‹ En canot: petit voyage au lac St-JeanChapitre 17 sur 22 · ET LE RAPIDE GERVAIS 17S · texte numérisé non relu

ET LE RAPIDE GERVAIS 17S

selancent au sommet des grands ondulations, comme des oiseaux qui vont prendre leur vol.

En un clin d'œil ils sont à l'endroit fix^ où nous les accueillons avec des vivats prolongés, et nous embarquons.

Un seul coup d'aviron nous relance au milieu du courant, et nous faisons alors une course effrénée. Ce n'est plus uae rivière qui nous entraîne, c est un fleuve^ mais un fleuve qui court comme un torrent, une énorme masse d'eau qui se précipite, qui bondit, qui se cabre comme ua coursier, qui tombe en mugissant dans des caves profondes, et qui rejaillit ca gerbes d'écume.

Mille obstacles se dressent devant les vagues effarées» mais elles sautent pardessus en hurlant, et rien ne les arrête-

176 LA VACHE CAILLG

Çà et là se présentent des impasses effrayantes, des abîmes pleins d'attraction, des tourniquets formidables, des embûches périlleuses, et rémotion nous empêche de respirer ; mais chaque nouveau danger est un nouveau triomphe, et nos poitrines se dilatant enfin ne peuvent retenir des crîs d'enthousiasme et de joie.

Le Saguenay a tant sauté, tant mugi, ▼aincu tant d'obstacles qu'il se repose enfin. Mais il ne s'endort pas : il continue de courir et sa course ne devient paisible que lorsque rien ne lui résiste plus.

Nous voguons ainsi plusieurs milles au milieu d'une série de paysages constamment variés.

Mais nous avons pris le goût des rapides dangereux et des émotions qu'ils causent Ce n'est pas en vain que nous

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