CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DEMON
puissance de Notre-Seigneur, après avoir prié à genoux, le visage contre terre, arrache d'une main intrépide les figures monstrueuses, les emblèmes superstitieux. En quelques instants la flamme a tout dévoré, et la grâce divine entra dans cette famille en même temps qu'une paix profonde qui ne fut plus jamais troublée.
Plus touchant peut-être le trait suivant raconté par le P. d'Entrecolles \ On y retrouvera quelque ressemblance avec l'exemple de grande foi, donné, au milieu de la tempête, par Vasco de Gama.
Un vieux soldat prit la résolution de faire un tour dans son pays natal afin de gagner à Notre-Seigneur quelques-uns de ses compatriotes ; il apprend à son arrivée qu'une maison est infestée par les esprits, pleine d'un tapage effrayant, traversée par une grêle de pierres et qu'on y trouve, en un mot, tout ce qui signale la présence et le savoir faire du Malin et de ses satellites. Notre soldat n'hésite pas, et ses paroles pleines de foi déterminent le chef de famille à demander le baptême avec tous les siens. Mais parce qu'il voulait user de prudence et peut-être aussi manifester la gloire du Sacrement qui nous communique la vie divine, le vétéran répondit à cette prière : Je ne baptiserai d'abord que le plus jeune de vos enfants ; par sa qualité de fils de Dieu, il sera redoutable aux puissances infernales. Si elles s'avisent de vous inquiéter encore, prenez cet enfant, conduisez-le hardiment dans le lieu où elles renouvellent leurs insultes... Ce fut inutile, le démon avait fui pour ne plus revenir.
On le voit, les chrétiens connaissent la vertu de Teau bénite et celle plus puissante encore de l'eau du sacrement et ils ne manquent pas d'y recourir. Cette eau, par la bénédiction divine, est reprise, nous dit encore Bossuet, à l'empire particulier que le démon prétend exercer sur elle: « L'Esprit de Dieu, au commencement, était porté sur les eaux, et le diable, dit Tertullien, se plaît à se reposer dans les eaux, dans les fontaines cachées et dans les lacs et dans les