CHAPITRE TREIZIÈME
deux milles, pour gagner la rivière Newport. Ensuite, après l'avoir remontée pendant quatre milles, j'entrai dans le ruisseau Johnson, produit des rivières Newport, nord et sud.
Prenant le Newport du sud, ma petite embarcation descendit jusqu’à l'extrémité sud de l’île Sainte-Catherine et arriva au Sound du même nom; là, franchissant une autre passe au coucher du soleil, j'atteignis enfin : High-Point et l'ile Sapelo.
Au milieu de grands arbres verts, une belle maison, qui faisait honneur au goût de celui qui l'avait construite, s'élevait noblement sur une haute colline. Ce n’était pourtant plus qu'un de ces nombreux monuments où sont ensevelies les espérances des temps passés. Le propriétaire, un homme du Nord, acheta après la guerre un tiers de l’île Sapelo, au prix de cinquantecinq mille dollars en or. Il essaya, comme tant d'autres gens du Nord l'ont aussi tenté, de fournir à l'esclave de la veille l'occasion de montrer sa valeur et ce que, devenu affranchi, il pouvait produire. « Payez régulièrement au noir son salaire, traitez-le comme vous traiteriez un blanc, et il vous récompensera par son travail. » Ainsi pensait ce généreux colonel du Nord; en conséquence, il fit construire une grande maison, conclut des traités avec ses affranchis, les payant pour leur travail, et les traitant comme des hommes. Le résultat de cette conduite produisit sa ruine, et cela tout simplement parce qu'il n'avait pas réfléchi que le noir n'était pas né libre, et que la démoralisation, conséquence de l'esclavage, pesait encore sur lui. Outre ces faits, nous
devons aussi ne pas oublier certains principes moraux et ethnologiques qui existent dans le type nègre pur, et qu'ignorent entièrement ces philanthropes malgré leur prétention de croire qu'ils comprennent le noir par son frère demi-blanc, le mulätre.
La rivière Mud ' ouvrait sa large embouc' ure devant moi ; lorsque j'eus franchi la passe, la marë. était trèsbasse. Le Mud est un point d'arrêt sur la route des steamers à la Floride. L'obscurité devenait si profonde, que je dus me rapprocher de la côte pour chercher un lieu de débarquement. J'essayai d'abord d'aller près d'un tertre où se trouvait la maison d’un noir; mais la marée s'étant retirée dans le chenal très-étroit du Mud, le canot échoua dans la vase sans pouvoir en sortir. Je sautai par-dessus le bord et m’enfonçai dans la vase jusqu'aux genoux. J'appelai au secours, et comme réponse, à mon appel, un noir de haute taille, armé d’un fusil à deux coups, commença par me coucher en joue du rivage. Je répétai mon appel, en disant que je * voulais aller à terre : « Eh bien! tirez-vous d'affaire comme vous pourrez, me répondit-il d'un ton bourru. Qu'est-ce que vous venez faire ici sur la plantation Choc'late? Absolument rien. »
J'expliquai à ce vilain noir que j'étais un homme du Nord. « Je voyage, lui dis-je, pour connaître le pays; mon intention est de camper près de votre maison, dans l'intérêt de ma sécurité; si vous voulez bien m'aider à prendre terre, je vous convaincrai, je vous le promets,
{ La rivière de la vase,