‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 109 sur 184 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

jeune fille le reçût avec un mot piquant ou un coup de coude, aucune d'elles ne refusait cependant les sucres d'orge qu'il leur offrait ou que même il mettait dans les poches de leurs robes. La seconde cérémonie fut célébrée en trois minutes, et le prédicateur, fatiqué de sa longue marche dans les bois, demanda à souper. Tandis qu'il était à table, les jeunes filles causaient ensemble, les dames âgées s'offraient du tabac avec de petites cuillers de bois, et le mettaient dans le coin de leur bouche, après en avoir pris une prise, comme elles disaient. Les garçons, informés que lofficiant avait retardé d’une heure le troisième mariage, décampèrent gaiement pour aller encore chercher des bonbons au magasin de M. Stewart. Je demandai, dans l'intérim, comment il se faisait que jeunes gens et jeunes filles fussent en pareille intimité. « Oh! capitaine, répliqua la personne à qui je m'adressais, vous voyez que nous grandissons tous ensemble, et que nous sommes élevés dans le sentiment fraternel; l’attachement fait naître la sympathie. Les frères aiment leurs sœurs, à leur tour les sœurs aiment leurs frères; c'est parfaitement naturel. Voilà toute l’histoire, capitaine. Et chez vous, comment cela se passe-t-il? » Le prédicateur, ayant déclaré qu'il n'avait plus faim, prononça ces mots : « Le meilleur de tous les régimes, c’est ni trop, ni trop peu. » Après quoi la jeunesse se forma en ligne, et l'on repartit encore une fois pour la cérémonie du troisième mariage, qui fut célébré en aussi peu de temps que les deux autres. Le ménétrier se mit à racler les cordes de son instrument, et la danse commença. Les jeunes filles

frappaient et remuaient leurs pieds à peu près comme les garçons. Bientôt quatre ou cinq d'entre elles quittèrent la danse et allèrent s'asseoir dans un coin, en faisant la moue. Mon compagnon m'expliqua que ces demoiselles étaient un peu collet monté, depuis qu'elles avaient été au bal deux ou trois fois à la ville de Newbern, où l’on avait une autre tenue, et où l’on ne trouvait pas convenable pour une jeune fille de frapper le sol avec ses talons, etc., etc. :

Combien de temps le bal dura-t-il, c’est ce que je ne saurais dire; car la perspective d’une longue course pour le lendemain me décida à me retirer de bonne heure au magasin; mon sommeil fut interrompu par un bon vieux couple qui venait m'inviter à prendre le thé à ‘une heure et demie du matin. Ne voulant pas blesser les sentiments de ces excellentes personnes, je répondis à l'appel ir propria persona, et je m'aperçus que c'était la mère de la fiancée n° 1 qui m'adressait cette invitation. Une table bien garnie occupait le milieu de la chambre où quelques heures auparavant le plancher menaçait de s'effondrer sous le poids de la foule curieuse, et là, assis, comme je l'ai déjà décrit, étaient le fiancé et la fiancée, indifférents sans doute au changement de scène, tandis que la mère de la mariée, en se balancçant dans son fauteuil, disait d'un ton dolent : « Oh! John, si vous aviez épousé l’autre, j'aurais été vite consolée, mais celleci faisait le bonheur de ma vie! »

A la pointe du jour, le canot entra dans le Sound, en suivant la côte occidentale, qui était égayée par le brillant soleil du jour dela naissance de Notre-Seigneur.

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