‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 167 sur 184 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

gratuit sur ce long chemin de fer, pour tout voyage d'exploration que je voudrais faire ,:tandis que son fils, Wickliffe Yulee, s'emploierait pour écarter toutes les causes de délai que je pourrais rencontrer.

Ces messieurs étaient Floridiens ; ils ont fait de grands efforts pour encourager les explorateurs honnêtes de la péninsule de la Floride, et n’ont pas peu contribué à détruire l’indigne exploitation qui se faisait des émigrants agricoles du Nord, en encourageant la création d'une Compagnie foncière du chemin de fer, laquelle offre une concession de territoire de quarante acres pour cinquante dollars, à choisir le long du chemin de fer, qui traverse presque six cent mille acres de terre sur l'État. Un homme n'ayant relativem nt qu'un petit capital peut maïatenant essayer de se créer une habitation sous le doux climat de la Floride, et si ensuite il abandonne l’entreprise, comme il n'aura versé que peu de fonds, la perte ne sera pas considérable.

La distillerie de térébenthine de Dutton était située dans une épaisse forêt de grands pins. Le major C. K. Dutton me fournit, le lendemain de mon arrivée à la station Dutton, un attelage de mules pour transporter la Maria-Theresa jusqu'à la rivière Sainte-Marie. Un soleil très-chaud dardait obliquement ses rayons sur la belle forêt, pendant que le conducteur suivait un sentier à peine tracé à travers les marais. Avant midi, les eaux de la rivière étaient faciles à distinguer dans la perspective, et un peu plus tard, la pagaïe en main, je poussais le canot vers la côte de l'Atlantique. Une végétation luxuriante d'arbres et d’arbrisseaux bordait les rives, par place

inondées, du grand cours d’eau. Au second plan, sur un sol saklonneux, s’élevaient des forêts de pins jaunes d'une grandeur si extraordinaire qu'ils cachaient tout l'horizon. De petites éminences et des grèves de sable blanc de peu d’étendue m'offraient d'excellents points de campement.

S'il vous arrive de demander à un cracker des marais Okefenokee pourquoi il s'est établi dans un pays aussi abandonné et où il n’a pour compagnons que quelques bestiaux et des porcs, avec des moustiques, des mouches, dc la vermine, des alligators et des hiboux qui rendent les nuits lugubres, il ne manquera pas de vous dire : « Oui, étranger, mais le bois et l'eau en si grande abondance dans les marais sont des avanages qu'on ne trouve pas partout. »

Tandis que je descendais rapidement le noir courant, je cherchais du regard dans l'épaisseur des bois quelque hutte de colon, mais je ne pus découvrir nulie part, ce jour-là, aucune clairière, pas le plus petit nuage de fumée s’élevant d’une cheminée pour m'indiquer la présence de l’homme civilisé. J'étais seul dans ces vastes solitudes, que traverse rapidement, mais sans bruit, la

rivière jusqu’à la mer. Thoreau aimait le marais, comme le font tous les amants de la nature; car nulle part ailleurs elle n'a déployé aussi généreusement la puissance de sa végétation et la variété infinie de ses merveilleuses richesses botaniques. Dans ces lieux, les oiseaux se réunissaient en troupes, fuyant la chaleur et les hauts plateaux sablonneux pour venir chercher de l'eau pure, la fraîcheur des ombrages et une multitude

LA

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