De Sues à Honçc-kotis
rend l'écriture à peu près impossible et la lecture très difficile pour ceux qui craignent le mal de mer. Ils sont condamnés à l'oisiveté la plus absolue. »
Plusieurs trouveraient aisément le moyen de tromper les ennuis de cette « oisiveté absolue ». Le premier et le plus grand des missionnaires de la Compagnie naviguant au milieu de ces mêmes mers, S. François-Xavier, ne connaissait pas le poids de ces heures inutiles. Actif et d'une gaîté naturelle qui le faisait aimer de tout le monde ' en se mêlant à des jeu.x innocents il avait banni de la «Capitane» les divertissements déshonnêtes. Le Vice- Roi, don Martin Alphonse de Sosa, ne pouvant le retenir à sa table, prenait soin que les viandes lui fussent apportées, et le Saint les distribuait immédiatement entre les matelots. Les âmes avaient leur réfection aussi bien que les corps. Tous les jours l'équipage entendait François lui rappeler dans un catéchisme les principales vérités de la religion, et les plus grossiers apprenaient ou retrouvaient leurs prières. Les jours de fête, il y avait prédication plus solennelle au pied du grand mât ; mais rien n'éclairait aussi bien la doctrine enseignée par le prédicateur que ses admirables exemples. Il est vrai qu'il avait reçu avec reconnaissance une chambre excellente que Sosa lui avait réservée ; mais c'était pour y transporter les malades sur ses épaules, les soigner de ses mains ou même de ses lèvres, puisqu'il lui arrivait fréquemment de baiser leurs ulcères. Ainsi un apôtre trouve en tout lieu le champ de son apostolat.
Quelles traditions fondait ce grand homme au profit de ses successeurs !... Ils ne faillirent point sous le fardeau de cet héritage, témoin les souvenirs que la Compagnie renaissante, en reprenant le chemin des Indes et de la Chine, éveillait de leur long sommeil. Les lettres écrites de 1842 à 1849 reviennent plusieurs fois sur le prestige des anciens Jésuites qui ne s'éteignit pas sur leur tombe ; elles en parlent dans le sentiment de la stupeur, de l'admiration et