‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 156 sur 184 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

autres noirs. Ï nous a donné notre liberté — c'est trèsbien — mais une autre chose nous manque, c’est que le général Grant rende tout cela définitif. Le magasinior' ne donne au pauvre noir qu'un dollar par boïsseau de grain, et quelquefois moins. Il faut faire quelque chose de plus pour le pauvre noir. Dites au gouvernement de faire pour lui ce que l'ancien maître m'a dit : « Vous avez été un bon esclave dans les temps passés, « un très-bon esclave; maintenant, je vous dorne un, « deux, trois, cinq acres de terre pour vous. » Alors, le pauvre noir sera heureux, le maître aussi, et nous serons heureux tous les deux! Avez-vous un peu de tabac pour ce pauvre vieux ? »

Le manoir de M. Styles n'était qu'à trois milles d'Ossabaw-Sound. La petite île Don et Caye-Raccoon sont à l'embouchu;e du Vernon. Entre les deux îles, il y a un passage profond, par lequel les marées se précipitent avec force ; il s'appelle Hell-Gate *. Au sud du Racccon, la rivière Ogeechee verse un très-grand volume d'eau dans le Ossabaw-Sound.

J'entrai dans la grande rivière Ogeechee par le passage de l’île Don, et je vis des pêcheurs d’esturgeons occupés à tendre des filets le long des côtes des Sea- Islands, situées entre les Sounds Ossabaw et Sainte- Catherine ; il a huit milles de long sur six de large. Du côté de la mer, le rivage est bordé de hauteurs et de

1 Employé du gouvernement chargé de l'administration des biens confisqués.

2 La porte de l’enfer.

collines entremélées de clairières, tandis que la partie occidentale est composée surtout de marécages, et coupée de nombreux ruisseaux. Toutes les Sea-Islands produisent des cotons à longue soie, connus dans le commerce sous le nom de sea-island, et avant la guerre, c'était une variété d’une très-grande valeur. Maintenant, quelques noirs occupent seuls les fonds abandonnés par les propriétaires, et ils ne savent s’en faire qu'un revenu médiocre.

Il y à beaucoup de daims dans les forêts de l'île Ossabaw. Un de ses anciens propriétaires m'apprit qu'il devait bien y avoir une dizaine de milliers de porcs sauvages, car, en quelques années, ils se multiplient considérablement, et les noirs en détruisent peu. Les porcs domestiques deviennent en peu d'années trèstimides, et sauvages si on les abandonne dans les forêts. Il est impossible de chasser ces animaux sans chien, quoiqu'ils soient en grand nombre dans les bois.

Le temps était devenu délicieux, et si j'avais possédé une tente portative, je n'aurais pas cherché ailleurs un gîte dans une maison habitée, sur la route. La malaria, qui s'élève des eaux douces, s'étend dans beaucoup des Sea-Islands pendant la saison d'été; mais elle ne rendait pas dangereux, pour le moment, un campement en plein air. Traversant le Grand-Ogeechee au-dessus de l’île Middle-Mersh, je suivis cette rivière jusqu'au ruisseau qui s'appelle le passage de la Floride, par lequel j'atteignis la rivière Bear, que je descendis ensuite jusqu'au Sound Sainte-Catherine. J'eus une grande vue de la mer lorsque mon canot traversa la brèche, large de

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