CHAPITRE III
RELIGIONS ET SUPERSTITIONS
de ces esprits ou de ces dieux ; il a pu les craindre, mais non pas les aimer. L'obstacle à la conversion n'est pas dans le culte des idoles, mais dans celui des ancêtres.
Peu d'Européens connaîtront bien la valeur de ces mots : « Le culte des ancêtres, les traditions de la famille. » En Chine, l'idée de religion, l'idée de patrie, n'est pas, ou du moins n'est pas telle que nous la concevons. Les mots — s'ils existent, — n'expriment pas les mêmes réalités, ou les choses n'ont pas les mêmes contours. Mais pour la famille, pour la société familiale, elle est toujours présente à l'esprit et au cœur.
Un village souvent appartient à une seule race, à une seule famille, et il en porte le nom. Tous les habitants sont parents, et le plus ancien du petit pays exerce ses fonctions à litre patriarcal et presque sacerdotal. A toute religion il faut un temple, ces affections domestiques ont le leur ; il s'appelle le Tsen-Tang \ temple particulier, pagode de la famille, le seul qui soit réellement vénéré et aimé. Cette grande institution qui crée un si terrible obstacle aux progrès de l'Evangile, par bien des côtés cependant est digne d'être admirée aussi bien qu'enviée par tous les peuples. Là se tiennent les conseils de famille présidés par le vieux chef, là se fait l'école en présence des ancêtres. Là sont les tablettes ou les feuillets remplis par les noms de chaque famille. L'inscription se fait solennellement sous un contrôle sévère, en la présence des anciens du peuple, à certains jours désignés par des rites inviolables. On inscrit la naissance, le mariage, la mort, les grands événements; si un homme a illustré les siens, son nom est tracé en lettres d'or, on conserve son portrait, les dessins qui représentent son tombeau, les paroles qui célèbrent sa mémoire.
I. Les détails ou traits de mœurs sur les temples des ancêtres sont empruntés en très grande partie à une lettre du P. Ravary au P. Tailhan, Corresp. de Laval, sept. 1876. — Consulter aussi une lettre du P. Goulven, Corresp. de Jersey, 1892, p. 235. Les PP. Ravary et Goulven appartiennent à la mission du Kiang-nan.
-■w waRf»!»*' u<*w^»)wp^«»i^JHi|*!>- "'■ JA'yM*»»WU!J W-iiPi^PpS?"' Il
Parfois aussi, en remontant les siècles, on rencontre une ligne salie et un nom effacé. Trace indélébile rappelant que la famille a compté parmi ses membres un fils irrespectueux, un homme dont la vie a été infâme. Mais cet homme, la famille refuse de le reconnaître, elle a retranché son nom du nombre de ceux qui sont vraiment à elle. Si une âme n'est pas entièrement pervertie, elle redoute comme le dernier malheur cette proscription du foyer domestique et, bien des fois, pour arrêter un adolescent sur le chemin du crime, il a suffi de lui dire : Malheureux ! ton nom ne sera pas inscrit sur nos tablettes. — N'est-ce point une sorte d'excommunication et pour ainsi dire de damnation ? Puisque les coutumes antiques, les traditions rendent, comme les âmes, un son naturellement chrétien ou religieux qui vient de leur profondeur, serait-ce téméraire de voir ici comme un souvenir lointain, un symbole peut-être, du livre redoutable où Celui qui seul est vraiment Père écrit les noms de ceux qui, seuls, sont vraiment ses fils ?
On trouvera peut-être dans le passage suivant, extrait des livres généalogiques, quelque parenté avec l'Ecriture...
€ Si aujourd'hui je n'écrivais pas ce récit, comment la postérité connaîtrait-elle notre origine?... Nos descendants voyant que les anciens ont fait le bien, auront à cœur de le faire comme leurs ancêtres.
€ O Ciel! quel est l'homme qui ne désire pas avoir de la postérité et trouver réunis dans sa maison un grand nombre de ses fils et de ses petits-fils? Il prend tous les moyens pour arriver à ce but et consolider sa race. Mais, consolider sa race est-ce autre chose que pratiquer les bonnes œuvres et cultiver la vertu ?... Si un arbre est planté dans une bonne terre, ses racines s'enfoncent et ses rameaux s'étendent. Mais si c'est un arbre mauvais, le matin il est couronné de verdure et le soir il est desséché. En étudiant l'origine de notre famille, je trouve que nos ancêtres ont cultivé la vertu et fait le bien pendant de longues années... »
CHAPITRK III.
RKLIGIONS E,T SUPERSTITIONS.
Que représentent ces longues années ?... L'opinion du P. Ravary est que plusieurs familles, sans exagération ou interpolation aucune, font remonter leur généalogie aux siècles qui ont précédé l'ère chrétienne. Il dit, en citant un exemple qui n'est pas isolé :
« Je suis tout surpris en voyant qu'une modeste famille, de moi bien connue, la famille Ho, a conservé en 28 volumes de pièces