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ë STELLA MARIS 47
Où la vague sourit à côté de l’écueil,
Où le ciel est d'azur la veille d'un naufrage,
Où l'océan !e berce en creusant son cercueil ! L'enfant avait quatre ans et se nommait Marie ;
Nous ses vêtements bleus brillait son teint vermeil ;
Les pauvres gens l’aimaient avec idolatrie :
Elle étuit dans leur vie un rayon de soleil.
Au:si, quand au retour d’une pêche mauvaise,
Abrès avoir passé toute la nuit sur l’eau,
Le père apercevait l'enfant sur la falaise,
Le bonheur exalcait l’à ne de Kervilo.
Il oubliait sa peine et sa misère sombre ;
D'un: l'œil de son enfant le ciel lui souriait.
La profondeur des mers soudain m'avait plus d'ombre,
Car Pamour de son cœur comme un astre brillait.
Son Dieu, sx femine Jeanne et sa petite fille
Etiient de Kervilo les trois seules amours ;
Je me trompe, sr barque était de la famille,
Il pouvait bien l’aimer, il y passait ses jours.
Son nom était La Mauve, et sous ses quatre voiles
Elle glissait sur l’eau comme l'oiseau des mers ;
Quand le vent fraichissait sous un ciel sans étoiles,
C'était un feu-follet riant des flots amers.
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‘Voyez, disait son maître aux marins de la cûte, ‘ Voyez comme elle est svelte, élancée à l’avant ; ‘ Admirez ce beaupré, cette mâture haute 4
‘€ Qui dans les temps manvais se courbe sous Le vent,
46 Cette poupe élégante et dansant sur la lame! d ‘6 Mais voulez-vous savoir pourquoi je l’aime tant ? ‘ C'est que La Mauve, amis, a l’air d’avoir une âme,
jl ‘“ Et lorsque je lui parle on dirait qu’elle entend!
il Un matin de Novembre, une brise folâtre UE : Riait dans le feuiilage et jouait sur les eaux. L’aurore flamboyait, et l1 vague bleuâtre
jh Se moirait sons ses feux des reflets les plus beaux.
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| Et lorsque le soleil parut sur l’horizon,
| { | je L’aube sur les coteaux versait sa lueur fanve, 1 Kervilo sur la grêve appareillait La Mauve
|| En chantonnant : “ Le temps est beau pour lasaison D E
|| Il allait s’'embarquer lorsque Jeanne et Marie Î }
ant ;
s le vent, 1e !
o tant ?
ane âme,
tend!
la saison.”
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Accoarurent disant : Bon père, emmène-nous. Kervilo résista, mais son âme attendrie
Céda, lorsqne l'enfant embrassa ses genoux.
Le ciel était si pur, la mer étuit si belle!
Le soleil promettait un jour délicieux.
ls partirent tous trois et la blanche nacelle Cingla légèrement entre l’onde et les cieux.
Sar le plus haut sommet de la falaise altière, Immobiie et muette à l’ombre des grands pins, Les bras levés au ciel, une madone en pierre, L'œil perdu sur les flots, priait pour les marins, Jeanne la salu. La petite Marie,
Que sa mère an printemps avait vouée au bleu, Dit en joignant les mains : ‘6 Patrone chérie!
Etoile de ln mer, pour nons tons priez Dieu. ”
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La mer! c’est un bercean quand elle est endormie Et fait en ondulant le hamac le plus doux ;
Mais gare à son réveil, car c’est une ennemie
Qui contre le navire entre alors eu courroux. ]
On dirait que soudain une haine terrible, ; | Messagère de mort—s'allume dans sou sein ; c | Elle crie, elle éenme, et sur su face horrible < | Se trahit contre l’homme un sinistre dessein. ( (l Elle ouvre en muzissant ses entrailles puissantes, : | Elle y creuse soudain des abîmes sans fond, } | Et dressant des milliers de têtes menagçantes I | Elle jette un défi d’audace au ciel profond. J} La mer, c'est l’inconifu, c’est le désert sans bornes, L | C’est l’abîme insondable, immense, plein de bruit ; k Q | | C’est la mort parcourant des solitudes mornes F | En aveugle invincible, et frappant dans la nuit ! | (l Mais, ce jour-la, la mer était vraiment splendide. | La Mauveuvec un air joyeux et triomphant, r l Coquette, s’y mirait ; et, sur son sein candide, | ) | L'onde la dorlottait, comme on fait un enfant, E || On eut dit que la vague avait fait sa toilette : J b Sa robe déployée en longs plis onduleux J | Miroitait, tautôt rose et tantôt violette, 2. 0 | Ou bien laissait flotter d'immenses rubans bleus. F | La paix et l'espérance animaient toutes choses, nl | jll
je,
Et la barque portait la joie et l'amour pur.
Avec ses grands yeux bleus, avec ses lèvres roses, Ses blonds chevenx tombant sur sa robe d'azur, Souriante à l'avant de la barque fidèle,
On eut dit qe Marie était l’ango des mers,
Tout près à s'envoler vers les cienx d'un coup d’aile, Après une visite à ses gouffres amers.
