‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 42 sur 184 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

« Maintenant, augmentons nos pièces et faisons deux bateaux d'un poids égal; nous trouvons alors les diférences suivantes : le bateau de bois, étant rigide et susceptible de se fendre, ne peut être travaillé que d’après un modèle donné ; le papier, au contraire, étant parfaitement flexible, peut prendre toutes les formes désirables ; d'où il résulte que, quelle que soit la finesse de lignes du moule, le papier prendra la forme identique pour être ensuite durci, poli et rendu imperméable. En outre, le papier ni ne rétrécit, ni ne se gonfle, ni ne se fend, et par conséquent il ne fait pas de voie d’eau, est toujours en bon état et prêt pour le service. Quant à la dépense, il y a peu de différence dans le prix de ces deux bateaux, qui est de vingt-cinq dollars (cent trente francs) pour chacun. Ceux qui ont employé les canots de papier les regardent comme presque parfaits, et certainement ceux que cette question intéresse doivent savoir, tout préjugé mis de côté, quel est le meilleur. » :

Une fissure dans un canot de papier se répare facilement avec un morceau de papier fort et une couche de colle marine appliquée au moyen d'un fer chaud.

Comme un canot de papier est une nouveauté pour beaucoup de personnes, une courte esquisse de son histoire intéressera sans doute le lecteur.

M. Georges Waters, fils du principal associé de la maison Waters ct fils, de Troy (État de New-York), avait été invité il y a quelques années à un bal travesti. Le jeune homme commença par aller acheter un masque

chez un marchand de joucts ; mais trouvant que le prix demandé (huit dollars) était plus qu’il ne pouvait dépenser pour le plaisir d’une seule soirée, il se contenta de louer le masque et d'en prendre une empreinte aussi parfaite que l'était l'original. Pendant qu'il s'occupait de ce travail, une idée traversa son cerveau, et il se demanda si un canot ne pourrait pas être fait de la même matière et dans des conditions identiques sur le modèle d’un bateau en bois; si, par exemple, une coque de carton recouverte d'une couche de vernis ne flotterait pas aussi bien et ne serait pas plus légère qu’un bateau en bois. à Cela se passait au mois de mars 1867, époque à laquelle M. Waters était employé dans une manufacture de cartonnage. Ayant réparé des avaries à un shell boat, à l'aide de feuilles de papier fort, collées solidement, il fut si satisfait du résultat qu'il s’appliqua immédiatement à développer son ingénieuse invention. ë

Aidé par son père, M. Elisha Waters, il se mit à l'œuvre de la manière suivante : « Prenant comme moule une coque de bois de treize pouces de largeur et de trente pieds de longueur, il en recouvrit entièrement les fonds et les flancs de petites feuilles de papier de Manille collées ensemble et superposées les unes sur les autres, de telle sorte qu'elles fussent toutes recouvertes par le milieu de la feuille collée immédiatement au-dessus, produisant un carton d’un seizième de pouce d’épaisseur. Le modèle ainsi construit, il le fit sécher avec soin, puis après l'avoir retiré du moule et pourvu d'une car-

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