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CHAPITRE IV. — L'EMPIRE DU DEMON

du regard diabolique, le rictus infernal d'une bouche qui est bien celle de la Cruenta bestia de l'Écriture. On dirait qu'elle vomit toutes les fureurs de l'enfer. Cependant, l'eau bénite aidant, on obtint le signe de la croix, la récitation du Pater, mais interrompue par des éclats de rire. Ah ! ah ! disait le démon, voici l'esprit impur qui récite le Pater. Quand on suggérait au possédé une invocation pieuse comme celle-ci : Jésus, Marie, aidez-moi, sauvez-moi, il la répétait, mais avec une intonation singulière sur le moi. Il se moquait de nous en disant : Jésus, Marie, aidez le diable, prenez pitié du diable. L'eau bénite intervenait encore et l'obligeait à préciser : Priez pour moi, Fo-nié ; ayez pitié de moi, Fo-nié. Il finit cependant par convenir un jour que le vieux Père avait une bonne méthode pour le combattre ; mais, ajoutait-il, assez pour une séance... nous nous reverrons. Et on se revoyait même après le Baptême, après la Pénitence, après la Confirmation, après la divine Eucharistie. On avait affaire à forte partie, et le diable s'en vantait :

LE POSSÉDÉ

Je suis un diable puissant, moi, votre baptême a chassé treize diables ; moi, je demeure.

LE PÈRE

L'Esprit-Saint te fera partir.

LE POSSÉDÉ

Non, l'Esprit-Saint est dans l'âme, moi je suis dans la peau..., tu ne m'enlèveras pas, mon garçon.

LE PÈRE

Tu céderas la place à Jésus-Christ.

LE POSSÉDÉ

Tu as beau me jeter de l'eau bénite, elle me brûle, c'est vrai, mais je suis fort, je ne m'en irai pas. (Parlant à la cantonade et à des démons invisibles:) Lâches que vous êtes, je bataille seul contre

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tous, VOUS fuyez devant l'eau bénite, j'en suis couvert et je n'ai pas peur. Changeant de ton et à l'exorciste. Vénérable Père spirituel, faites-moi la grâce de cesser et je me prosternerai à vos genoux.

LE PÈRE

Non, je ne reçois rien d'un diable comme toi.

LE POSSÉDÉ

Évidemment le Père se trompe sur ma qualité; il me prend pour

un diable inférieur.

LE PÈRE (ironique).

Oh ! non, tu es un fort grand Monsieur !

LE POSSÉDÉ

Fort grand Monsieur ! c'est bien cela ; comme le Père spirituel est intelligent de reconnaître ma valeur.

LE PÈRE

Sot!... Je me suis moqué de toi!... Voilà de l'eau bénite ; tu vas dire : Je crois en Dieu.

LE POSSÉDÉ

Je ne crois pas en Dieu.

LE PÈRE

Saint Michel t'obligera bien à dire le Symbole.

LE POSSÉDÉ

Saint Michel ?

LE PÈRE

Oh ! tu le connais bien, c'est lui qui t'a chassé dans l'enfer.

LE POSSÉDÉ

Je m'en vais, je m'en vais !...

LE PÈRE

Enfin !...

LE POSSÉDÉ

Oh ! tu me crois parti... pas encore, pas encore.

Il y eut bien des scènes semblables, des victoires suivies de

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