‹ En canot de papier de Québec au golfe du Mexique [microforme]Chapitre 81 sur 184 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

struite avec mes rames et des coquilles d’huîtres, pour les mettre à l'abri de la prochaine marée; ensuite, je m'enveloppai doucement et non sans peine dans l’étroite coque du canot, où je devais passer la nuit. Je boutonnai la toile du pont à sa place, puis j'essayai de dormir en rêvant que je n'étais ni sardine, ni prisonnier dans quelque cachot inhospitalier. Me retourner sans déboutonner un côté de la couverture était chose impossible, même en me livrant à une gymnastique d'acrobate de première classe : je n'avais jamais pensé que pour me retourner dans mon lit, il faudrait commencer par en sortir. :

À minuit, les canards sauvages (anas boschas) arrivèrent en bandes tout près du marais. Le doux chant du mâle, qui, dans cette espèce particulière de palmipèdes, n’a pas la voix c'iarde de la femelle, affirme d’une manière authentique son identité. Puis des rats musqués et des blaireaux qui mangent les huîtres vinrent bientôt dans le voisinage de mon campement, attirés, sans doute, par l’odeur de mes provisions. Le bruit que je faisais avec mes jambes dans la coque du canot étonnait ces animaux et éveillait leur curiosité, car ils restèrent jusqu'à l'aube à m'ennuyer.

Quand je sortis de mon lit, l'air froid me prit à la figure, et l'humidité glaciale du marais me gela les pieds. C'était le temps perdu à la passe Watchapreague qui m'avait ainsi retenu sur ce marais inhospitalier ; je voulus utiliser ce qui me restait de patience, et j'achevai ma toilette en titubant dans mes souliers humides. L'eau glacée dans laquelle je dus marcher jusqu’à la cheville

me rappela que cette froide matinée d'hiver était le 1°" décembre, et que le tempétueux Hattéras, au sud duquel je devais trouver un climat plus doux, était encore bien loin. La vigueur des coups de rames que je donnai en suivant l'ile Paramore (que les gens du pays appellent Palmor), pour arriver jusqu'à l'entrée si large de la passe du petit Machicongo, rendit la chaleur à mes membres engourdis. Cette large porte de l'Océan me laissa passer en paix par son chambranle occidental, car le jour était calme.

Du petit Machipongo au grand Machipongo, la plage s'appelle l'ile Hog. Le passage de l'intérieur est borné à l'ouest par l'ile Rogue, où s'élève une maison solitaire. À l'extrémité sud de cette île, on trouve un petit magasin dans une crique et un phare sur le rivage; un peu plus loin est établie une exploitation dans une forêt de pins.

À midi, j'avais traversé sans danger la passe du grand Machipongo et longé quelques milles de l’île Cobb jusqu’à Sand-shoal, où l’on voit l'hôtel des Trois Frères Cobb, aui donne un aspect riant à ce vaste déseri de sables arides. A la pointe sud de l'île Cobb, la passe de Sand-shoal a une profondeur de douze pieds d'eau sur sa barre, à marée basse.

Le lendemain, je traversai la large baie (8 milles) sur un bac à rames qui fait régulièrement le service avec le continent ; le canot fut mis sur une voiture et transporté par terre à cinq milles de Cherrystone, le seul point près du cap Charies où un bateau à vapeur de Norfolk amène les voyageurs.

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