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CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DEMON

également redoutables : le premier, celui d'une crédulité qui accepte en bloc ; le second, celui d'une incrédulité qui rejette en bloc tout récit extraordinaire, par le fait même qu'il est extraordinaire. L'histoire a droit au récit de ces faits à cause même de leur caractère étrange, il lui appartient de les mettre en lumière. Quant à nos mesures de prudence, les voici :

Les faits rapportés le sont sur de bons garants qui ne permettent aucun doute raisonnable, non point peut-être sur l'exactitude de tel ou tel détail insignifiant en lui-même ; mais sur la vérité de l'ensemble.

Ces témoins sont d'abord nos missionnaires. Chacun d'eux pourrait dire, et souvent il a dit, comme le P. Clavelin : « En fait de diableries et de miracles, je ne suis nullement crédule et je ne me prononce pas aisément. Je reçois le témoignage des chrétiens qui ne voient pas l'intérêt que je prends à leurs récits, et surtout celui des païens. Mon but a été de connaître plus à fond un côté moral et pratique de la vie d'un peuple. On ne saurait croire quelle influence l'esprit de mensonge et de superstition exerce sur toutes les actions d'une nation païenne. Faute de cette connaissance, avec leur esprit prévenu contre toute intervention d'un autre ordre dans les actions humaines, nos Européens ne pourront jamais se former une idée juste de la vie pratique et réelle de nos Chinois '. »

Sur ce point les païens pensent comme les missionnaires ; ou plutôt, ils vont plus loin et ils ne font pas les mêmes réserves. Pour eux, l'intervention diabolique se produit si fréquemment qu'elle n'éveille pas leur curiosité, qu'elle n'excite pas leur surprise. Plusieurs de leurs gens s'appellent « Preneurs de diables ». Ils sont demandés pour chasser l'esprit du corps de certains malades désignés par tout le monde comme ayant la maladie du diable. Le fond même du culte — et les païens n'en disconviennent pas — n'est le plus souvent qu'une suite d'hommages rendus aux puissances de l'abîme.

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