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CHAPITRE m. — RELIGIONS ET SUPERSTITIONS

Toutefois, continue notre témoin, ia curiosité du visiteur ne trouve pas toutes les portes ouvertes. Il advint, raconte-t-il, que la fille d'un docteur allant, accompagnée de deux suivantes, à la maison des champs de son père, désira descendre de sa chaise et entrer dans une pagode fameuse pour en invoquer l'idole ; elle fit donc prier les bonzes de se retirer pendant ses dévotions. Tous obtempérèrent à sa demande, excepté le Supérieur. Ce méchant homme chargea deux serviteurs d'arrêter les servantes, et lui-même ravit la jeune fille malgré les cris et les larmes de cette malheureuse. Le docteur apprenant comment elle avait disparu, fit à la bonzerie une première et inutile visite. On lui répondit par une fin de non recevoir. Il se représenta, cette fois accompagné d'un général tartare de ses amis. Les bonzes comptant sur la crédulité de ces deux hommes, leur dirent que Fo, dieu de leur pagode, charmé de la beauté de cette jeune personne, avait résolu de l'élever au rang de ses épouses, grand honneur, ajoutaient-ils, pour toute sa famille !... Le général et le docteur, furieux de cette fable ridicule, résolurent d'inspecter tout le monastère ; pendant leur visite, le général aperçut une porte de fer fermant l'entrée d'un souterrain. Quelques cris confus l'aidant, il pénétra dans une prison où la fille de son ami était enfermée avec trente compagnes de sa douloureuse captivité. Tandis qu'elles quittaient toutes cet infâme monastère, le feu était mis aux quatre coins et il dévora le temple, les autels, les idoles et leurs ministres.

Cependant, même dans ces demeures du mensonge, la Vérité a ses serviteurs : ceux qui la cherchent, et parfois ceux qui la trouvent. La correspondance des missionnaires en cite quelques exemples, mais combien rares ! Trop de chaînes attachent ces malheureux à leurs idoles. Ce ne sont point toujours celles du plaisir. Dans telle lamaserie ou dans telle bonzerie, on pratique ou l'on impose des pénitences effroyables. Dans les lamaseries de la Mongolie ou du Chansi en particulier, vivent des ascètes livrés à d'étranges

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mortifications \ L'un d'eux, depuis quarante ans, verse dans un tonneau des haricots et de la menue verroterie. Aussitôt que le récipient est plein, il se vide par le jeu d'un ressort, et notre homme recommence du même geste monotone, patient, éternel, La nuit, il dort, enveloppé de son manteau, à cette même place qu'il ne quitte plus. Pendant le même temps, un dévot de la déesse Rovang-yu, accroupi devant son idole, frappe du front le socle de la statue, et le marbre s'est usé sous les coups répétés de cette adoration. D'autres se déchirent, se mutilent ou quelquefois se brûlent la tête avec des morceaux d'encens enflammés, dans une espèce de délire ou d'extase sauvage ; il ne leur échappe pas un seul cri de douleur, ils disent la même invocation ardente et passionnée : «Omi-to-fou! Omito-fou!»

Plus étonnant encore le fait attesté par le P. Edel dans une lettre au Père Feyerstein.

Dernièrement, dit-il, on voyait passer sur la route de Chien-Chien le phénomène et le prodige de la piété filiale. C'est, dit-on, un homme riche de Mongolie qui, pour obtenir la santé de sa mère, accomplit le pèlerinage que les bonzes lui ont imposé ; mais quel pèlerinage !... 800 lieues au pain et à l'eau, avec l'obligation de s'arrêter à chaque pas, et, à chaque pas, de s'agenouiller et de frapper la terre avec le front. Depuis trois ans il est en route, il n'a fait que la quinzième partie de son chemin. Vraiment les bonzes ne se sont pas témérairement engagés en promettant une guérison mstantanée lorsque le malheureux pèlerin, au ternie de son voyage, offrirait l'encens à Loo-Mou, la déesse vénérable !... ou littéralement la vieille Mère, la vénérable Mère.

Les dieux ou les idoles qui imposent de telles pénitences sont bien exigeants ! Pourquoi ne rencontrent-ils pas toujours des dévots moins crédules les mettant à la raison, comme le fit un ministre

]. L<i J/oHi^o/ic: el U C/iansi, pages 31 1-312.

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