‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 36 sur 184 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

et de six Indiens; ils suivirent le cours des rivières le Richelieu et le Champlain, que les sauvages appelaient la grande porte du pays. La petite troupe s'arrêta, le jour de la Fête-Dieu, à l'extrémité nord du lae George, ce qui lui fit donner, sous l'influence de l'esprit catholique du missionnaire jésuite, le nom de « lac du Saint-Sacrement », qu'il a conservé pendant toute la durée du siècle. Le 18 octobre 1646, le tomahawk ! des sauvages mit fin à la vie du Père Jogues, qui, après avoir souffert maintes tortures et de barbares insultes, mourut au milieu d'eux, poursuivant son œuvre chrétienne pour leur salut. ®

Le droit de donner son nom à un nouveau lac ou à une nouvelle rivière qu'on vient de découvrir est incontestable. Un missionnaire de la croix avait pénétré dans une solitude inexplorée, et il avait trouvé le plus beau joyau de la partie basse des Adirondacks, inconnue jusque-là à l’homme civilisé. Sous l'impression de cet ouvrage sublime du Créateur, le prêtre martyr lui donna le xom de lac du Saint-Sacrement.

Cent ans plus tard, des troupes de soldats arrivèrent, vomissant d'épouvantables blasphèmes et maudissant leurs ennemis. Quel respect pouvaient-ils avoir pour les droits des exnlorateurs ou des missionnaires? Aussi le général Johnson, un Irlandais ambitieux, rejeta-t-il le nom chrétien que portait le lac. Il le remplaça par le nom anglais de George, qu'il ne faut pas confondre avec saint Georges, le patron de l'Angleterre,

1 Tomahawk, casse tête des sauvages.

dont l’histoire dit qu'il était originaire de la Cappadoce o de la Cilicie, qu'il s'éleva de rien, par la courtisanerie vis-à-vis des grands, à la situation de fournisseur des vivres, et qu'il fut mis à mort pour ses prévarications avec deux de ses officiers, en l’année 361 de notre ère.

En choisissant le nom d’un roi sensuel, George IV d'Angleterre, le général Johnson ne songeait qu'à ses intérêts personnels de courtisan. Pendant plus d'un siècle, le lac George avait été la grande voie de communication entre le Canada et le fleuve Hudson. Ses eaux étaient si estimées qu’on s’en servait toujours dans les églises catholiques romaines du Canada pour les baptèmes et autres cérémonies religieuses. Ce lac était trèssouvent occupé par des armées, et, à son extrémité sud, les forts George et Henry rappellent les souvenirs historiques les plus intéressants.

Le romancier Cooper a fait du lac George le théâtre de plusieurs de ses romans. Pour les jeunes générations américaines qui le visitent chaque année, c'est un véritable Eldorado. L'air même y est imprégné d'amour, et quand ces touristes de vingt ans glissent dans de légers esquifs sur des eaux transparentes, ils ajoutent au pittoresque du paysage ce complément toujours nécessaire, quelle que soit la beauté de la nature : la présence de l'homme. Je crois même que le paradis terrestre ne devait pas être parfait jusqu'au moment où se dessina, au milieu des bosquets, l'ombre de nos premiers parents. Promontoires hardis, fraîches retraites, rocs couverts de mousse et contre

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