VUE
C’est le Lac St.-Jean.
Des cris d'enthousiasme s’échappent de nos poitrines.
Nous descendons au presbytère. Les portes de l'Église sont ouvertes, et nous entendons la voix sonore du P. Lacasse, qui fait le sermon.
Après la messe, le bon Père reprend la parole sur la galerie du presbytère, et y développe son sujet favori : la colonisa-
tion.
En terminant, il invite M. Jannet à dire
quelques mots, et notre excellent ami, qui est toujours prêt, fait à l'auditoire un tabteau peu flatté de la situation des cana-
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61 ST-JÉROM
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diens qu'il vient de visiter aux Etats-Uis.
Il adjure chaleureusement ses auditeurs au nom d2 la patrie et de la religion de ne pas abandonner le sol natal.
Le Rév. M. Hébert dit aussi quelques mots, et à la suggestion du P. Lacasse, l'auditoire pousse des hourras enthousiastes pour chacun de nous.
Le mot de la fin du P. Lacasse devant toujours être une originalité, il propose à ses auditeurs cette dernière acclamation :
hourra pour vous autres |
Les braves gens restent un peu interloqués, et quelques cris timides se mêlent aux éclats de rire.
Nous rentrons alors nous ‘ iUSONS.
Le P. Lacasse est arrivé à St-Jérôme la veille avec deux canots d’écorce et six ra
$ meurs, dont un Métis et cinq Montagnais. à Dee Les Montagnais sont auprès de leurs ca- | ours nots, sur la grêve, attendant nos ordres. | igion de Où Mais le vent s'est élevé, et la vague gros- | “sie ne nous permettra pas de partir avant 1}
quelques cinq heures du soir. :
Lacasse, + En attendant nous jouissons de la gé- f enthou- Unéreuse hospitalité du Rév. M. Vallée, | 3 curé de St.- Jérôme. |
e devant 1 | A l'heure fixée, nous nous arrachons if ropose à Bux délices de Capoue, et nous allons |
amation : MMoindre nos sauvages sur cette belle grêve
$ de sable qui sert de ceinture au lac.
On nous à préparé au fond des canots
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se mêlent es coussins moelleux, adossés aux barres,
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t nous nous y installons comme dans des
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LL fl iusOons. 1 bc est avec regret que nous laissons ici 11 Jérôme la | ] ur le rivage avec d’autres amis le bon M.
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Hébert que les devoirs de son ministère rappellent à Kamouraska, et qui ne peut nous suivre plus loin.
Passagers et rameurssont à leurs postes,
le signal est donné, et les avirons plon- M ji geant dans l'onde en cadence font glisser
les canots sur la crête des vagues qui ne
sont pas encore tout-à-fait apaisées.
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. Aussitôt le P. Lacasse et les sauvages se découvrent, et le missionnaire dit À haute voix la prière du départ. Sans la comprendre parce qu'elle est en Monta-
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gnais—nous nous y joignons d'intention et nous défions après cela les éléments.
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sauvages ire dit à Sans la 1 Monta-
intention La vague du large, surtout au bout des
ments. : | | pointes, est encore un peu forte pour nos
ots qui portent chacun cinq hommes et L
des bagages assez considérables— et nous
Mivons toutes les sinuosités du rivage äns nous en éloigner.
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Les deux canots filent de front avec une égale vitesse, et se rapprochent parfois assez pour nous permettre de nous serrer la main d’une embarcation à l’autre.
Le P. Lacasse et M. Jannet sont en-
semble, et le chef de leurs rameurs est un
Métis nommé Patrick. C'est un homme de haute stature, admirablement taillé et . , r . , 0 .
proportionné. Traits réguliers et pleins d'intelligence, teint légèrement bronzé, chevelure et moustache abondantes et noires, des yeux vifs et fins. En costume militaire il serait incomparable.
M. de Foucault et moi avons pour Canotier-en-chef le bon Tienniche, un des types montagnais les plus parfaits, et un aviron hors ligne. Une forte tête, portant une forêt de grands cheveux en désordre, les yeux petits mais noirs et perçants, les pommettes des joues très saillantes, les
SUR LE LAC Qi 69
ec une rin ertes, | a
arfois narines ouvertes, le menton anguleux et sans un poil, le cou gonflé de muscles
serrer à
: } énormes qui ressemblent à des cordazes.
Il est à l'arrière du canot, tête nue et pieds
nt en- | nus : la chemise ouverte laisse voir sa
est un | vaste poitrine, et quand ses bras robustes
homme ) plongent l'aviron dans l'eau le canot se
aillé et soulève, comm? s'il allait prendre son vol.
pleins
A À tout seigneur tout honneur : Patrick
bronzé, 1 est prié de chanter.
ntes et
ostume Conformément à toutes les règles de art, il tousse et crache légèrement, et
une voix superbe il entonne :
pur Ca-
un des Lève ton pied, légère bergère,
s, et un Lève ton pied légèrement.
portant
ésordre, … Nous répondons en chœur avec entrain.
ants, les Quand je dis nous, je ne veux pas dire
ntes, les es rameurs montagnais—ils ne savent
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pas un mot de français—ni M. Jannet ; il sait passablement le français, lui, mais
en fait de chant, il ne sait pas même
Lève ton pied, légère bergère!
Je veux donc dire le narrateur, le Comte de Foucault, et le P. Lecasse. Oui, même le P. Lacasse. En chœur, et pour un chant classique comme
Lève ton pied, lézère bergère,
il n'est vraiment pas pire qu'un autre.
Nous apprécierons plus loin ses mérites
comme soliste.
Lorsque Patrick acheva le cent cinquantième couplet la vague s'était apaisée et le soleil allait bientôt disparaître derrière les grands bois dont les ombres s’allongeaient mélancoliquement sur le lac. Sur la côte, au sommet d’une éminence qui
} domine les arbres, se dresse le clocher
annet ; | à à sis d'une église. C'est St, Louis de Cham- ! bord. Ces deux noms si français et si as glorieux soulèvent notre enthousiasme et | nous font pousser de nombreux vivats.
eur, le Quelle féerie que cette navigation fanse. Oui, astique, sans hélices, sans roues, sans et pour oiles, dans ces écorces légères, taillées comme des conques marines, et mises en nouvement par des demi-dieux de la fotêt, supérieurs à tous les Neptune de n autre. lantiquité païenne. Qu'était-ce que le mérites ar de Neptune traîné par les Tritons de la Fable, quand nous le comparons à hos conques d'écorce, commandées par sb ienniche et Patrick ?
paisée et À.
: derrière | Les anses de sable etles pointes boiss s'allon- fées ou rocheuses se succèdent les unes lac. Sur Aux autres comme par enchantement et
ence qui arient sans cesse les décors.
De temps en temps une habitation se montre sur un léger promontoire ou sur une pointe avancée, et la famille, éparpillée sur le perron pour prendre le frais, nous salue en agitant des chapeaux et des
mouchoirs. Nous répondons par des
bravos et des salutations, et nous entonnons un cantique dont le refrain nous revient repercuté par les échos de la côte.
Cela nous rappelle ce que Chateau-
briand raconte des premières missions du
Paragnay, et ces courses merveilleuses des
PR MER MEN ne mr momie PP SRE TE PE