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CHAPITRE m

RELIGIONS ET SUPERSTITIONS

d'État ? Le fait suivant est relaté dans la correspondance des missionnaires en 1876.

Les pèlerins affluent chaque année à la pagode de Ning-tchaitcheng, célèbre par un fort vilain dieu. Les infidèles n'aiment pas leurs idoles, mais ils les redoutent ; ici en particulier on a peur des méchants tours que le dieu ne manquerait pas déjouer à ses adorateurs en retard. La femme et la fille d'un ministre d'Etat tombèrent dans une singulière maladie ; toutes deux, possédées par l'esprit de cette pagode, déclarèrent, en son nom, qu'il fallait lui élever un temple et remplir d'or sa statue. Très mécontent de ces prétentions, le ministre écrivit au mandarin du lieu de se rendre à la pagode et de punir l'insolente demande faite par son avare idole.

Le mandarin se présente escorté de ses satellites ; mais ils tombent à la renverse dès qu'ils veulent mettre la main sur le coupable. Le cas devenait grave, il y avait mépris flagrant de l'autorité supérieure et refus d'obtempérer à ses ordres. Une corde fut passée au cou du dieu par l'audacieux mandarin. L'idole, renversée cette fois, fut, après sa culbute, ignominieusement conduite au tribunal où le ministre, très irrité, la condamna à être brûlée. Aujourd'hui il n'en reste même plus une poussière.

Un tel traitement n'est pas singulier en Chine ; il est même tout à fait conforme aux idées comme aux usages des infidèles. Leurs dieux sont méchants, ils le savent et ils agissent en conséquence, passant du respect et de l'adoration aux injures et aux menaces. Ainsi faisaient les païens, à Rome, à Athènes... Virgile en est témoin ; et plus d'une divinité n'avait pas le dos à l'abri des coups et des verges.

Le P. Couvreur écrivait du Pé-tché-ly en 1876 au P. Collin. — Nous sommes en prières pour demander la pluie, tous, chrétiens et païens — les païens à leur manière. — Ils organisent des processions et portent en grand tapage et grand honneur les idoles de leurs pagodes ; mais arrive-t-on en face d'une mare, le cortège s'arrête, les idoles sont jetées et traînées dans la vase, insultées par

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tout un peuple furieux de ne pas avoir de la pluie. Cependant la vénération succède à la colère ; les idoles, retirées de leur bain boueux, sont ramenées à leur domicile avec les mêmes honneurs et le même tapage. Et maintenant si la pluie ne vient pas, c'est à n'y rien comprendre. On recommencera.

Pauvres gens!... Que ne savent-ils prier avec notre bonne et sainte JMère l'Église : « Donnez-nous, ô Seigneur, nous vous en supplions, une pluie salutaire et répandez les eaux de votre ciel sur la surface desséchée de la terre... afin qu'aidés de vos secours temporels dans une mesure convenable, nous parvenions plus facilement aux biens éternels \ »

Tous les dieux ne sortent pas. Il en est de trop grands, il en est aussi de trop gros. Telles sont les idoles que nous décrit le P. Clavelin : « des têtes à la Gargantua, des yeux qui sortent de leur orbite, une figure enluminée, un rire exprimant tout autre chose que la bonté. On dirait Bacchus sur le tonneau qu'il vient dévider. Les ventres de ces divinités sont énormes et, au besoin, pourraient servir de greniers publics. Tout est bien doré, et cependant d'une laideur à faire peur - ! »

Bien souvent la même impression a été ressentie et exprimée par nos missionnaires. Hanté par je ne sais quelle vision, l'artiste a fait un monstre plutôt qu'un homme ou un dieu: nulle proportion, nulle beauté dans son œuvre ; petite, moyenne ou colossale, l'idole est toujours grotesque et difforme ; mais la vie est intense, parfois le regard semble s'éclairer d'une flamme noire, et la bouche s'ouvrir pour savourer un plaisir cruel. On dirait ici que l'on touche à la frontière du monde mystérieux, au pays de l'éternelle horreur.

Lorsque la lumière de la vérité a brillé au regard d'un infidèle, son cœur se détache facilement de ces bonzeries, de ces lamaseries.

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