CHAPITRE V. — L'ŒUVRE APOSTOLIQUE
Sera-ce long ? — - Il y en a deux livres. — Hélas ! je ne sais pas lire !... puis se ravisant : « Donnez-moi vos livres, j'ai un cousin qui me les expliquera ! » Et le voilà parti ; la maison du cousin, par suite des inondations, est environnée d'eau. Notre brave la traverse, ses livres catéchistiques entre les dents. Il arrive trempé, crotté, mais radieux chez le cousin : « Tu vas me les lire et pas à moi seul. » Et tandis que le parent complaisant en prend une première et hâtive connaissance, lui, rassemble les voisins et les conduit à la lecture. Quinze jours après, on demandait un catéchiste au Père, et c'est ainsi que prit naissance la première chrétienté dans la Préfecture de Tai-ming.
Voici l'Evangile porté dans leur village par deux enfants, élèves de notre école Saint- François-Xavier. Studieux et zélés ils s'étaient excités à convertir les païens, et se croyant déjà très instruits sur la religion et orateurs redoutables, ils demandèrent et reçurent la permission de convoquer les infidèles chez eux. Toute la population est bientôt réunie, on écoute les jeunes prédicateurs ; malheureusement leur science n'égalait pas leur courage, et leur provision de doctrine trop vite épuisée, ils se turent devant une foule considérable qui voulait encore les entendre. Voyant leur embarras, des bacheliers païens posèrent des objections. Les enfants, ou bien ne trouvaient pas les réponses, ou bien, pressés et déconcertés par leurs adversaires, ils ne savaient pas les donner. La défaite devenait un désastre. Leur humilité les sauva : « Nous ne sommes, dirent-ils, que des enfants et des écoliers, mais nos maîtres sont dans le voisinage. Nous irons les chercher si vous voulez vous mesurer avec eux. » La proposition est acceptée et deux heures après, les catéchistes remportent sur les bacheliers devant cette foule immense, une complète victoire. Le trophée en fut la conversion de dix-sept familles \
Dieu se sert des plus humbles instruments, des plus petits incidents de la vie journalière. Un jour, raconte encore le P. Leboucq,