‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 122 sur 184 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

aller jusqu'aux montagnes blanches du New-Hampshire. Cette excursion de ma jeunesse dura vingt et un jours, et représentait quelque trois cents milles de bonne marche. La Nouvelle-Angleterre donne des mesures précises sur les poteaux des routes. Le voyageur apprend, par une expérience sérieusement achetée, la longueur de ses milles; mais, dans les déserts du Sud, il n'y a pas de calcul régulier des cinq mille deux cent quatrevingts pieds qui composent le statute-mile, et les bateliers de la côte ne se doutent pas que le mille marin, le soixantième d’un degré de latitude (6,080 et quelques

pieds), représente le mille géographique et marin du car- à

tographe aussi bien que le nœud du marin.

Au lac de Piraway, il n’y a ni un batelier ni un bûcheron, instrüit ou ignorant, qui soit d'accord avec les autres sur la longueur des routes ou des cours d’eau. « Il y a cent soixante-cinq milles, par la rivière, du bac Piraway à Conwayborough » , me dit un individu qui avait servi sur la route pendant quelques années. L'rstimation la plus basse qui eût jamais été faite était de quatrevingt-dix milles par la rivière. Aussi le lecteur doit m'excuser d'exagérer les distances lorsque je suis loin des côtes, car mes amis du bureau hydrographique n'ont pas encore pénétré dans les régions de linté- “ieur avec leurs niveaux, leurs chaînes, leurs théodolites, etc., etc. Au canotier plus ambitieux de faire un grand nombre de milles plutôt que de produire des renseignements géographiques exacts, ces cours d'eau, si peu connus, fourniront une excellente occasion de satisfaire sa passion.

On peut faire de soixante à quatre-vingts milles à la rame, en dix heures, aussi facilement que quarante milles, dans les États du Nord, sur un grand fleuve qui n’a que peu de courant. Il y a une classe de voyageurs américains, je regrette d’avoir à le dire, qui font toutes, toutes les capitales de l'Europe avec la même précipitation qu'ils mettent à leurs affaires, et s'ils ont appris quelque chose sur les mœurs des différents pays qu'ils traversent, ils oublient de remercier le compilateur du Guide qui leur a fourni les renseignements sur tout ce qu'ils savent.

Une seule chambre composait le chalet de mon ami, sun représentant de cette classe de gens qui vivent dans les bois de pins et qu'on appelle d--5 le Sud corn-crackers ou crackers, parce qu'ils se nourrissent de pain de maïs. Ce sont les petits blancs du planteur, les blancs de rebut de l’ancien esclave, qui maintenant, dans sa nouvelle qualité d’affranchi, commence à compr'ndre toute l'importance de sa position sociale.

Ces crackers sont des gens de très-bon cœur, mais peu savent lire ou écrire. Les enfants des noirs, pris de curiosité ct d'ambition, fréquentent les écoles en grand nombre quand ils ont moyen de le faire; mais le biane, vraiment indolent, semble dépourvu de toui désir d’apprendre, et ses enfants, dans beaucoup de pays du Sud, marchent sur les traces de leur père, sont élevés dans une ignorance presque inimaginable. La nouvelle de l'arrivée de la petite Maria-Theresa au lac Piraway se répandit avec une étonnante rapidité dans les bois, et le dimanche, après le Shouting, comme les nègres appellent

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