‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 170 sur 184 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

sur ce point juste en temps utile pour m'y rencontrer. Les deux bateliers passèrent les mains sur toute la surface du canot, en. m’exprimant dans leur langage parti.. culier le plaisir qu’ils éprouvaient à voir l'excellence de son fini : « C’est la plus extraordinaire invention que j'aie jamais vue, c’est gentil comme un cercueil tout neuf! s’écria l'un. — En vérité, c’est la plus merveilleuse chose que l’on puisse voir! » ajouta l’autre.

Les deux robustes bateliers enlevèrent le canot conne si ce n’eût été qu'une plume, et ils le portèrent en sautant d’une pièce de bois à une autre, sur toute la longueur des radeaux ; alors ils le remirent doucement à l'eau, en ajoutant à leur adieu la bonne nouvelle qu'il n'y avait plus ni flottes ni radeaux jusqu'à la mer, et que, si cela me plaisait, je pouvais aller sans crainte jusqu’à New-York !

Je dépassai bientôt la haute falaise de Trader’s Hill, sur la rive gauche du Sainte-Marie, et le courant sembla alors mollir subitement; là, je sentis le premier mouvement de la marée, bien que l'Océan fût encore à plusieurs milles de distance; le flot montait. Je dus mettre la pagai de côté, et après avoir replacé mes légers tolets d’acier, je descendis rapidement la rivière, devenue large à cetie heure, jusqu'à ce que les ombres de la nuit tombassent sur la forêt et la rivière. Je vis alors sur une élévation la belle résidence de M. Lewis avec sa scierie à vapeur, à un lieu nommé Orange-Bluff, sur la rivière, du côté de la Floride. Je fus reçu de la façon la plus aimable par M. et madame Lewis, qui habitent depuis vingt ans Orange-Bluff, endroit pittoresque,

mais séparé des bruits du monde. Il y avait sur cette propriété des orangers vieux de quarante ans, et tous en plein rapport. Près de la maison, jaillissait une belle source sulfureuse.

J'appris du propriétaire que pendant sa longue résidence dans cette charmante lecalité, il n'avait éprouvé qu'une seule attaque de fièvre. Il regardait le Sainte- Marie, à cause de la pureté de ses eaux, comme une des rivières les plus salubres du Sud. La descente de ce cours d'eau devenait un passe-temps de jour de fête. Quoiqu'il y eût peu de signes de la présence de l'homme, l'aspect général était tout à fait plaisant. J'avais dépassé quelques scieries, une briqueterie et une rizière abandonnée, lorsque les marais salins qui s'étendent dans la rivière, descendue des hauteurs couvertes de forêts, me révélèrent le voisinage de la mer. Sur le bord du flenve, de grands alligators faisaient la sieste au soleil.

A la brune, je découvris la ville de Sainte-Marie dans toute l’opulence de sa verdure; quelques instants après, le canot de papier était soigneusement déposé dans un hangar appartenant à un des habitants de la localité, tandis que des pratiques du pays m'assuraient que j'avais parcouru cent soixante-quinze milles de la rivière.

Un soir, pendant que je jouissais de l'hospitalité d M. Sisas Fordam à sa belle résidence d'hiver, Orange- Hall, située au centre de la ville de Sainte-Marie, je reçus une lettre signée de l'Honorable J. M. Arnow, maire de la ville, qui m'invitait au nom des autorités

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