‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 106 sur 184 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

que ceux qui volaient autour de moi servaient d'appeau à leurs congénères sauvages.

Près de la plage, une colline sablonneuse avait autrefois servi de cimetière aux générations passées; mais depuis quelques années, la marée avait fait brèche sur la côte, et emporté successivement tous les tombeaux dans le Sound. La capitaine Isaac Jennings, du New- Jersey, a décrit ce lieu en ces termes : « Je débarquai à Portsmouth, et j'examinai ce curieux cimetière. Sur le bord de l’eau reposaient les restes mortels des pères, des mères, des frères et sœurs de la population de ce village; ils étaient là tout près. Mais ces tristes reliques de leurs ancêtres pouvaient être emportées morceau par morceau par les invasions de l'Océan. Pendant que je regardais mélancoliquement les couches de cercueils déterrés par la mer, des êtres luisants comme des joyaux semblaient briller entre les fissures des cercueils en ruine, et lorsque j'arrachai une de ces planches de bois vermoulu, je vis une bande de crapauds aux yeux étincelants, rangés en assemblée solennelle sous ces débris d'os et de squelettes. »

ile de Portsmouth a presque huit milles de longueur. La passe de Whalcbone est à son extrémité sud, mais elle n’est pas suffisamment profonde pour être utilisée par la navigation. Les passes Hatteras et Ocracoke admettent, au contraire, des navires: qui vont au large. Il y a trente-huit milles de la passe Whalebone au cap Lookout, qui s'avance comme un coin dans la mer, à presque trois milles de la grande terre, et il n°ÿ à pes un autre passage à travers celte plage étroite, qui puisse être

de quelque utilité pour les navigateurs. En suivant la côte pendant onze milles jusqu’au cap Lookout, il y a bien une passe; mais à cause des dangers de son chenal, elle ne rend aucun service.

Partant de Portsmouth, le canot entra dans le Core- Sound, qui devint de plus en plus étroit dès que j'eus franchi les récifs de la passe Whalebone, soit à l'aviron, soit à gué, sur les bas-fonds. La nuit approchait; je suivais une rive dénudée, mais enfin, à ma gauche, je découvris une maison, la seule qu'il y ait, sur une étendue de seize milles, en suivant le bord de la mer. Elle était occupée par le patron d’une goëlette mouillée à une longue distance, vu le peu de profondeur de l’eau. Des falaises de sable abritaient le cottage contre les brises dangereuses du large. J'étais encore trèséloigné du caboteur, quand j'aperçus un point noir qui rampait sur un monticule de sable blanc ; une fois arrivé au sommet, il resta immobile pendant que je ramais et me mettais à l'eau pour faire prendre terre à mon canot. Lorsque je l’eus remisé haut dans les broussailles, je mis mes couvertures et mes cartes sur mes épaules, et | me dirigeai du côté du point mystérieux; en m'en rapprochant, je vis que c'était un homme en sentinelle, Il ne bougea que lorsque j'eus atteint la hauteur; alors, | glissant jusque sur le sable de la rive, il s'écria gaiement : « Ah! je croyais bien que c'était vous! C'est lui, pensais-je, que j'aperçois à quatre milles d'ici... Je me 4 suis tout d’abord demandé : Est-ce seulement une! épave qui est sur l’eau? mais j'ai distingué votre tête et! vos épaules ; oui, me disais-je, c'est un homme, bien.

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