‹ En campagneChapitre 5 sur 20 · HUSSARDS AUX GRANDES MANŒUVRES · texte numérisé non relu

HUSSARDS AUX GRANDES MANŒUVRES

C’est pourtant l’avis émis par mon ami Lorédan Larchey dans son excellent Dictionnaire historique d’argot; je ne me brouillerai avec lui pour cela; mais, comme je l’ai dit dans X Armée française , le populaire leur donna ce nom parce qu’en marche, au moment du repos, ils avaient pris l’habitude « d’accoter leur sac en toile vernie sur leur carabine, comme les vitriers ambulants le font avec leur règle pour soutenir leur porte-vitres. » Or c’est justement dans cette position que Détaillé a placé son chasseur à pied. Et aucun autre soldat d’infanterie n’aurait pu se tenir de cette façon. Le vitrier de 1869 a encore la tunique à plis et à un rang de boutons, vêtement dans lequel les chasseurs firent campagne de i84i à 1860, sous lequel ils se sont illustrés en Afrique, à Rome, en Crimée, dans la Lombardie, et qui faisait battre le cœur de tous les jeunes Saint-Cvriens. Je crois même que c’est avec la tunique à plis que le deuxième bataillon est allé en Chine et en Cochincliine. Après la campagne d’Italie — comme il est toujours de mode en France d’emprunter aux ennemis de la veille leurs vieux pompons ou leurs modes nationales — l’empire habilla ses fantassins moitié en musulmans, moitié en Tyroliens. Les chasseurs à pied reçurent alors l’uniforme donné par Détaillé au clairon de chasseurs à pied que l’on voit à l’avant-dernière page de la livraison précédente.

Champigny. Encore un tableau qui a fait la joie des Parisiens. Cette belle toile est absolument historique. Tout y est exact; le terrain a été relevé, les renseignements ont été pris pour que cet épisode fût la représentation même du fait. La guerre étant un roman, assez saisissant pour que l’imagination des écrivains ne la gâte point par des ornements de mauvais goût, c’est toujours aussi dans les documents les plus sûrs que je puise mes renseignements. Voici ce que dit le général Ducrot dans le deuxième volume (pages 200 et 201) de la Défense de Paris :

« Neuf heures (3o novembre 1870). Champigny est fortifié. Le lieutenant-colonel Pottier, commandant le 1 1 3e de ligne, prend ses dispositions pour garder Champigny.

« De concert avec le génie, le 21' et le retournent contre l’ennemi les défenses qu’il vi< d’abandonner. La demi-section du génie du lie tenant Montés fortifie la tête du village; les m sons à droite et à gauche du village sont crénelét des communications intérieures sont établies travers les murs; la propriété située à la fourc des deux routes de Cheruievières est solidemc organisée.... »

Quel mouvement! quelle activité! quel entrai Cette science de la vie militaire que Détaillé posst au plus haut degré, il l’a prodiguée dans cette pai Le général de division Faron, entouré de son étî major, est venu surveiller l’exécution de ses ordr<

Un vieux jardinier, qui n’a pas abandonné la pr priété de ses maîtres, lui fournit des indicatio précises. Tandis qu’011 met sa première pièce batterie, un officier d’artillerie placé sur une échelle examine le lointain et calcule où doit porter son tir. On se barricade, on s’organise à qui mieux mieux; il s’agit de ne pas perdre une minute, de 11e pas prendre une fausse mesure; l’infanterie attend avec impatience le moment de se porter aux créneaux.

Il n’est peut-être pas inutile de ra;

er ici

que le n4°* de ligne, commandé par le lieutenant-colonel Boulanger, aujourd’hui ministre de la guerre, formait avec le i i3e la première brigade, aux ordres de l’intrépide colonel Comte, de la division Faron.

Détaillé a visité successivement l’Angleterre, l’Allemagne, l’Autriche et récemment la Russie. Partout où il est allé il a fait des croquis, des études, il a acheté des armes, des uniformes, et lorsqu’il peint un soldat étranger il est aussi sûr de son fait que s’il peignait un Français. Voilà pourquoi le Chevaulé.ger bavarois , qui fume sa pipe, est aussi bavarois que possible. Je pourrais raconter à ce sujet un petit roman, je me contenterai de dire que ce beau dessin est la reproduction de la seule lithographie que notre artiste ait faite. Pour son coup d’essai du crayon lithographique, c’est un coup de maître.

