‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 125 sur 184 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

qui avons été élevés dans des sentiments religieux depuis notre enfance, faisons-nous plus que cela? Aimonsnous notre prochain comme nous-mêmes? Je voyageai pendant vingt milles (renseignement local), en descendant la rivière, sans avoir vu un être humain ou une habitalon, jusqu’au pont et à la maison de Stanley. À partir de ce point, je pressai ma marche pendant trentecinq milles, et après avoir passé devant un champ autrefois cultivé sur une colline, les ténèbres s’étendirent sur les marais, et un brouillard épais, s'élevant au-dessus des eaux, enveloppa la forêt dans ses replis. Ne trouvart pas le moindre indice de terre au-dessus du niveau de l’eau, je cherchai mon chemin au hasard, au milieu des brèches dans la terre inondée, pour finir par y perdre mon canot au milieu des hroussailles. Il m'était impossible d'aller plus loin, et je me préparais à monter sur les branches d’un arbre gigantesque, m'’étant pourvu d'une corde mince pour m'assurer dans une position immobile et sûre, lorsqu'un cri long et sourd éveilla mon attention. -

« Ouaho! ho! ho! petits, petits », retentissaient dans l'air épais et calme; ce n'était ni le cri de la chouette ni celui du renard. C'était la voix d'un cracker rappelant es porcs dans la forêt. Ces cris étaient en vérité fort agréables à entendre, car ils m'indiquaient que les hautes terres étaient tout près, et qu’un bon feu attendait mon corps engourdi dans la cabane de cet mconnu. Poussant le canot dans la direction du Sound, et sondant avec ma pagaie le bord inondé du marais, je descendis à terre et cherchai ma route en suivant un sen-

tier qui paraissait frayé jusqu’à une petite clairière. Là, une troupe de porcs entouraient leur propriétaire, qui leur distribuait des glards en criant : « Ho! ho! petits, petits! » Nous étions face à face, sans pouvoir nous voir au milieu de la nuit profonde. Je racontai mon histoire et demandai où je pourrais trouver un abri pour y établir mon campement : « Étranger, répondit lentement le cracker, ma cabane est tout près d'ici. Venez chez moi; il ne fait pas bon à coucher en plein air ce soir, et les nègres vous voleraient certainement tout ce que vous avez, s'ils savaient que vous possédez quelque chose de bon à prendre. »

Dans les grands pins du voisinage, on apercevait une cabane construite avec de grosses branches d'arbres dépourvues d’écorce et dont les interstices étaient calfeutrés avec de la mousse. Un toit de planches de cyprès la préservait de la pluie. La cheminée de bois, bien garnie de terre desséchée, était construite à une des extrémités de ce rustique édifice. La vaste ouverture de ce foyer envoyait d'éélatants rayons lorsque nous entrâmes dans la demeure du pauvre homme. Au soin avec lequel le plancher était balayé, à la propreté de la literie et à la bonne tenue de toute la pièce, je devinai les mérites de la femme de Wilson Edge.

« Dans les forêts de pins, nous vivons de porc et de homety", me dit mon hôte, lorsque sa femme nous invita à prendre place à la petite table; de temps à autre nous avons quelques œufs à manger avec des patates,

1 Mets fait avec des grains de maïs concassés.

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