RECITS DU PERE CLAVELLIN
On ferait des gerbes ou des corbeilles d'histoires très édifiantes avec les conversions opérées dans le district évangélisé par le P. Clavelin secondé souvent des puissances diaboliques. Glanons quelques épis ou quelques fleurs dans cette riche moisson.
Un apostat puni. — Un homme, une sorte de vagabond, avait abandonné toute pratique religieuse ; son père, son frère, ses voisins s'étonnaient d'un endurcissement inconcevable, et ils racontaient le trait suivant : Cet apostat travaillait dans un champ à côté de sa demeure. Un diable survint et lui dit : Tu m'appartiens, je t'emmène; de fait et à l'instant même le malheureux sentit ses deux mains prisonnières, les deux poings serrés en forme de croix ; on accourt à ses cris ; personne ne voit les chaînes, mais personne aussi ne peut dégager les mains. Le prisonnier, se tournant vers des membres de sa famille, apostats comme lui, s'écrie : Je n'ai rien à espérer de vous, vous aussi vous êtes noirs comme des démons. — Au contraire, voyant deux petits baptisés, il se jette à leurs genoux et les supplie d'avoir pitié de lui parce qu'ils sont blancs comine des anges. La Bienheureuse Vierge Marie voulait bien ordonner au Méchant de lâcher prise en considération, disait-elle, de ces petits enfants.
Le démon se moqîte des bonzes. — Des païens faisaient en l'honneur d'un de leurs dieux — dieu par décret impérial — leur procession annuelle. L'eau vint à tomber ; alors le vates ou le bonze pria la divinité d'entrer chez lui pour qu'elle ne fût pas trempée. Le cortège la suivit et, devant la multitude qui remplissait sa maison, le prêtre se mit à invoquer son idole : « Daigne te souvenir, disait-il, que j'ai brûlé en ton honneur trois bâtons d'encens, que j'ai allumé
trois chandelles, que je t'ai fait les prostrations commandées. Réponds donc à ma demande : Comment se fait-il que les chrétiens ne croient pas en toi, n'ont pas peur de toi, n'ont pas de respect pour toi ? Ah ! je t'en conjure, fais-leur sentir ta puissance. » A peine avait-il questionné son idole, qu'il tomba renversé, privé de sentiment, et, en même temps, il se mit à parler comme s'il se répondait à lui-même de la part de son dieu : Misérable ! pourquoi te mêler des affaires des chrétiens qui ne te concernent pas ? Tu oses parler de tes sacrifices, ils ne sont qu'un prétexte pour extorquer les sapèques des pauvres gens !
On devine l'effet de ces paroles. Nul n'en fut aussi effrayé que le second administrateur de la pagode ; il crut à une méprise de son « poussah )) et l'invoqua à peu près dans les mêmes termes : « Moi aussi, j'ai brûlé les trois bâtons, j'ai allumé les trois chandelles, j'ai fait ma prostration, ne sois plus sévère pour moi comme tu le fus pour ton oracle, mais dis-moi pourquoi, dans le pays soumis à ta juridiction, les revenus de ton autel ne cessent de diminuer, tandis que s'augmente le nombre des chrétiens, » — A l'instant même tous les doigts tombèrent des mains de l'idole, et la même voix s'élève plus méprisante encore : « Animal, pourquoi te mêler de la religion, c'est la religion véritable, la religion par excellence ; garde-toi de lui susciter des obstacles. »
Singulières paroles !... elles eurent le sort ordinaire des grâces divines ; les bons se convertirent, les méchants devinrent pires.
Simplicité de la Foi. — Une vieille femme se convertit au christianisme ; c'était un vrai pilier de pagode qui gagnait sa pauvre vie en se louant à la journée pour prier devant les idoles. Après avoir reçu le baptême et tout animée par la grâce du Sacrement, elle revenait chez elle. Chemin faisant, elle passa devant la principale pagode du pays où se trouvait, pour le moment, une foule de femmes occupées à prier et à crier. Elles lui disaient, au souvenir de son ancien métier: Viens, mère, viens avec nous invoquer l'idole;
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