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CHAPITRE V. — L'ŒUVRE APOSTOLIQUE

développe. Elle reçoit les catéchumènes du voisinage lorsque leur bonne volonté ne fait pas de doute. Assez souvent ils se fixent dans le village et s'y occupent aux travaux agricoles. La mission a jadis acheté à bon compte des terres alors très médiocres, aujourd'hui améliorées ; elle les loue à ces nouveaux venus au prix ordinaire, mais elle leur donne ou leur prête la maison d'habitation. Ainsi l'Église, toujours semblable à elle-même, fait en même temps, suivant ses vieilles coutumes, des hommes et des chrétiens.

Le P. Bataille, frappé de l'importance des résultats, et plus encore peut-être de l'excellence des méthodes, a raconté les origines chrétiennes de Fan-kia-ka-ta. Rien de plus simple et de plus humble '. Une pauvre femme de ce pauvre pays vint trouver le P. Hœfïel et lui dit : « Père, donnez-nous un petit âne pour cultiver nos terres et nous nous ferons chrétiens. » La demande était suspecte, mais un catéchiste envoyé en éclaireur trouva les dispositions bonnes. Sur son rapport favorable, le P. Hœffel commença les travaux d'ensemencement. On apprenait le catéchisme et les prières ; les bonnes gens n'avaient pas assez de livres ; mais ils suppléaient à cette pénurie par un moyen très primitif. Ils se couchaient sur la terre, les têtes se rapprochaient, et le même livre servait à quelques paires d'yeux. N'était-ce pas vraiment apprendre sa religion ventre à terre ? L'épreuve était suffisante. La petite communauté fut reçue tout entière au Sacrement régénérateur. Les tribulations n'étaient pas finies, elles commençaient plutôt. Les idolâtres et les sectaires accouraient des environs pour maudire les chrétiens et les vouer aux dieux infernaux. Ce sont propos inefficaces, mais ils échauffent les oreilles. Les premiers essais de colonisation ou de construction ne furent pas heureux ; le grain ne levait pas, ou bien il périssait en herbe ; une autre année, la récolte s'annonçait mieux, mais les pluies trop fortes inondèrent les champs ; en 1888, la grande digue se rompit, les eaux du fleuve débordé baignèrent le

I. Corresp. de Jersey, décembre 1894. Histoire d'un village chrélien.

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pied des maisons, et comme les murailles n'étaient qu'en terre desséchée, elles revinrent bientôt au limon d'où on les avait tirées.

Les mandarins, émus de compassion, firent quelques aumônes : trois ligatures ou six francs, pour reconstruire chaque chambre écroulée, c'est peu, même en Chine, car la plus pauvre maison coûte encore au moins une vingtaine de francs, mais c'était un encouragement. D'ailleurs ni les chrétiens, ni le Père ne renonçaient à leur entreprise. Les terres mieux engraissées récompensèrent les laboureurs, le sol exhaussé par des remblais défendit le pied des maisons contre des visites dangereuses, on fortifia la grande digue. Le Père Hœffel, architecte, fermier, terrassier, avait relevé les ruines... et mieux encore, les âmes.

De tels travaux, de tels succès supposent l'entente durable et affectueuse entre les Pères et les chrétiens. Bien des fois cet accord est signalé, c'est un bonheur pour les missionnaires d'admirer chez leurs chrétiens d'humbles et grandes vertus. A l'occasion, ils sont généreux. Le Père Fourmont écrit en date du i^r décembre 1892 : « Nos chrétiens sont occupés à charrier les briques pour la construction de leur église. Rien de plus édifiant. Ils ont plus de trois cent mille briques à transporter ; tous les jours onze chars et trentequatre bœufs font le trajet.

« Pour conduire les chars, charger les briques, les décharger, soixante hommes sont nécessaires. Tous sont pauvres. Quelques chars ne peuvent amener que deux cents briques en une fois ; les mieux équipés en transportent quatre cents. Pour atteler un seul char, on réunit quelquefois des bœufs et des ânes appartenant à quatre ou cinq familles '. » Que de sacrifices pour nourrir les bêtes, interrompre le commerce et, pour chacun, renoncer à ses occupations ! Les mêmes devront encore, avec des bœufs estropiés, chercher à dix lieues la chaux, les tuiles, les maîtresses pièces de bois. Et ils ne se découragent pas ! 11 est vrai que pendant que les

1. Corresp. de Jersey. Extrait d'une lettre du P. P^ourmont, en décembre 1892.

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