Le charmant petit dessin qui le suit représente un fait d’armes de la campagne de 1 8 1 4- Sous les ordres

cl u général Defrance, les gardes d’honneur détruisent les Russes dans les environs de Reims et, après leur avoir enlevé quatorze canons, les reconduisent jusque dans les faubourgs de cette ville. Le lendemain de ce combat, les grenadiers à cheval de la garde, qui avaient réglementairement le pas sur toute la cavalerie, s’étant croisés avec les gardes d’honneur, leur cédèrent le haut de la route en criant : « Place ! place à ces bravés! le terrain leur appartient, ils peuvent être fiers de l’avoir conquis. » Créés par décret du 5 avril i8i3, les quatre régiments des gardes d’honneur furent licenciés le 24 juin 1 8 1 4- Us avaient brûlé leur dernière cartouche à Saint- Dizier le 26 mars en faisant neuf cents prisonniers àPennemi. E11 moins de onze mois, ils avaient été recrutés, organisés, et étaient devenus la terreur de l’étranger. A Champ-Aubert, à Montmirail, Château-Thierry, Mormant, Montereau, Craonne, ils avaient conquis l’estime des plus vieilles troupes de l’armée impériale et inscrit en caractères de sang, à la pointe de leurs sabres, le nom de leurs régiments dans les fastes de l’histoire.

J’ai raconté que Détaillé avait exposé pour la première fois en 1867 un tableau de genre. Presque aussitôt il s’attacha aux sujets guerriers. La Bande de tambours est un de ses premiers tableaux militaires ; il figurait à l’exposition de 1869 et fait prévoir déjà par la finesse de son observation le grand peintre d’aujourd’hui. La Garde impériale au chevau-léger bavarois camp dc'Saint-Maur, que nous présen¬

tons plus loin, est de la même année.

Outre qu’ils rappellent les uniformes glorieux de soldats renommés dont les Russes, les Autrichiens et les Mexicains avaient pu apprécier la valeur, tandis que les Turcs, les Anglais et les Italiens leur doivent une reconnaissance éternelle ces tableaux sont en quelque sorte du Détaillé avant la bataille, du Détaillé qui n’est encore attiré vers l’armée que par la lecture de ses hautes actions, la tradition, l’amour du plumet et peut-être par le bel ordonnancement d’une revue et le fracas d’une petite guerre. Niais la guerre de 1870-1871 va le mettre en face de la réalité et lui ouvrir la voie dans laquelle il surpassera vite tous les autres. Désormais il aura vu l’armée en action, il connaîtra le soldat, il l’aimera. Comme l’a fort bien dit le général de Fezenzacdans ses Souvenirs : « En vivant avec les soldats, on apprend à connaître leurs vertus ; ailleurs on ne voit que leurs vices. » Rien n’est plus vrai, et si notre jeune école de peinture militaire prend la tête de 1 art, c est que notre nouveau régime militaire a fait passer tous nos jeunes

artistes dans le rang pendant un temps plus ou moins long. Cette première expérience ne suffit pourtant

mentaire, il passa dans la territoriale, où il est classé comme détaché au service d’état-major. L 'Annuaire militaire a même oublié d’ajouter à côté de sa croix de chevalier l’O majuscule qui devrait indiquer qu’il

pas à notre peintre ; il voulut encore se familiariser avec la vie militaire. Immédiatement après la réorganisation de l’armée, il s’était fait admettre comme sous-lieutenant de réserve dans le ao'1 bataillon de chasseurs à pied; puis, à l’âge régie-

est officier de 1.2 Légion d’honneur. Pourtant peu d’artistes méritent autant que lui la rosette rouge et font plus d’honneur à l’armée. Mais passons sur ces petits manques de tact de l’administration. Mettant à profit sa situation d’officier, Détaillé obtint de faire la campagne de Tunisie en qualité d’attaché à l’étatmajor de la brigade Vincendon. Ce fut encore pour lui une occasion d’études prises sur le vif, et j’aurais été heureux d’avoir à vous présenter l’une des toiles qu’il peignit alors en Afrique. Elles sont toutes empreintes d’un caractère africain et d’une sève militaire qui 11e permettent pas de douter un instant qu’elles 11’aient été exécutées sous l’impression directe de la réalité.

En vedette , daté de 1871, est une excellente impression de la campagne qui venait de se terminer. Ce hussard d’un régiment démarché 11’a pas un grand souci de l’élégance. Sous ses habits empruntés adroite

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