‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 159 sur 184 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

ner d'huitres que sa femme avait préparé pour moi, il me dit : « Vous pouvez donner à ma femme ce que vous voudrez pour sa cuisine, mais rien pour la nourriture ni le logement : pour être un homme de couleur, je ne suis pas un nègre. »

Nous étions au samedi, et pendant que je suivais, la rame à la main, la passe du New-Tea-Kettle, qui unit la rivière Mud avec le Sound Doboy, près de l'extrémité sud de l’île Sapelo, je me demandais comment et où je passerais la journée du dimanche. Si je remontais les rivières North et Darien jusqu’à la ville de Darien, l'expérience que j'avais acquise me faisait prévoir qu’au lieu de me reposer, je serais forcé d’exhiber le canot de papier à la foule rassemblée. Pour éviter cette représentation, j'étais décidé à passer la journée du dimanche sous le premier bouquet d'arbres qui m'offrirait un abri et du bois à brüler. Mais lorsque le canot pénétra dans le Sound Doboy, qui avec sa passe sépare Sapelo de l’île Wolf, le vent s'éleva avec une telle violence, que je fus forcé de chercher ‘un refuge dans l'ile Doboy, petit territoire marécageux de quelques acres d'étendue, occupé par l'établissement et la scierie à vapeur de MM. Hiltons, Foster et Gibson, marchands de bois dans le Nord.

Des navires étrangers et américains, mouillés sous le vent des marais, attendaient leur chargement de planches et de madriers, tandis que des radeaux de bois naviguaient sur la rivière l'Altamaha et sur d'autres courants, venant des forêts de pins de l'intérieur pour se faire débiter sur place. Un des propriétaires de

l'usine, un homme du Nord, occupait avec sa famille un très-joli cottage dans le voisinage de la scierie. Les habitants de Doboy, ayant appris par les journaux du Sud la prochaine arrivée du canot de papier, le reconnurent aussitôt qu’il toucha leur île. Je ne pouvais trouver ni hôtel ni logeme : dans cette colonie d'hommes du Nord, de canotiers et de nègres, et j'allais repartir à la recherche de quelque bouquet d'arbres, lorsqu'un artisan m'offrit le plancher d’une chambre inachevée, dans une maison en construction, où je passai mon dimanche, en tâchant de me reposer et en faisant venir mes repas d’un restaurant ten" par un noir.

Un membre de la famille Spaulding, propriétaire d'une partie de l’île Sapelo, vint me faire une visite, et en me voyant dans une demeure si dépourvue de comfort et entouré de milliers de mouches qui envahissaient mes couvertures, il me pressa de retourner chez lui, où il pourrait, disait-il, me recevoir dans une installation plus agréable. Le gracieux M. Spaulding ne savait pas combien j'étais devenu peu sensible à des ennuis tels que la dureté du plancher et les persécutions des moustiques. J'oubliais les ennuis de ce genre devant les souhaits de bienvenue qui m'étaient adressés par tous les habitants du Sud (à bien peu d’exceptions près), dont le territoire avait été envahi par le canot de papier.

Il n’y avait sur l’île qu'un seul lieu consacré à l’exercice du culte, et il était desservi par des noirs. Un neveu du propriétaire de l'île Doboy, originaire de la Nouvelle- Angleterre, m'avait invité à assister aux shoutings. Nous partimes le dimanche soir, pour nous rendre au lieu de

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