’est bien là le Napoléon de Montereau et des adieux de Fontainebleau,

Napoléon marchant à pas lents vers la postérité et l’histoire.

Rentrons maintenant pour un instant, avec M. Berne-Bellecour, dans l’armée actuelle. En tirailleurs , avec la date de 1878, nous représente une excellente étude de chasseurs à pied faisant le coup de feu dans une tranchée-abri. Il n’y a pas là de drame, il n’y a peut-être pas de pensée, car l’ennemi est absent; on doute même qu il y en ait un, car la curiosité des tirailleurs regardant par dessus

BERNE-BELLECOUR. — en tirailleurs.

l’obstacle qui les protège, n’éveille dans l’esprit aucune inquiétude. Mais que cela est charmant ; tout jusqu’au feu allumé dans la tranchée et dont la fumée, si cela était sérieux, éveillerait l’attention de l’ennemi; or cela est convenu, il n’y a pas d’ennemis; nous sommes en pleines grandes manœuvres, quoique la saison soit bien avancée et que la chute des feuilles absolument accomplie indique l’arrière-automne. Sans doute, il serait difficile de mieux poser de gentils soldats; mais un peu d’action ne nuirait pas au milieu de ces deux hommes, quand ce ne serait que pour faire jaser les spectateurs qui les admirent.

H. VERNET. — le bagage d’iiorace vernet.

Horace Vernet et notre vieil ami H. Bellangé vont tout de suite donner la réplique aux peintres de la jeune école. Je ne nie pas que Bellangé et Vernet soient du vieux jeu et qu’en pensant qu’un soldat habilement dessiné et peint ne suffirait pas au régal des yeux, ils auguraient mal de l’esprit du public. Làdessus il y a un procès interminable que je jugerai en donnant une écaille à l’ancienne, et une à la nouvelle école, tandis que j’adjugerai le prix à Détaillé, à Meissonier et à Neuville.

C’est un drame en effet que cette lutte du tringlot et de son mulet. Tombera-t-il, ne tombera-t-il pas dans le ravin, cet intéressant animal? Je n’en sais rien, mais il me rappelle que la terre africaine fut en quelque sorte le domaine d’Horace Vernet; il s’y promenait en souverain, fêté par les généraux, acclamé

par les troupes, si bien qu’il croyait y jouer un rôle effectif. Revêtu d’un uniforme de colonel de la garde nationale, il suivait les expéditions, et sans doute ce mulet, porteur de cantines où son nom est peint en grosses lettres, était son mulet à lui. Or, ce mulet, cet animal modeste, au pied sûr, est le véritable conquérant de 1 Algérie. Philippe de Macédoine — un grand roi qui eut la chance de trouver dans son fils un successeur digne de lui — disait qu’une place était prise quand on pouvait y faire entrer un mulet chargé d’or. Rugeaud, notre grand Africain, affirmait que, partout où il pouvait faire grimper un bouricot , un

bataillon devait suivre. Renchérissant encore sur l’importance du quadupède qu’il tire par la figure, le tringlot l’appelle « un Ministre » , parce qu’il est chargé des a flaires de

. " l’État. Ne

nous étonnons donc point que le

BELLANGÉ. — arrière-garde protégeant un convoi.

peintre des troupiers d’Afrique ait consacré une jolie toile à la gloire de celui qui nourrissait l’armée.

Arrière-garde protégeant un convoi. Nous sommes en Espagne, le convoi file dans la montagne, quelques pelotons de grenadiers à pied de la vieille garde arrêtent, par un feu de deux rangs à volonté, le dernier et violent effort de l’armée espagnole. Les vieux grognards déchirent la cartouche avec autant de sang-froid qu’à l’exercice. On reconnaît en eux ces vieilles troupes qui ne voient dans le danger qu’une consigne et dans la mort qu’un simple échange du mot d’ordre avec le mot de ralliement. Aujourd’hui ce serait folie à un bataillon de se mettre en cible comme le font les grenadiers de Bellangé; mais alors, avec les mauvais fusils dont on disposait, l’énergie et le moral d’une troupe exerçaient une grande influence. Défier la mort, c’était souvent la faire passer dans les rangs de l’ennemi, et les vieux soldats le savaient. Parleur exemple,

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