DE SAVANNAH A LA FLORIDE
Aux Sea-Islands de la Géorgie. — Jeté sur l’île Green. — L'île Ossabaw. — Le Sound Sainte-Catherine — L'île Sapelo. — La vase de la rivière de la vase. — Une nuit dans une cabane de noirs. — Shoutings sur l'île Doboy. — L'ile Broughton. — Les îles Saint- Simon et Jekkyl. — Entrevue avec un alligator. — L'île Cumberland et la rivière Sainte-Marie. — Adieu à la mer.
Je repartis le 24 février. La route que j'allais suivre me faisait traverser les îles de la côte de la Géorgie jusqu à sa frontière sud, le Cumberland-Sound et la rivière Sainte-Marie. Cette partie de-la côte est très-intéressante et très-bien dessinée sur les cartes n°’ 56 et 57, publiées par les ingénieurs hydrographes environ un an après mon voyage.
Les paquebots vont de Savannah au port de la rivière Saint-John (Floride), en prenant la roue pittoresque des eaux intérieures. En suivant cet itinéraire, le voyageur peut éviter par le chemin de fer, de Savannah à Jacksonville, un trajet complétement dépourvu d'intérêt, sur lequel des terrains sablonneux et des forêts de pins présentent à l'œil un aspect peu séduisant. Il suffirait d'un dragage de peu de profondeur, aux frais du trésor public, exécuté sur certains points de la route suivie
par les paquebots à vapeur, pour la rendre plus courte.
Laissant Greenwich, Bonaventure et Thunderbolt derrière moi, sur les coteaux, le canot s’avanca sur la grande étendue de côtes marécageuses des rivières Wilmington et Skiddaway, jusqu'aux Skiddaway-Narrows, cours d’eau tortueux et resserré qui unit le Skiddaway avec le Burnside. Les basses terres étaient pittoresques, et quelques-unes d’entre elles étaient très-bien cultivées.
En quittant Burnside pour entrer dans la grande rivière Vernon, et en approchant de la mer, le canot fut surpris par un de ces coups de vent violent: qui bouleversent fréquemment les eaux des côtes, et il fut poussé sur un petit tertre dans les marais de l'île Green, sur la rive gauche de la rivière Ogeechee. Autrefois, l'île Green était bien cultivée, mais elle n'est plus aujourd'hui que la résidence d'été de M. Styles, son propriétaire. Deux ou trois familles de noirs habitaient les cabanes et prenaient soin de la maison pendant l'absence de M. Styles.
Je dus me mettre dans la boue jusqu'aux genoux pour amarrer le canot, et comme la tempête se prolongea toute la nuit, force me fut de dormir sur le plancher de l'humble cabane d’un noir, nommé Echard Holmes, après avoir d'abord distribué à sa famille des biscuits et du café. Tous les noirs du voisinage étaient réunis pour voir le canot, et en apprenant que j'étais du Nord, un vieux noir à cheveux gris me demanda de porter « ses doléances » à Washington.
« Le gouvernement, dit-il, a été très-bon pour nous