CHAPITRE QUATORZIÈMÉ
canot sur un banc sablonneux qui n'avait que quelques pieds de long. Un petit tertre de cinq ou six pieds audessus de l’eau me fournit de larges feuilles de palmier, d’une espèce naine, dont je fis mon lit. Mon panier à provisions devait me servir d'oreiller ; la vue d’un peu de feu de bois sec me réconforta quelques instants, mais sa flamme brillante attira bientôt des nuées d’insectes ailés. Après avoir préparé du chocolat et mangé quelques sandwiches de bœuf et des biscuits secs, je continuai mon installation pour la nuit, et, me sentant quelque peu préoccupé à l'endroit des grands alligators, j'étendis sur moi un morceau de toile vernie, roide et forte, et je mis mon petit revolver, ma seule arme, sous ma couverture.
Impressionné par la nouveauté de mon étrange position, je parvins difficilement à m'endormir. Ce fut une nuit de rèves. Des bruits indistincts, mais nombreux, troublèrent mon cerveau jusqu'au moment où je fus complétement éveillé et tiré de mon insomnie par d’horribles visions et par des cris plaintifs. Des cris d’animaux et des hurlements sauvages se faisaient entendre en chœurs, au milieu desquels je ne pouvais rien distinguer, si ce n’est les voix. confuses des blaireaux, qui se battaient dans les bois; mais ceux-là étaient de vieilles connaissances, que j'avais vues souvent rassemblées le soir autour de w5n campement, pour ramasser les restes de mon souper.
Pendant que je prêtais l'oreille, une clameur retentit tout à coup autour de mci; elle ressemblait tellement à un cri de guerre, que je tressaillis de crainte sur mon lit
si
de feuilles de palmier. C'était comme le beuglement d’un bœuf en fureur, et même peut-être encore plus puissant et plus pénétrant. Le voisinage de cet animal était extrémement peu rassurant, car il s'était planté sur le bord de la rivière, près du petit tertre où j'avais fait mon installation. À ce cri, il fut répondu par un beuglement venant de l’autre bord; mais heureusement ces deux ‘ alligators mâles n’échangèrent que leurs cris de défi sans en venir au combat. Des bandes de mulots se frayèrent un chemin jusqu'à mon panier aux provisions, dans les feuilles de ma litière.
Ce fut donc au milieu d’ennuis sans fin que la nuit se passa péniblement ; mais la lumière du soleil fut impuissante, jusqu’à huit heures, à pénétrer l’épais brouillard qui enveloppait la rivière d’une largeur d’une soixantaine de pieds environ. Des trains de bois la bloquaient près du cantonnement de Trader’s Hill, et sur cette base trèspeu sûre, le canot fut transporté pendant un quart de mille, puis remis à l’eau. Traversant plusieurs flottes de radeaux qui couvraient toute la largeur du Sainte-Marie, je finis par m'ennuyer de cet exercice, et lorsque j’eus dépassé le dernier d’entre eux, j'avais pris le parti de camper jusqu'au lendemain, quand tout à coup j'entendis des voix d'hommes dans les bois.
Bientôt un personnage, accompagné de deux bateliers, se montra à ma vue et me fit des signes de bienvenue; ils avaient eu connaissance de mon prochain passage à Trader’s Hill, par un courrier envoyé de Dutton à travers les forces, et ces hommes avaient calculé ma marche avec tant de précision, qu'ils étaient arrivés
Le