La bonne Jeanne, heureuse, avait l'âme ravie,
Et Kervilo éhinntatt sa plus belle chanson.
Rendons grâces à Dien d’embellir notre vie, S disaient ces deux cœurs battant à l'unisson,
Bt leurs yeux contemolaient lenr enfant bien-nimé.
Eufin voiei l'endroit où le poisson se plait, Les lieux où se rassemble une troupe affamée Attendant le pêcheur qui lui tend son filet.
Kervilo jeta l'ancre, et la pêche fat bonne; Jamais il n'avait pris autant de beaux poissons. Joyeux il regardait ce présent de l'automne, Comme l’homme des champs contemple sa moisson. Et pendant ce temps-là, tont fier de sa richesse,
Il w’apercevait pas, s’élevant du couchant,
Comme un drapeau funèbre annonçant la détresse,
Un immense nuage à l'aspect menaçant.
L'eufant jouuit, causait, et ses éclats de rire Prolonugeaient sur les flots leur timbre du cristal, Ces fraiches voix d'enfant sont des cordes de lyre Qu'un souffle fait vibrer comme un fil de mécal. Tout l’amusait ; parfois elle essayait de prendre Dans ses petites mains les poissons frétillants, Leur parlait vivement de sa voix la plus tendre, Et leur disait des mots naïts et pétillants,
Ce caquet enfantin étiit une musique ; Les parents l’écoutaient avec ravissement, Et pendant ce temps-là le nuage tragique
Montait, moutait toujours, couvrant le firmament,
Rien ue troublait encor le calme de la lame.
Tout-à-coup Jeanne, triste, eut un tressaillement—
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Car, il faut l'avouer, plus que l’homme, la femme Des périls à venir a le pressentiment—
Elle leva la tête et regarda les nues :
‘ Kervilo, vois là-bas, ” dit elle, l’œil hagard ; Et l’homme fut saisi de terreurs inconnues Lorsque sur l'horizon il jeta son regard.
Il ne prononça pas nine seule parole,
Leva l’ancre, et tendit sa voile au vent léger. La Mauve s'élança comme nn oiseau qui vole Et parut pressentir l'approche du danger.
Lévère, elle s'enfuit en inclinant sa tête ; Soudain elle trembla sous un souffle puissant, Le souffla précurseur de l’horrible tempête.
Elle penchr ; s:s mûts craquèrent en grinçant, Puiselle fi6 alors une course effrénée ;
Comme une brum: b'anchs eile effleura les eaux ; Au moment périlleux, fatal de L1 journée,
Elle avait et le nom et l’aile des oiseaux,
Mis la nacalle en vain s'enfuyait frémissante, Le brouillard accoarait plus vite qu'elle encor, Et bientôt la bourrasque éclata mugissante
Et rien n’arrêta plus son effroyable essor.
D ré Fo ner dr non pe pe er
C'était un tourbillon sinistre de nuées ;
Les cordages vibraient et ponssaient des sanglots, Et le vent et la mer échangaient des huées
Qui semuient la terreur sur la terre et les flots. Pâle, et les doigts crispés sur la barre solide,
Qui tremblait dans sa main et ple at sous l'effort, Kervilo regardait, l’œil fixe dans le vide.
Qu'y voyait-il ? Hé'as, probablement la mort.
La petite Marie, en proie à l’épouvante,
S’était blottie en pleurs sur le sein maternel,
Et Jeanne la pressait, la cachait so:is sa mante,
Eau lui disant : prious ensemble l'Eternel :
‘ Notre Père des cieux, disaient les deux voix pures, ‘6 Délivrez-nous du mal ; grâce, sauvez nos jours. ‘ Ne laissez pas périr, Seigneur, vos créatures ;
#& Et vous, Saiaite Marie, au secours ! au secours !”
Mais l’orage angmentait de fureur et d'audaee. L'onde en tourbillounant s'élevait dans les airs, Comme un sable mouvaut lorsque le simoun passe $
Et La Mauve glissait dans des goufres ouverts
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Où l’on ne voyait plus ses grandes voiles blanches.
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slots, Les vagues se tordant poussaient un cri vengeur, Ou bien ellescroulaient comme des avalanches, | |
8 Menaçant d’eugloutir la barque du pêcheur ; ll Mais La Mauve filait, agile, ruisselante, à)
efort, Et poursuivait sa course à travers les brisauts | 11
Qui formaient autour d'elle une meute hurlante.
—Les rivages déjà s’anprochaient souriants ;
L'Ile-des-Sept—Sommeils et le haut promontoire | |
Allaient èn peu de temps être enfin dépassés. (à
La Mauve allait encor remporter la victoire
Et, vivante, revoir la Baie-des-Trépassés.
Soudain un coup de mer d’une force terrible
Vint l’assaillir en flanc, et par l’étrave entra ; |
La barque fit entendre un craquemént horrible, ii
passe ; Se coucha brusquement daus la mér, et sombra.
Anges qui voltigez par delà les étoiles,
ennemi
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