‹ En Chine au Tché-ly S.-E. [microform]Chapitre 11 sur 284 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

VKRS LA MISSION.

large ceinture, ne pouvant rien cacher dans les plis d'un vêtement, l'homme tient un turban entre les mains, il le brûle... il le retire du feu, intact,... il y trouve un serpent, et s'en entourant le cou comme d'une cravate, il commence sa quête au milieu des assistants. Elle est rarement fructueuse, à en juger par sa pauvre mine, et s'il est au service du diable, comme le pense un Père missionnaire, le diable paye mal les gens de sa maison. Nous avons un meilleur maître !

Le séjour à Port-Saïd a du moins un avantage ; il ne se prolonge pas. Le navire s'engage avec précaution dans le lit étroit, bien qu'assez profond, du fameux canal, et la terre d'Egypte commence à se révéler sous un aspect que ne connaissent pas les Occidentaux. Les yeux d'abord sont surpris et comme affligés de la tristesse apparente d'un rivage dénudé. C'est le désert ; mais il a sa magnificence et ses spectacles splendides et changeants. Ce sont des nuages qui passent sur ces solitudes et semblent porter dans leurs flancs des châteaux, des vallons, des lacs enfermés dans l'escarpement de rochers ; effet du mirage, mais effet délicieux ! Voici qu'un tourbillon s'élève... on le dirait déchiré par les coups de canon d'une artillerie inconnue ; ce sont des oiseaux qui s'ébattent dans les premiers feux du jour; bientôt un nouveau caprice les transporte sur la mer qu'ils recouvrent de leurs blanches ailes comme d'un voile immaculé. Ou bien c'est une armée de pélicans rangés en bataille dans un ordre admirable, qui s'avance à la pêche et s'apprête à surprendre, dans une ligne de circonvallation, le poisson si abondant dans ces parages.

Ailleurs, les mêmes scènes de la nature n'auraient pas la même beauté. Il leur manquerait le soleil de l'Orient et de la vallée du Nil. Quelle lumière ! qu'elle est abondante ! et qu'elle a de douceur et d'éclat!... Nulle part on ne comprend mieux cette clarté purpurine dont Virgile a fait le vêtement des choses. M. de Rochechouart a remarqué dans les campagnes de la Haute-Egypte que pas « un

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arbre n'est isolé, pas une bâtisse, saillante, toute la beauté du

paysage tient dans la couleur, dans l'éclat... dans la pureté du

ciel, dans l'étendue des lignes et dans leur fixité inébranlable ».

Cette impression s'est fortifiée chez les voyageurs à qui les circonstances ont permis de remonter pendant quelques heures ou quelques journées le cours du Nil. Sous l'empire d'un sentiment religieux, ils marchaient dans ces campagnes qui, à travers tant de siècles, conservent, sans le briser, le cadre des grandes scènes de la Bible et de l'Evangile. Cet ânon, conduit par un fellah ou par une jeune femme vêtue comme devait l'être la Bienheureuse \^ierge Marie, n'est-il pas chargé du divin enfant ?... A cette corbeille qui tlotte sur le Nil et descend vers Memphis, est-ce qu'une pauvre mère n'a point confié l'existence de son petit Moïse ?...

Lorsque la nature change si peu, on croit moins aux changements du temps et de l'histoire. Avec une impassibilité dédaigneuse, le fieuve roule ses eaux, pleines d'un limon généreux, au pied des palais en ruines que jadis Sésostris remplissait de sa gloire. Les mêmes honneurs l'accueillent ; il est reçu par les infidèles comme un Dieu, par tous, comme un roi ; ils attendent leur richesse de sa magnificence. On sait l'heure où il vient avec une exactitude royale ou sidérale. Longtemps à l'avance \ le peuple, massé sur les rives, salue le passage du J^/o/ de ses acclamations joyeuses, de ses chants, de ses jeux. Mahomet n'entend jamais autant de louanges. Pourquoi ne vont-elles pas à celui qui ordonne aux pluies équatoriales de remplir les lacs où s'alimentent des sources longtemps mystérieuses ?

Si curieux qu'il soit à étudier, le Nil ne saurait retenir les missionnaires, ils descendent vers Aden en traversant la Mer Rouge. Ordinairement c'est une fournaise. Le Capitaine recommande aux passagers de se défendre contre l'ardeur du soleil, et pour montrer, par un exemple sensible, que son conseil est opportun, il ajoute

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