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CHAPITRE V

L'ŒUVRE APOSTOLIQUE

n'était pas une grande savante, mais elle était pieuse, elle était bonne, et ce qu'elle savait, elle le disait très bien ; elle avait comme un don spécial pour raconter les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament. — « En cas .semblable, disait ailleurs le même missionnaire, on donne au catéchiste de l'huile pour allumer sa lampe, et les soirées d'hiver se passent dans une douce lumière qui ne coûte rien aux auditeurs. » La bonne veuve racontait aussi son histoire, ou plutôt celle de son père. — Un jour, disait-elle, qu'il allait faire le commerce dans le Kiang-nan, il traversait un grand fleuve lorsqu'un coup de vent fit chavirer la barque. Tous les passagers périrent. Mon père faisait pour se sauver des efforts inutiles, lorsqu'il vit venir vers lui, afin de le conduire au rivage, un homme d'une beauté surhumaine et qu'il pensait devoir être un Dieu. Sur le bord, l'inconnu avait disparu, mais au même instant, mon père fit le vœu de chercher son bienfaiteur et de l'honorer sur son autel. 11 allait donc de pagode en pagode, cherchant, mais en vain, l'image de la divinité tutélaire qui l'avait tiré du péril des eaux. Il arriva jusqu'aux environs de Hien-hien, dans un bourg où les missionnaires avaient ouvert une chapelle provisoire ; mon père y entre, et, avec une joie immense, il retrouve dans l'image du Père Eternel tous les traits de son sauveur. Il se prosterne, il prie avec tant d'effusion que les chrétiens s'étonnent et l'interrogent. Il leur raconte alors son histoire. La conclusion naturelle fut le baptême pour mon père et pour toute sa famille. »

Avancer les conquêtes de l'Évangile, c'est bien ; les maintenir, c'est mieux. La couronne du salut et de la gloire éternelle ne ceint que le front des persévérants. Mais en Chine, que la persévérance est donc difficile ! La superstition se mêle à tous les événements de la vie. Combien il en coûte de se séparer des siens dans le moment même où les cœurs se rapprochent, où l'union se fait plus intime, par exemple lorsque l'on fête le souvenir des aïeux, lorsqu'on se présente les vœux de la nouvelle année ! Aussi, dans les

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conditions ordinaires, et sans compter les exceptions héroïques, la règle générale est celle-ci : « Pas de chrétiens sans chrétienté ! » La malédiction divine n'est nulle part plus manifeste que dans les pays de mission : Vce soli : malheur au chrétien qui vit seul, trop de périls l'environnent et il ne tarde pas à succomber. Ému de cette situation, le P. Hœffel a fondé le village chrétien, — on dit quelquefois la réduction chrétienne de Fan-kia-ka-ta.

En juillet 1895, ^^ ^- ^'^^^- Wetterwald, dans sa première excursion apostolique, visitait Fan-kia-ka-ta \ De la résidence centrale, on descend d'abord la rivière de Schawo qui se jette dans le Pei-ho, terrible voisine de la chrétienté naissante encore mal défendue contre ses inondations ; on s'engage dans l'un de ses méandres, et on s'arrête dans une sorte d'anse ou de port, après une journée de navigation. La résidence est à dix minutes, cachée dans un massif d'arbres. Les missionnaires font une entrée bucolique et solennelle. « Les enfants se sauvent à toutes jambes en criant : les Pères sont là ; les chiens aboient, les pigeons roucoulent, le majordome arrive et se prosterne. On entre dans la maison des Pères : une grande salle qui sert de salon, de réfectoire, de promenoir ; à l'Est et à l'Ouest, deux petites chambres destinées aux missionnaires, et c'est tout ; mais si le château est petit, les dépendances sont vastes, irrégulièrement et utilement distribuées : là, sont les écoles, l'orphelinat, la maison des catéchistes ou des catéchumènes ; le tout a un air de modeste prospérité qui ferait plaisir, n'était le délabrement de l'église provisoire. On se propose de construire bientôt : on a le terrain, on a les briques, on a exhaussé le sol, on a mieux encore : 250 fidèles et des meilleurs, mais on n'a pas les 3 000 francs nécessaires au futur monument '. On les avait l'année dernière, ou peu s'en faut, malheureusement ils furent engloutis dans le désastre causé par le typhus. Cependant, la chrétienté se

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