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CHAPITRE IV

L'EMPIRE DU DEMON

qu'il ne retrouvera plus, même sous l'incomparable majesté de ses cheveux blanchis ! — quelle joie et quelle lumière dans cette étude ! Citons en abrégeant. L'historien viendra après le théologien ; celui-ci voyant de très haut, comme les aigles, ce qui sera ; celui-là disant, aidé par ses documents et ses enquêtes, ce qui a été.

« Ces intelligences, dit le grand orateur, dont les connaissances sont distinctes et les mouvements si paisibles, se sont retirées de Dieu... Les fols marcionites et les manichéens encore plus insensés, émus de cette difficulté, ont cru que les démons étaient méchants par nature... mais cette extravagante doctrine est très expressément réfutée par un petit mot du Sauveur qui, parlant du diable, en saint Jean, ne dit pas qu'il a été créé dans le mensonge, mais « qu'il n'est pas demeuré dans la vérité : In veritate non stetit. » Que s'il n'y est pas demeuré, il y avait donc été établi ; et s'il en est tombé, ce n'est pas un vice de sa nature, mais une dépravation de sa volonté. »

«Ainsi donc il ne faut pas s'étonner si, d'anges de lumière, ils ont été faits esprits de ténèbres ; si d'enfants, ils sont devenus déserteurs, et si, de chantres divins qui, par une mélodie éternelle devaient célébrer les louanges de Dieu, ils sont tombés à un tel point de misère que de s'abandonner à séduire les hommes... Voilà les ennemis que nous avons à combattre, autant malins à présent comme ils étaient bons dans leur origine ; autant redoutables et dangereux, comme ils étaient puissants et robustes. Car pour être tombés de si haut ils n'ont pas été blessés dans leur disposition naturelle. Tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté et par conséquent leur béatitude. Du reste cette action vive et vigoureuse, cette ferme constitution, cet esprit délicat et puissant leur sont demeurés... Les puissances qui s'opposent à nous sont des esprits purs et incorporels ; tout y est actif, tout y est nerveux; et si Dieu ne retenait leur fureur, nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité que nous tournons une petite

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boule... Ce sont, en effet, nous dit le saint Apôtre, des malices spirituelles, spiritualia neqîiitiœ, où il suppose ouvertement que leurs forces naturelles n'ont point été altérées, mais que, par une rage désespérée, ils les ont toutes converties en malice. »

« Comme il n'est pas au pouvoir de Satan de faire de nouvelles créatures pour les opposer à son Maître « du moins il altère tous les ouvrages de Dieu, dit le grave Tertullien, il apprend aux hommes à en corrompre l'usage ; et les astres, et les éléments, et les plantes, et les animaux, il tourne tout en idolâtrie. »

«... Ce lui est, à la vérité, le sujet d'une douleur enragée de ce qu'il voit que toutes ses entreprises sont vaines et que bien loin de pouvoir parvenir à égaler la nature divine, comme il l'avait témérairement projeté, il faut qu'il ploie, malgré qu'il en ait, sous la main toute puissante de Dieu ; mais il ne désiste pas pour cela de sa fureur obstinée. Au contraire, considérant que la majesté de Dieu est inaccessible à sa colère, il décharge sur nous toute l'impétuosité de sa rage, comme on voit un ennemi impuissant qui, ne pouvant atteindre celui qu'il poursuit, repaît en quelque façon son esprit d'une vaine imagination de vengeance en déchirant sa peinture. Furieux et désespéré, il ne songe plus qu'à tout perdre après s'être perdu lui-même ; et envelopper tout le monde avec lui dans une commune perte... Son esprit entreprenant et audacieux... l'incite jour et nuit contre nous... Lorsque, par la grâce de Dieu, nous l'avons chassé de nos âmes, c'est alors qu'il s'anime le plus. En voulez-vous une preuve évidente, de la bouche même de Notre-Seigneur ? « L'esprit immonde sortant de l'homme va chercher du repos, dit le Fils de Dieu dans son Evangile, et n'en trouve point. * C'est que l'esprit humain est la seule retraite où il semble, se rafraîchir parce que du moins il y contente sa haine. »

Si telle est la puissance du démon dans un pays chrétien où cependant elle est si fortement diminuée par la grâce de Jésus- Christ répandue avec une large effusion, et d'abord par l'eau du

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