‹ En campagneChapitre 6 sur 20 · BANDE DE TAMBOURS · texte numérisé non relu

BANDE DE TAMBOURS

et à gauche, il a pourtant bon air. Ce n’est pas pour son plaisir qu’il est là dans un champ exposé aux intempéries de la saison, et sa physionomie dénuée de tout sentiment de patience le ferait croire. Cependant, de quoi peut-il se plaindre? Son fourniment est au complet. Bidon, gamelle, tente abri, portemanteau, sacoche, il a tout; un bon fusil entre les mains, sur le corps une pelisse fourrée. Ce cavalier se plaint qu’on bat toujours en retraite. Donnez-lui une petite victoire et sa physionomie ne sera plus la même.

Salut aux blessés! Ce tableau-là a une histoire assez curieuse. Lorsque Détaillé le commença — j’ai vu l’esquisse première dans son atelier, elle était même assez avancée — les Français étaient à la place des Allemands et les Allemands à la place des Français. La date de 1876 rappelle qu’on traversait une phase difficile. En 1875, on avait cru à la guerre, on y avait même cru assez pour qu’en Allemagne et en France il y ait eu des préparatifs ; en 1876, les partis politiques se reprochaient mutuellement de la vouloir ou de la craindre. Des amis — furent-ils adroits ou maladroits ? — insinuèrent à notre peintre qu’une colonne de prisonniers français défilant devant un état-major allemand serait mal interprétée par le public, que les uns y verraient un présage de défaite, les autres une manifestation politique. Dieu sait si Détaillé — esprit ouvert, franc et loyal — obéit à de pareilles préoccupations. Son pinceau est français, bien français, et n’a pas d’autre opinion. Et pour le prouver, les prisonniers devinrent tout à coup des prisonniers

allemands; mais nous en avons fait si peu pendant la guerre que Détaillé ne put en mettre autant que son cœur de patriote l’eût désiré.

A propos de prisonniers allemands, les Parisiens doivent se rappeler ceux que l’on fît à Cham-

Page 1