ET LE RAPIDE GERVÀIS
Patrick s'avance sur la grève, gravit un entassement de rochers, et de son œil perçant inspecte Thorizon. Il examine la surface liquide, et ses bouillonnements monstrueux. Il compte les écueils et les abîmes, il suit les courants, et par le seul aspect de l'eau il mesure sa profondeur.
A ce savant illettré qui n'a jamais étudié l'hydraulique, le dessus révèle le dessous, et s'il pouvait manier le crayon comme l'aviron, je suis sûr qu'il pourrait faire un dessin parfaitement exact du lit de la rivière par la seule inspection de la physionomie extérieure de l'eau.
Quand il a tout examiné et pris son parti sur la route à suivre, il revient à nous et dit :
Nous pourrions tous ensemble sauter ce rapide dans toute sa longeur, mais dans
les premiers tourbillons qui sont violents les canots prendraient beaucoup d'eau. Il vaut mieux que vous marchiez quelques pas, messieurs. Nous franchirons seuls la première chute, et nous vous reprendrons, ici près de ce gros rocher.
Nous nous conformons au programme et tout en cheminant sur les cailloux du rivage nous regardons faire nos canotiers.
Ils ont une peine infinie à triompher du courant de recul que j'ai signalé plus haut. Mais enfin ils arrivent au bord de la plate-forme qui précède l'effondrement, et tout-à-coup, comme des ballons captifs dont on brise les liens, les canots prennent leur élan. Ils glissent au fond d'un gouffre béant, comme des traînaux qui descendent d'une colline de neige, et l'on dirait qu'il vont s'enfoncer sous Teau.
Mais non, ils se relèvent fièrement et ils