CHAPITRE QUINZIÈME
mêmes forêts sans trouver plus de terres cultivées qu'au premier jour de notre voyage.
Au-dessous de cette cabane, nous arrivimes à l'île n° 1, où les rapides gènent les bateliers pendant les mois d'été. Puis nous glissâmes doucement, mais rapidement, sur un courant profond. Les rares habitants que nous rencontrâmes sur les rives du Suwanee semblaient aux trois quarts cndormis, même pendant la veille. Pour les arracher à leur sieste, nous commençâmes par les appeler à grands cris, en passant devant une petite hutte dans le bois, ct après une longue attente un homme parut à la porte, se frottant les yeux comme si la charmante lumière du soleil eût fatigué sa vue. C'était véritablement une région tranquille que cette grande solitude du Suwanee!
Avant midi, nous atteignimes la ferme de madame Goodman; c'était une maison construite en bois, sur la rive gauche, juste au-dessous de l’île n° 5. En ce moment, le major Purviance tira un gros dindon sauvage (meleagris gallopavo), qui, du banc de sable où il était posé, roula dans l’eau, nous laissant sans gibier, dans un fourré de palmiers nains. Il connaissait mieux son terrain que nous, car, bien que blessé, il réussit à s'échapper. Nous nous arrêtämes quelques moments à Troy, qui, malgré son nom célèbre, ne se compose que d'un magasin et d’une douzaine de cabanes. À quelques milles au-dessous de cette ville, sur la rive gauche de la rivière, on trouve une élévation inhabitée appelée la falaise Rolin, d'où une ligne dirigée par 22° nord-est et de vingt-trois milles et demi de longueur atteindrait Live-
Oak. Un projet de loi destiné à réunir Live-Oak avec ces parages du Suwanee, à l’aide d’un chemin de fer adopté par la législature floridienne, a été repoussé par le gouverneur.
Après le coucher du soleil, les bateaux furent remisés en lieu sûr devant une hutte abandonnée, autour de laquelle des orangers à oranges amères, mais d'une végétation luxuriante, montraient ce que la nature pourrait faire dans cette contrée abandonnée. L’air de la nuit était balsamique et rempli d'insectes, tandis que dans les marais les alligators faisaient entendre jusqu’au jour leurs beuglements.
Après déjeuner, nous descendimes à l'embouchure de la rivière Santa-Fé, qu'or trouve sur la rive gauche du Suwanee. Les bûcherons l’appellent le Santaffy.
Les solitudes au-dessous de Santa-Fé sont remplies de souvenirs de la guerre contre les Indiens Séminoles ; on en a trouvé beaucoup de vestiges; entre autres, sur l'emplacement d’une ancienne ville indienne, on a découvert, enfouis dans le creux d'un arbre, les squelettes d’un adulte et d’un enfant indien couverts de verroteries. Le fort Fanning est sur la rive gauche du Suwanee, vis-à-vis du Old-Town-Hammock, sur la rive droite.
Pendant la guerre Séminole, le Hammock et les déserts du voisinage devinrent les lieux de retraite où se cachaient les Indiens; et si sauvage et si abandonnée est cette région, que, même actuellement, l'ours, le loup et la panthère s’y réfugient dans les jungles pour fuir la présence de l’homme. |