‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 161 sur 184 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

passage jusqu'à l’Altamaha. En entrant dans le Cut-du- Général, je pris un grand alligator qui dormait à fieur d’eau sur la berge, pour un tronc d'arbre échoué sur un banc de vase. Le canot toucha presque le saurien avant qu'il fût réveillé de sa sieste pour se replonger dans l'eau.

Le Cut-du-Général pénètre dans une rizière, située vis-à-vis la ville de Darien, jusqu’à l’île Butler, propriété de feu Pierre Butler. Cette plantation, depuis la guerre, n'avait pas été une affaire très-productive pour les propriétaires d'aujourd'hui; leur zèle à répandre l'instruction parmi leurs anciens esclaves est digne d’éloge. Depuis quelques années, la récolte d’oranges faite sur l'île Butler représente une certaine valeur.

De l'embouchure du Cut-du-Général, en descendant la rivière Butler jusqu’à l’Altamaha, il n'y avait qu'une petite distance à franchir. Ce dernier cours d’eau aurait pu me conduire au Sound Altamaha, lequel j'évitai en passant par le Cut-Wood pour aller dans la rivière South-Altamaha, et je pris ensuite ma route à travers les rizières dans la direction de l'île Saint-Simon, qui est voisine de la mer. Dans l'après-midi, quand je me fus rapproché de l'ile Broughton, où le South-Altamaha offrait à la grande brise un large champ pour se déployer, et m'evoyait de petites vagues par-dessus mon canot, j'aperçus une maison blanche, sous la véranda de laquelle était assis un homme âgé. Ce relais me semblait devoir être le dernier que je dusse faire jusqu'à l'île Saint-Simon. Dans le cas où le vent aurait continué à souffler du même point, il m'aurait été

impossible de traverser le Buttermilk dans la soirée; aussi j'allai à terre pour demander s’il n’y avait pas quelque bouquet d’arbres sur les rives des maris, entre la plantation et le Sound.

Le capitaine Richard Alkin, propriétaire non marié de l’île Broughton, commença par me donner tous les renseignements dont j'avais besoin pour me rendre à l’île Saint-Simon, puis il pria le canotier de vouloir bien partager sa confortable résidence jusqu’au lendemain, et ledit lendemain, quand la chaleur du soleil et les eaux tranquilles de l’Altamaha m'invitaient à continuer mon voyage, l'hospitalier planteur de riz prétendit que le temps n’était pas assez sûr pour que je pusse m'aventurer sur le Sound. De fait, il me garda pendant quelques jours dans une captivité contre laquelle je ne protestai que bien faiblement. Il ne me laissa partir qu’à la condition expresse de revenir une autre fois passez un mois avec lui pour explorer les Sea-Islands et les chasses du voisinage. Le capitaine Alkin était un planteur qui avait réussi en employrut avec les affranchis le système du salaire à la tâche ; mais, tout en les protégeant dans l'exercice de leurs droits, il était très-rigoureux sur la discipline. Les nègres semblaient l'aimer et lui être plus attachés qu’à ceux des planteurs qui leur laissaient faire tout ce qui leur convenait. Le relâchement de l'autorité, avec ces gens-là, a toujours pour résultat une diminution des récoltes. Les rivières et les marais qui sont dans le voisinage de l’île Broughton abondent en beaux poissons et en tortues de mer; les marais et les bas-fonds de ces îles offrent également d'excellentes occasions aux chas-

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