CHAPITRE QUINZIÈME
Le colonel J. L. F. Cotirel, ayant quitté son pays natal, la Virginie, en l’année 1854, commença le défrichement du sol vierge de Old-Town-Hammock Chaque État a sa manière particulière de diviser son territoire, et ici, en Floride, cette ancienne plantation est classée dans le dixième township, section 24, rang 13. La propriété comprend deux mille acres de terre environ, desquelles près de onze cents sont en culture.
Les esclaves que le colonel avait amenés de Virginie étaient maintenant des fermiers; il leur avait donné à bail des parcelles de ses terres arables. La maison de l'ancien planteur, avec ses portes hospitalières s’ouvrant toujours à l'étranger, est située au milieu de chênes verts et d’autres arbres dont les branches, ornées de festons de mousse espagnole, se balançaient dans l'air calme comme une révélation de la chaleur et de l’humidité de l'atmosphère. Une grande machine à presser le coton et des magasins de grains, une maison à cheminées et d’autres dépendances de la plantation sont commodément groupés sous les ombrages de grands chênes protecteurs. La propriété produit du coton, des grains, des patates douces, des bêtes à cornes, des porcs et de la volaille. Les daims se montrent quelquefois dans les champs de l'exploitation, tandis que l'appel matinal du dindon sauvage arrive des buissons voisins.
Dans cette partie retirée de la Floride, égayée par la société d’une femme dévouée et de quatre aimables filles, vivait le propriétaire, qui ne nous fit pas seulement participer aux charmes de sa maison bien ordon-
née, mais qui ifsista aussi pour accompagner le canot de papier jusqu’à la mer.
Rassemblés autour des foyers de ces habitants des bois, la conversation s’engageait généralement sur les récits de chasse, les traditions indiennes et les épreuves qu'eurent à souffrir les pionniers lorsqu'ils étaient venus s'établir au milieu des forêts.
Un accident d’un intérêt saisissant était arrivé sur les bords du Suwanee quelques semaines avant que le canot de papier entrât dans ses eaux. Deux chasseurs étaient allés la nuit dans 1es bois pour tirer des daims à la lueur de torches allumées. Comme ils avançaient avec ces torches élevées au-dessus de leur tête, ils arrivèrent sur un troupeau de daims, qui, éblouis par l'éclat de la lumière, ne firent pas le moindre effort pour échapper.
Enfonçant leurs torches en terre, les chasseurs se couchèrent sur l'herbe pour se cacher aux animaux qu'ils espéraient tuer à leur convenance. L'un des chasseurs s'était posté sous les branches d'un grand arbre; l'autre à quelques pas de distance. Avant que le signal convenu pour tirer fût donné, le bruit d’un corps leurd tombant à terre, suivi d'un cri étoufté, fit tressaillir le chasseur le plus éloigné de l'arbre. Frappé d’alarme, il courut au secours de son ami, dont le corps inanimé était couvert par une grande panthère qui s'était élancée sur lui du haut d'une des branches principales du grand chêne. Briser avec ses fortes mâchoires les os du pauvre bûcheron n'avait été pour ce puissant animal que l'affaire d’un instant.
panthère.