BONAPARTE EN ÉGYPTE
des Dromadaires. Le fond est exquis ; il y a un petit bataillon de carabiniers d’infanterie légère devant lequel l’amateur le plus difficile se mettrait à genoux. Pourquoi donc le public — notre maître à tous — est-il demeuré froid ? Lisez la date écrite au-dessous de la signature et vous en aurez la raison démonstrative : 1872. Il y a des époques climatériques pour les sujets de tableau; or, en 1872, un an après nos défaites et la
paix que vous savez, il était encore inopportun de monter en épingle les triomphes du général Bonaparte. Le public a des nerfs et des opinions. Si aujourd’hui 011 lui représentait Bonaparte en Égypte , il est probable — probable et même certain — qu’il applaudirait de toutes ses mains.
Passons encore rapidement — puisque l’espace m’est compté — sur le clairon de l’infanterie française (1878) et ce délicieux petit profil de tambour allemand. Toutefois remarquons l’excellente solidité du premier de ces dessins. C’est un croquis, peut-être une étude, mais cela réunit toutes les qualités d’une œuvre d’art complète.
Le convoi allemand qui passe sous la voûte de Triel — route de Pontoise — a été peint d’après nature pendant l’évacuation du département de Seine-et-Oise. Ce que contenaient de pendules ces voitures réquisitionnées par le train prussien et escortées par des fantassins poméraniens, je 11e veux ni les compter, ni vous le raconter, mais il devait y en avoir beaucoup. Lorsque nos enfants nous auront vengés, un Dennery de l’avenir terminera l’épilogue du drame la Revanche par cette scène à effet :
Un officier français vainqueur, faisant la cour à une châtelaine berlinoise à demi vaincue, tombe à ses pieds; puis tout à coup, après avoir jeté un coup d’œil furtif sur la cheminée, se relève et s’écrie avec émotion en mettant la main sur son cœur : « Ciel ! la pendule de ma mère ! »
De ces exactions-là il faut en effet se moquer, car tous les peuples vainqueurs deviennent facilement pillards. Cependant, il y a des degrés en tout.
Hurrah! hurrah! ce sont les cuirassiers allemands qui, plus vite encore que les morts de la ballade, fondent sur un convoi français. Si promptes que soient leurs montures, il en tombera assez pour que les nôtres soient sauvés. Et puis il y a le fossé de la route et les arbres. Ces cuirassiers-là ont été bien imprudents ; déjà quelques-uns ont mesuré sur le sol la hauteur de leur stature. Il aurait été utile pour nous que la cavalerie allemande se conduisît toujours ainsi, il en serait revenu un peu moins sur les bords de la Sprée. Mais quel entrain Détaillé a donné à cette charge ! comme il a su organiser la défense des troupes qui protègent le convoi ! C’est un épisode de notre marche un peu désordonnée sur Beaumont. Je voudrais pouvoir nommer ce brave officier du train qui commande, mais j’ignore s’il a jamais existé. Les tableaux de ce genre enflamment l’imagination et réconfortent les âmes timides; c’est le principal.
L’attaque cl’un château appartient à la même famille d’œuvres d’art.
Détaillé nous y fait voir un des nombreux combats livrés par l’armée de Bourbaki ; la bataille s’éparpillait alors sur une immense étendue de terrain, tout le pays était en feu. Battus d’un côté, nous reprenions un peu d’avantage sur un autre point. Nous disputions le sol pied à pied et nous faisions payér le plus cher possible à Ténnemi une victoire qui lui était devenue facile, car il 11e s’agissait plus pour lui de nous désorganiser — nous l’étions — mais de ne point nous laisser une heure de repos. Nous ne combattions plus avec l’espoir de vaincre, nous nous battions pour l’honneur du pays et du drapeau.
Encore deux jolis croquis : le Hussard de 1 85ç) et le Grenadier des régiments d’ Infanterie de bataille
CONVOI ALLEMAND (ROL’TE DE rONTOISE)
Peint par K. Détaillé.