CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DEMON
flamme furieuse. Alors la conversation s'engage ; quelle conversation !.. La voici souvent coupée, souvent reprise.
LE POSSÉDÉ
Diable d'Europe, que viens-tu faire ici ?...
LE l'ÈRE.
Bénir Fo-nié qui est malade.
LE PUSSËUl':.
Fo-nié est à moi, il ne te regarde pas.
LE l'ÈRE.
Fo-nié croit en Dieu.
LE l'OSSÉUÉ.
Je lui défends de croire en Dieu.
LE l'KRE.
Menteur ! Fo-nié peut croire ; s'il croit en Jésus-Christ, Fo-nié sera sauvé.
LE rOSSËDÉ.
Et moi, serai-je sauvé ?...
LE PÈRE
Qui, moi ? Quel est ce moi .■* Fo-nié ou le diable ?...
LE POSSÉDÉ
C'est moi.
LE PÈRE
Tu m'as tout l'air d'être le diable, un vilain diable.
LE POSSÉDÉ
Effectivement je suis, je suis le diable... Moi aussi je crois en Dieu, moi aussi je monterai au ciel.
LE PÈRE
Tu crois, mais en tremblant, comme les démons ; ta place n'est pas au ciel ; tu iras en enfer.
LE POSSÉDÉ
Je ne veux pas aller en enfer !
LE PÈRE
Tu iras en enfer et tu laisseras Fo-nié tranquille.
Jamais, au grand jamais Je ne quitterai Fo-nié. Il est à moi, j'ai ordre de l'emmener ; voici quatre ans que je le possède et si je ne l'emmène pas, je recevrai des coups terribles.
Et alors le vieux turpide se met à chanter des chants bien dignes de lui, ou encore il déclame comme à la comédie; il s'arrête pour aboyer.
LE PÈRE
Tu vas faire le signe de la croix.
LE POSSÉDÉ
Je ne permets pas à Fo-nié de faire le signe de la croix,
LE PÈRE
Oh ! tu ne permets pas ; tu vas permettre, attrape de l'eau bénite.
LE POSSÉDÉ
O la la ! la la !... Je suis brûlé, je suis brûlé !...
LE PÈRE
Encore, encore !..
Oh ! que ça brûle.
LE POSSEDE
LE PÈRE
Fais le signe de la croix.
LE POSSÉDÉ
Non, le signe de la croix me coupe au vif comme des ciseaux.
LE PÈRE
Tu feras le signe de la croix. — Alors le Père saisit la main de Fo-nié, mais il la laisse tomber, effrayé lui-même par l'expression
wm
iMi